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Mais qui est Julie Gayet?

L’actrice française de 50 ans a dit oui à François Hollande, dont elle a été la première dame de l’ombre, il y a huit ans, après un scandale. Maman, femme engagée, indépendante, pudique et solaire, sa série cartonne sur Netflix. Portrait d’un bourreau de travail au naturel désarmant.

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Julie Gayet

Issue d’une famille bourgeoise, socialiste et engagée, Julie Gayet a tracé sa route. Actrice, réalisatrice, metteuse en scène et productrice, elle totalise 62 longs métrages. Grâce à la minisérie «Une mère parfaite», elle connaît cette année un succès international aux côtés de Tomer Sisley.

UGO RICHARD

Début 2014, un casque de moto sur la tête, sangle défaite, François Hollande arrive à un rendez-vous galant, à scooter, 20, rue du Cirque, à Paris. Le 10 janvier, le chef de l’Etat français est à la une de «Closer» sous un titre pétaradant: «L’amour secret du président, il passe ses nuits à deux pas de l’Elysée». Non content de se mettre en danger, le «président normal» se fait pincer par trois paparazzis. Sa sécurité, elle, n’a rien vu. Le scoop de l’hebdomadaire fait le tour du monde. Il provoque un séisme politico-people.

L’imprudent n’avait-il pas déclaré, le 2 mai 2012: «Moi, président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque moment exemplaire»? Celle qu’il visite nuitamment, c’est l’actrice Julie Gayet. Personne ne le sait, pas même son agent. Les tabloïds anglo-saxons se déchaînent. L’un d’eux, à côté du titre «OOH-LA-LANDE», publie une photo de la comédienne, à 20 ans, seins nus. «C’est une crise politique et personnelle», clame le «Times».

Julie Gayet

Le 10 janvier 2014, François Hollande fait la une de «Closer». Le magazine dévoile la relation secrète du président français avec l’actrice Julie Gayet. Scandale!

Closer

Peu après, les Hollande-Gayet sont épinglés en une de «Voici», assis sur la terrasse élyséenne. La trahison vient de l’intérieur. Un employé du palais a volé la photo. Qui tire les ficelles? En tout cas, tous les coups sont permis. Après le vaudeville de droite Sarko-Cécilia-Carla, voici sa version de gauche, Hol-lande-Valérie-Julie. Chacun a un avis sur ce ménage étroit à trois. Ségolène Royal en tête. La mère des quatre enfants Hollande conseille à Trierweiler de lâcher l’affaire. Quinze jours plus tard, le président en exercice annonce «à titre personnel» à l’AFP qu’il se sépare de Valérie Trierweiler, sa compagne officielle.

Huit mois passent et, dans un livre vengeur, l’éconduite, journaliste à «Match», fait le récit glaçant de son éjection par un François au cœur sec. «Merci pour ce moment» s’écoule à 603 300 exemplaires. C’est le plus gros best-seller de l’année. Le choc est rude. Gayet, entre crises d’angoisse et crises de larmes, se terre. Elle et Hollande ne s’affichent jamais ensemble. Ils n’apparaîtront, officiellement, pour la première fois, main dans la main, que trois ans plus tard, le 9 décembre 2017, à l’occasion de l’hommage à Johnny en l’église de la Madeleine. Le couple de gauche s’assied à la droite des Sarkozy-Bruni. La boucle est bouclée.

Julie Gayet et François Hollande

Le couple, serein, au Festival du film francophone d’Angoulême, en août 2020.

DR

Mais qui est celle par qui le scandale est arrivé et que l’ancien président, 67 ans, jusque-là réfractaire au mariage, a épousée en tapinois à la mairie de Tulle, en Corrèze, le 4 juin, au lendemain de son 50e anniversaire? Les époux ont invité peu de monde. On reconnaît Benjamin Biolay, son témoin, elle a joué dans trois de ses clips; le repas qui suit se compose de côtes de bœuf achetées au marché. Tout ça est anodin, quasi banal. Julie Gayet est une fille bien, désarmante de naturel.

De son homme, elle dit en privé: «Mon amoureux, il est gourmand et il est mal sapé.» Elle est discrète, élégante sans ostentation, courageuse, déterminée, indépendante et solaire. Cette femme de caractère est un bourreau de travail.

Dans la biographie qu’elle lui consacre, intitulée «Mademoiselle» (2016), la journaliste Pauline Delassus décrit ses parents. Brice, le papa, est chirurgien, spécialiste des pathologies digestives, le premier en France à avoir greffé un foie. Il a une belle clientèle, dont Marcello Mastroianni. Parfois, il passe à la maison. Elle ne sait pas que, en 1995, une fois devenue comédienne, elle lui donnera la réplique.

Le dimanche, dès 7 ans, elle rend visite à son père médecin à l’hôpital et tient compagnie aux malades âgés, esseulés. La fillette découvre la frontière ténue entre la vie et la mort, l’urgence de l’existence. Anne, sa maman, est issue d’une dynastie industrielle. Elle s’occupe de Julie et de ses deux frères et, sur le tard, ouvre une boutique d’antiquités. Quand ils déménagent, les Gayet passent de la banlieue parisienne au très chic faubourg Saint-Honoré. Ils habitent, ô ironie, à 200 mètres de l’Elysée. Dans l’appartement a vécu le grand-père, un héros. Résistant à 16 ans, il a rejoint l’Angleterre et de Gaulle en juin 1940. Thérèse, l’arrière-grand-mère, est l’une des trois premières Françaises à avoir été diplômées de médecine.

Julie a hérité de cette force de caractère familiale. Son univers à elle est artistique. Elle s’initie au piano puis se passionne pour le chant lyrique à 8 ans. Six ans plus tard, elle commence le théâtre. Elle partira étudier à l’Actors Studio à Londres. Pour payer ses cours, elle travaille dans un resto. Elle est dingue de foot et en joue, gardienne et capitaine de l’équipe. Elle va fréquenter la Sorbonne en histoire de l’art, psychologie et cinéma et apprendra à l’Académie Fratellini, école du cirque, à tenir en équilibre sur un fil. Avec la troupe, elle monte et démonte le chapiteau, vend des crêpes à l’entracte. C’est son «coin de paradis».

Julie Gayet

La comédienne, lors du 75e anniversaire du Festival de Cannes, à la première du film «The Innocent», le 24 mai dernier.

Getty Images

Ces jours-ci, elle culmine au top 5 des meilleures audiences Netflix dans «Une mère parfaite», minisérie avec Tomer Sisley. Les épisodes n’avaient pas convaincu sur TF1, mais à l’étranger on aime la «Frenchie» Gayet. Sa première apparition télé remonte à 1992 et à la série pour ados «Premiers baisers». Elle gifle trois garçons, la scène ne dure que quelques secondes. L’année suivante elle débute furtivement au cinéma chez Costa-Gavras. Elle tourne trois autres films dans l’année, dont «Bleu», de Kieslowski, en avocate figurante.

En 1995, elle obtient son premier grand rôle chez Agnès Varda, sa marraine de cinéma, puis se distingue en 1996 avec «Delphine 1, Yvan 0», de Dominique Farrugia. Dans la foulée, elle rafle le Prix Romy-Schneider pour «Sélect Hôtel». A ce jour, elle totalise 62 longs métrages et 14 téléfilms ou séries. Son visage évolue, s’affine. Elle est brune, blonde, les cheveux courts puis longs, la peau blanche, les yeux clairs, les joues rosées, passant indifféremment du drame à la comédie, du cinéma d’auteur aux productions populaires.

Julie Gayet

Julie Gayet et ses deux fils, Tadeo (22 ans) et Ezéchiel (21 ans).

DR

Avant Hollande, sa vie privée est assez linéaire. A 28 ans, en juin 2000, elle épouse le réalisateur, producteur et écrivain argentin Santiago Amigorena. Il est le scénariste du «Péril jeune» pour Cédric Klapisch. Ensemble, ils ont Tadeo (1999) et Ezéchiel (2000). Ils se séparent en 2006.

Elle a beau avoir grandi dans un milieu privilégié, Julie Gayet a développé une conscience. Dans la famille, on est de gauche. Une gauche bourgeoise, de salon. On y est ambitieux mais solidaire. On sait tendre la main.

Alors, elle s’engage avec force et conviction. En 2016, elle lance Info-endométriose afin de sensibiliser à cette maladie. Puis elle milite contre les violences faites aux femmes et combat l’homophobie en 2018; elle lutte contre les inégalités femmes-hommes dans le cinéma et prône la diversité dans son métier. Ses positions politiques sont claires. Socialiste, elle a soutenu Ségolène Royal (2007) puis François Hollande (2012) à la présidentielle et Anne Hidalgo à la mairie de Paris (2014).

Gayet est multiple. A la fois actrice, réalisatrice, productrice, elle est metteuse en scène au théâtre et à l’opéra (Les noces de Figaro, 2017). En pleine pandémie, elle défend sa corporation et s’emporte sur le plateau de «C à vous»: «Je pense que le gouvernement tue même la culture! C’est-à-dire le théâtre. Il n’y a pas de cluster avec une jauge limitée.»

Julie Gayet

Julie Gayet le 23 novembre 2019, à Paris, avec les comédiennes Aïssa Maïga et Nadège Beausson-Diagne lors de la marche contre les violences sexistes et sexuelles.

Instagram

Le covid va pourtant la contraindre à renoncer à son grand projet, sa maison de production, Rouge International, montée en 2007. Elle y promeut un cinéma d’auteur, militant. Elle a six employés et sort 16 films. Mais la crise a fait fuir les investisseurs, Julie Gayet a des divergences de vue avec son associée et, raison majeure, elle mène un combat intime. L’un de ses fils est atteint d’une maladie grave, apprend-on dans «Le Monde». Gayet n’en dira pas plus.

Elle est affirmée; tout sauf une «femme de...». En quittant la mairie, bouquet de fleurs à la main, à peine mariée, elle a déclaré au journal local «La Montagne» préserver son patronyme: «Le plaisir d'une actrice, c'est qu'on garde son nom. Je serai toujours Julie Gayet.» Le journaliste Patrice Duhamel le souligne: pour la première fois depuis 1958, une première dame, fût-elle de l’ombre, n’a rien changé à sa vie professionnelle. «La fonction est sexiste, dit-elle. C’est un job qui oblige à arrêter son métier. Et en plus, on ne touche pas de salaire.»

Première dame? Elle en a connu tous les désagréments. «Lors des attentats de Paris, je devais aller en Belgique pour le tournage d'un film que je produisais. Je n'ai pas pu pour des raisons de sécurité.» A en croire «Le Point», la First Lady fantôme a parfois pesé dans les décisions de François Hollande dans le domaine culturel, s’opposant, en coulisses, à Aurélie Filippetti, la ministre en poste.

Julie Gayet

A la rentrée des classes, Julie, 6 ans, sourit de presque toutes ses dents.

Instagram

Julie Gayet, c’est aussi la joie de vivre, un rire cristallin. En 2015, dans «Dix pour cent», JoeyStarr lui demande: «T’as quelqu’un en ce moment?» L’allusion à Hollande est à peine voilée. Que garde-t-elle de tout ça? Pour elle, ça a été très dur. Epiée, pourchassée, elle a frôlé l’accident en essayant de semer un paparazzi. Au château de Cadreils, acheté par ses parents en 2005, lors d’une visite avec Hollande, elle entend vrombir des drones dans le ciel.

Et, quand Voici claironne que son François fréquente Juliette, l’hebdo à sensation croit savoir qu’il convoite la ballerine Juliette Gernez, ex-amie d’Elie Semoun. Rumeur, encore une, vite démentie. Alors Julie répond en souriant et publie une image de son couple, heureux, sur Twitter, en novembre 2020. «C’était un moyen de répondre: «Tout va bien, merci.» Devoir en arriver là, poster une photo pour contrecarrer les attaques, c’est terrible. Nous, on sait ce qu’on vit, on sait qu’on s’aime, notre vie privée ne regarde personne.»

Par Didier Dana publié le 26 juin 2022 - 08:34