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© Laura Gilli

«A la maison, nos défauts ressortent»

Publié jeudi 16 avril 2020 à 09:34
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Publié jeudi 16 avril 2020 à 09:34 
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Dans le quatrième volet de sa chronique «Huis clos», l'humoriste romand Thomas Wiesel révèle les petits travers qui ressortent quand on est durablement confiné.
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J’ai lu un article qui se demandait si nous allions tous être addicts à la fin du confinement. C’est vrai que c’est plus dur de maîtriser ses pulsions quand on est chez soi, que la pause clope n’est pas surveillée par un patron ou que le petit verre de vin peut être servi à 14 h plutôt qu’à 19. Finalement, c’est peut-être à ça que servait surtout le travail, nous donner un endroit où être toute la journée pour ne pas succomber à nos pires travers.

Chez soi, on a peu de choses qui nous protègent d’être vraiment nous-mêmes. C’est aussi pour ça qu’en Chine, à la levée du confinement, le nombre de divorces a explosé. On se révèle tel qu’on est et, parfois, l’autre réalise qu’il nous préférait tel qu’on se prétendait. Par exemple, je réalise que pour moi, si je sais que je vais faire du sport l’après-midi, je trouve inutile de m’habiller le matin. Et ensuite, comme je vais de toute façon me mettre au lit à un moment… Je fais d’énormes économies de lessive. J’espère que lorsqu’elle sera présidente de la Terre, Greta se souviendra de ce que j’ai fait pour la cause.

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J’ai moins de problèmes avec les addictions, je ne fume pas et je bois peu. La seule chose que j’essaie d’arrêter à plus ou moins moyen terme, ce sont les corn-flakes sucrés, mais je suis pas encore prêt.

Dans la vie d’avant, ma faible consommation d’alcool me valait souvent des moqueries quand je sortais, ou quand j’étais en tournée en Valais. J’arrivais toujours à m’en tirer en disant que je devais me lever tôt ou que j’avais de la route (j’ai pas de voiture, mais quand on ment à quelqu’un d’alcoolisé, pas besoin de fomenter un plan digne de «Prison Break»). Mais là, boire ou conduire, il faut choisir, et le Conseil fédéral nous a dit qu’il fallait pas conduire. Le problème avec les skypéros, c’est que t’as pas tellement d’excuses pour les refuser, tout le monde sait que t’es coincé à la maison. Il faut ruser pour réussir à se défiler. J’ai pu en éviter un en disant que je devais écrire ma chronique de L’illustré, je me suis soustrait à un autre en prétextant que j’en avais déjà un de programmé.

Mais j’ai remarqué un travers qui ressort dangereusement à mesure que le confinement avance. On connaît le dicton qui dit qu’en chaque Suisse sommeille un flic, et que chez le Vaudois, il est réveillé. Depuis trois semaines, mon agent des forces de l’ordre intérieur est pas seulement réveillé, il est au taquet! Je sais pas s’il a commencé la caféine en intraveineuse ou s’il s’est directement servi de coke dans les substances saisies par le commissariat, mais je passe un temps fou à juger le comportement de mes concitoyens.

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Sur les réseaux, je me demande si cette photo de groupe est un souvenir ou si mes potes désobéissent et se voient, en plus sans m’inviter (de toute façon je peux pas, j’ai un skypéro). Par la fenêtre, je regarde les allées et venues de mes voisins, me demandant ce qu’ils font, alors que je croyais que pour atteindre ce stade, il fallait être soit septuagénaire, soit concierge, soit les deux. Et lors de mes rares déplacements, chaque personne que je croise, je me demande si elle a une bonne raison d’être dehors, et vu le regard qu’on s’échange, elle se demande exactement la même chose.

Et j’ai eu un haut-le-cœur en voyant les images d’Alain Berset en Valais (décidément, les déplacements en Valais...) à moins de 2 mètres de ses collègues! Et déjà, pourquoi est-ce qu’il est dehors, il a une bonne raison au moins? Ah oui, gérer la pandémie, tout ça. Accordé.

Bon, je vous laisse, j’ai un skypéro fictif à terminer et mon voisin vient de sortir les poubelles pour la troisième fois cette semaine, c’est louche.


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