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© DIA DIPASUPIL

Lily Collins a dompté ses démons

Publié dimanche 22 novembre 2020 à 09:00
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Publié dimanche 22 novembre 2020 à 09:00 
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La fille de Phil Collins tient le rôle-titre de la série Netflix «Emily in Paris». Si son personnage est un cliché, la jeune femme ne lui ressemble pas. Elle a souffert du divorce de ses parents, avant de sombrer dans la boulimie et l’anorexie. Aujourd’hui, elle en ressort plus forte encore, grâce à l’amour.
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L' histoire de l’actrice Lily Collins, qui incarna Blanche Neige au cinéma en 2012, pourrait commencer par «Il était une fois». A 31 ans, sa vie semble avoir été concoctée avec les ingrédients d’un conte. En commençant par le don de la beauté: des sourcils spectaculaires, une peau de porcelaine, des yeux immenses et de faux airs d’Audrey Hepburn. De quoi séduire la marque de cosmétiques Lancôme, dont elle est devenue l’ambassadrice. Ensuite, il fallait une figure paternelle hors normes. Lily est la fille de Phil Collins, batteur, auteur-compositeur et chanteur qui a vendu, en son nom et au sein du groupe Genesis, 200 millions d’albums. Le bonheur de Lily sera interrompu très tôt par le divorce de ses parents; s’ensuivent des épreuves, le désir de prendre son destin en main, le combat contre ses démons et un happy end amoureux.

DUKAS
Lily dans les bras de ses parents, le musicien, chanteur et superstar Phil Collins et Jill Tavelman, sa deuxième épouse.


Cette année, Lily Jane Collins est au générique de quatre longs métrages: Inheritance de Vaughn Stein, Mank de David Fincher, Halo of Stars d’Anthony Lucero et The Cradle de Hope Dickson Leach. Mais, depuis le 2 octobre, les confinés la retrouvent rayonnante dans la série Emily in Paris, sur Netflix. Cette œuvre de fiction signée Darren Star, le père de Sex and the City, met en scène une jeune Américaine parachutée à Paris par son entreprise pour devenir la social media manager d’une agence de presse spécialisée dans le luxe. L’histoire se déroule dans un Paris de carte postale où Emily tente de s’imposer, overdressed du matin au soir. Même sa coiffure impeccable est une anomalie dans une ville où le jeu, pour une Parisienne, est de faire croire qu’elle est sortie de son lit négligemment stylée.

Dans la vraie vie, Lily Collins possède une tout autre profondeur. On pourrait même parler d’abysses. Lorsqu’elle naît, le 18 mars 1989, à Guildford, en Angleterre, la carrière en solo de son père est à son apogée. Six mois après sa naissance, il lance son single Another Day in Paradise, de l’album But Seriously, son plus grand succès depuis la séparation du groupe Genesis. Lily ne va pas tarder à le suivre dans la lumière. A 2 ans seulement, elle joue dans la série de la BBC Quoi de neuf docteur?

Lily n’a pas conscience de la notoriété de son père, archétype de l’antistar, jusqu’au jour où elle visite Disneyland, juchée sur ses épaules. «Un homme s’est avancé vers nous. Il avait un t-shirt imprimé avec le visage de mon père et je ne comprenais pas pourquoi. Il lui a demandé s’il pouvait prendre une photo. C’était un moment très étrange. Doucement mais sûrement, j’ai commencé à saisir ce qu’il se passait», confierat-elle à Radio Times. Depuis, les rôles se sont inversés. Et le musicien, facétieux, rappelle fièrement que, au fil des ans, on lui pose de plus en plus souvent la question: «Etes-vous le père de Lily Collins?»

Phil Collins et sa petite Lily, 5 ans.

En 1994, Lily a 5 ans lorsque ses parents divorcent. Sa mère, Jill Tavelman, l’emmène vivre à Los Angeles. L’enfant souffre de l’absence paternelle et d’avoir été transplantée en terrain étranger, où l’on moque son accent so British. Elle tentera tant bien que mal de se frayer un chemin dans son nouveau pays. En parallèle à ses études à la prestigieuse Harvard-­Westlake School, elle passe des auditions, essuyant refus sur refus. Outre ses envies de cinéma, elle rêve de tenir un talk-show et, à peine diplômée, elle s’inscrit à l’Université de Californie du Sud pour étudier le journalisme. Elle a 16 ans quand elle publie ses premiers articles dans Elle Girl, Teen Vogue ou le Los Angeles Times, tout en faisant du mannequinat. Elle admet que son nom lui a ouvert des portes, mais ajoute que c’est elle qui les a poussées. «Je savais que cela me prendrait plus de temps de le faire moi-même, mais ça en valait la peine», dit-elle au Guardian.

DIA DIPASUPIL
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Son ciel s’éclaircit en 2009, lorsqu’elle est retenue pour jouer la fille de Sandra Bullock dans «The Blind Side». Si son rôle dans Emily in Paris est plutôt solaire, ceux que choisit Lily Collins ont une dominante sombre. «J’aime beaucoup jouer ces personnages qui, sous la surface, cachent plus de choses qu’ils n’en disent et semblent à peine tenir le coup.» Elle est Elizabeth Kloepfer au générique d’Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, un film sur le serial killer Ted Bundy, dont elle joue la compagne, ou encore Ellen, cette jeune anorexique qui se bat pour survivre dans To the Bone.

Abaca/Newscom
Lily Collins, rayonnante dans sa robe Chanel, entre sa mère et son père, à l’occasion de la 17e cérémonie du Bal des débutantes, dans les salons de l’Hôtel Crillon, à Paris, en novembre 2007.

Si Lily Collins a accepté ce rôle, c’est parce qu’elle est passée par là et que la préparation du film l’a aidée à faire définitivement le point sur ses problèmes et à prendre de la distance. Dans son livre, intitulé Unfiltered, sorte de journal intime publié en 2017, elle a révélé son difficile combat contre la boulimie et l’anorexie. Les divorces de son père, son désir de contrôle et sa quête de perfection ont favorisé l’apparition de ses désordres alimentaires. «A 16 ans, je suis devenue accro aux pilules amaigrissantes et aux laxatifs. Mon quotidien consistait à me gaver de fast-food, de bonbons, de gâteaux… Je pensais que la boulimie me permettrait de prendre le contrôle de mon corps (...) En plus, je sentais que j’étais en train de devenir une femme, et je ne le voulais pas, je voulais rester une petite fille», confiera-t-elle.

Aujourd’hui, Lily Collins a retrouvé son équilibre. Elle combat l’ombre de ses ombres grâce à la méditation et à l’introspection. Sans oublier l’amour et une bonne tasse de thé. Le réalisateur et scénariste Charlie McDowell lui a passé une bague de fiançailles au doigt en septembre dernier. «Fils de», comme elle, il est l’un des cinq enfants de Malcolm McDowell, alias Alex, la figure emblématique d’Orange mécanique, de Stanley Kubrick. Il a débarqué dans sa vie non pas pour la sauver, mais pour l’apaiser. Et, comme un pacte passé avec elle-même, Lily, qui aime se décrire comme «une fille des villes avec un cœur des champs», s’est fait tatouer sa devise sous le sein gauche: «True delicacy is not a fragile thing» (la vraie délicatesse n’est pas une chose fragile). «Vous pouvez avoir l’air délicat, dit-elle, mais cela ne signifie pas que vous êtes fragile.»


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