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Quand maman dit non et papa dit oui...

En matière d’éducation, les parents doivent-ils toujours tirer à la même corde? Ou, au contraire, des points de vue différents stimulent-ils le développement de l’enfant?

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Adrienne Barman

Ça marche à tous les coups: papa a permis à Jeannot de rester debout un peu plus longtemps. 

Triomphant, le gamin de 8 ans plante son regard dans les yeux hagards de sa mère qui n’arrive pas à admettre que son mari ne soit pas fichu de s’en tenir à l’horaire du coucher convenu entre eux. Les conflits se succèdent à propos de ce qui est bon pour la santé physique et mentale du petit. Or le père concède beaucoup plus d’exceptions aux règles familiales que la mère. Malin, le petit en joue. Jeannot sait exactement quoi demander à qui et à quel moment. Ces contradictions dans l’éducation sont-elles dommageables pour sa jeune personnalité? Naguère, les spécialistes étaient de l’avis que des conceptions différenciées de l’éducation par les parents étaient fâcheuses pour l’enfant. Car les enfants seraient tentés de jouer leurs parents l’un contre l’autre, ce qui leur ferait perdre leurs repères et leur sécurité. Ils deviendraient ainsi de petits tyrans, des égoïstes sans cesse en train de manifester de l’opposition. Mais le vent a tourné: on sait ou on croit savoir aujourd’hui qu’il n’en va pas tout à fait ainsi. Reste cependant que les parents doivent se mettre d’accord sur un certain nombre de points fondamentaux.

- Quels rituels et traditions familiales entretenons-nous?
- Quelles sont nos habitudes alimentaires?
- Quelle est notre culture du dialogue?
- Quelles valeurs sont-elles importantes pour nous, par exemple dans nos relations avec autrui ou avec la nature?

NE PAS CARESSER L'ENFANT DANS LE SENS DU POIL

Ce qui importe, c’est que l’enfant sache qui commande dans telle ou telle situation. Si les parents ne parviennent pas à s’accorder sur ce point, il est évidemment facile de les jouer l’un contre l’autre. Pour un enfant, toute décision allant dans son sens se révèle positive sur le moment, peu importe de quel parent elle émane. Comme dans le cas de Jeannot qui peut rester debout plus longtemps grâce à l’indulgence de papa. Mais, à long terme, la valse-hésitation ne profite à personne. Les enfants ont besoin d’un cadre solide et fiable pour se sentir en sécurité.

Par ailleurs, les parents doivent éviter d’exploiter des différences de conceptions dans l’éducation pour s’attirer les faveurs de l’enfant.  Si le père dit à Jeannot: «Tu peux rester debout plus tard mais ne le dis pas à maman», cela crée chez l’enfant un conflit de loyauté. Si le père dit en revanche: «Tu peux rester debout plus longtemps parce que tu n’as pas l’école demain», c’est parfaitement intelligible pour l’enfant et cela ne le jette pas dans un insoluble dilemme, même s’il sait que sa mère préfère qu’il aille au lit tous les soirs à la même heure.

Les pédagogues tombent d’accord sur le fait que la progéniture profite du fait que les parents ne sont pas toujours du même avis et décident au jour le jour ce qu’ils jugent sensés. Après tout, les enfants sont aussi confrontés à des styles d’éducation différents au jardin d’enfants, à l’école, chez les copains ou chez les grands-parents et ils doivent s’en accommoder. Ils apprennent à composer avec des critères différenciés et cela les aide à grandir.

SURTOUT PAS DE DISCUSSIONS SANS FIN

Au sein de la famille, il importe de convenir que des points de vue différents ne constituent pas un problème.  S’il y a un jour conflit, il s’agit de le résoudre ensemble et de rectifier les erreurs sans discussions interminables. On contribue ainsi à renforcer la capacité des enfants à résoudre leurs propres conflits.

Les parents devraient développer leur propre personnalité et se comporter en fonction de leur tempérament. C’est, en tout cas, ce que suggère le Danois Jesper Juul, thérapeute de famille et auteur à succès. Selon lui, les parents incitent ainsi les enfants à grandir en tant qu’individus autonomes et à affirmer leur caractère. Autrement dit, les parents ne doivent pas toujours et en toute chose partager un même avis. Mais ils doivent trouver en commun le moyen de discuter des désaccords et s’entendre sur les orientations qu’ils entendent donner. Ce qui signifie que le style d’éducation du conjoint n’est pas faux mais différent...

C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire.  Il est certes formidable de voir le père jouer passionnément avec son fils, quitte à ce que l’heure d’aller au lit soit dépassée. Mais si cela entraîne sans cesse des bagarres entre les parents, parce que Jeannot est tout excité et que sa maman n’arrive pas à le faire dormir, il devient plus difficile d’accepter le comportement paternel et sa vision des choses différente. Voici une solution possible du conflit: la personne qui s’occupe de l’enfant en est responsable. Autrement dit, celui ou celle qui s’en occupe nettement plus décide aussi des détails du quotidien.

DES MODES D'EDUCATION DIFFERENTS

Ils peuvent enrichir la vie de famille à condition que les parents se mettent d’accord sur un certain nombre de principes.

- On prend parti en faveur du parent pour qui un certain type de comportement est important. Par exemple si, pour le père, jouer, faire le fou et s’empoigner avec son rejeton revêt une grande importance, il se rend responsable de cette activité. Même chose si, pour un parent, il est indispensable de ranger rapidement la cuisine après le repas ou de s’occuper du jardin potager. Là aussi, c’est prioritaire.

- Pour que l’un des parents puisse assumer les conséquences du comportement de l’autre, il faut des règles précises: si, par exemple, le matin, la maman doit subir la mauvaise humeur de son enfant parce que le papa l’a mis au lit trop tard, ce dernier doit s’amender durant la semaine. Le week-end, en revanche, ça peut aller puisque le rythme est en général différent.

- Les parents doivent en tout cas se mettre d’accord sur les besoins de l’enfant. Si leurs avis divergent sur ce qui est bon ou pas bon pour leur rejeton, c’est le parent qui a les arguments les plus solides quant au bien-être de l’enfant qui décide. Exemple: si papa et maman savent d’expérience que Jeannot a besoin de beaucoup de sommeil, cela constitue une base pour décider si les visites chez des amis doivent vraiment durer jusqu’à la nuit. Il en va de même pour le besoin de mouvement ou les aventures vécues en commun dans la nature.

Par Beobachter publié le 16 février 2018 - 00:00