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© Didier Martenet/Illustré

Marguerite Bays, d'un miracle dans la Glâne à la canonisation

Publié vendredi 11 octobre 2019 à 09:01
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Publié vendredi 11 octobre 2019 à 09:01 
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Evénement rarissime: le 13 octobre prochain, la Suisse romande comptera une nouvelle sainte, la Fribourgeoise Marguerite Bays. Du jamais-vu depuis plusieurs siècles. Un des miracles qui lui sont attribués s’est passé en Suisse: Virginie Baudois, 22 mois à l’époque, a eu la vie sauve après avoir été écrasée par la roue du tracteur de son grand-père.
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Dans la vieille ferme de La Magne, perdue au milieu des champs à Siviriez, juste à côté de la petite ville médiévale de Romont perchée sur une colline, dans le canton de Fribourg, rien ne sera plus vraiment jamais comme avant. A la table des Baudois, vieille maisonnée de paysans depuis bien longtemps, toute la famille prend son repas en commun. Il y a là Virginie, 23 ans, aujourd’hui esthéticienne, et son ami Valentin, ses parents, Eliane et Pierre, mais surtout son grand-père, Norbert, 88 ans, aujourd’hui définitivement à la retraite après une dure vie de travail.

Bienheureuse canonisée

Autant prévenir tout de suite: le récit qui va suivre est saisissant, pour le moins étonnant et totalement inexplicable pour tout esprit rationnel. Pour les chrétiens croyants, en revanche, c’est ce qu’on appelle un miracle et on le doit à l’incantation de la très pieuse Marguerite Bays (1815-1879), toujours au service des pauvres et des plus démunis, une couturière qui vivait à quelques centaines de mètres de là, à La Pierraz. Un miracle désormais attesté par Rome et le pape François lui-même, qui canonisera la bienheureuse le dimanche 13 octobre prochain au Vatican.

Didier Martenet/Illustré
Dans les alpages fribourgeois, à l’été 2000, après les faits miraculeux survenus deux ans plus tôt, une petite-fille et son grand-père plus soudés que jamais.

A l’origine, donc, l’histoire de Virginie, petite fille de 22 mois, qui devrait être morte depuis le vendredi 6 mars 1998 sur les terres de ce petit village du district de la Glâne. Ce jour-là, en fin de matinée, Norbert est aux champs, à quelques mètres de la ferme familiale, bien loin de se douter que sa vie va basculer à jamais. C’est la fin de l’hiver, la saison vit ses derniers frimas. Au volant de son tracteur, un Hürlimann vert, il est occupé en compagnie de ses deux petites-filles à ranger des planches à neige posées le long de la route. Un travail qu’il a effectué bien des fois durant sa longue vie de labeur: il faut d’abord couper les ficelles, puis arracher les piquets, les uns après les autres, et les charger sur le pont arrière du tracteur avant de rentrer à la ferme.

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Avec sa petite-fille, ils se recueillent régulièrement devant le reliquaire de Marguerite Bays, dans l’église de Siviriez (FR).

Sa petite-fille Virginie est assise entre ses jambes, tandis qu’une autre de ses petites-filles, Nadine, 8 ans, la grande sœur, ramasse les piquets à l’arrière. Pour accomplir les tout derniers mètres, Norbert autorise Nadine à prendre le volant du tracteur, comme elle le fait parfois, et comme on le fait souvent alors dans les campagnes.

C’est là que va surgir le drame: Virginie tombe et passe littéralement sous la grosse roue arrière de l’engin qui lui passe dessus, de la tête aux pieds. Quelques secondes qui semblent durer une éternité. Norbert n’a d’autre choix que de laisser, impuissant, la roue du tracteur poursuivre son chemin sur le corps de la petite malheureuse… Quand il récupère le corps «inerte et flasque» de sa petite-fille, il est persuadé qu’elle est morte, puis constate l’impossible: elle respire, elle se met à gémir et à pleurnicher. Elle est en vie! Il lève les yeux au ciel et remercie spontanément Marguerite Bays.

Médecins médusés

Emmenée de toute urgence à l’hôpital le plus proche, à Billens, les médecins médusés ne pourront que confirmer l’incroyable diagnostic: tous les organes sont intacts, sans le moindre hématome sur le corps, seulement quelques égratignures superficielles.

Après trois jours d’observation, elle peut regagner la maison, le plus tranquillement du monde, et reprendre une vie normale. «Marguerite est intervenue, il n’y a aucun doute là-dessus», glisse Norbert. Plus troublant encore: les 80 centimètres de terre sur lesquels Virginie a été écrasée sont dénués de toute marque de crampons, mais la combinaison de ski que porte l’enfant est bien recouverte de traces de pneu du tracteur…

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La demeure où vécut Marguerite Bays, dans le hameau de La Pierraz (FR), est devenue un lieu de pèlerinage depuis sa mort en 1879.

Deux flashs

Quand Norbert raconte son histoire, ses yeux s’embuent comme au premier jour. «Je me sens responsable de tout ça, glisse-t-il. Je ne sais pas si j’aurais pu m’en remettre si les choses avaient mal tourné. Vous savez, je prie Marguerite tous les jours, et en particulier tous les vendredis à La Pierraz depuis 1987, en lui demandant à chaque fois de protéger ma famille.»

Virginie, elle, avoue n’avoir conservé aucun souvenir de cet événement, si ce n’est deux flashs bien précis: «Je me souviens de la couverture brune dans laquelle on m’avait enveloppée en m’emmenant à l’hôpital. Et de la visite de ma maman, qui m’avait apporté un petit dalmatien en peluche, que j’ai toujours.» Elle confie n’avoir véritablement compris ce qui lui était arrivé que durant son école primaire, quand des enfants la regardaient parfois comme si elle était une personne un peu différente et qu’ils lui demandaient par exemple de faire des miracles.

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On vient se recueillir de partout dans la chambre – restée quasiment en l’état – de cette grande mystique, que l’Eglise catholique va enfin reconnaître comme une sainte.

Interrogations

Après, à l’adolescence, elle a commencé à s’interroger: «Pourquoi moi?» Puis elle n’a cessé de le faire. «J’ai pu extérioriser tout ça et l’accepter. Désormais, le jugement et le regard des autres m’importent peu et me passent généralement par-dessus la tête, je mène une vie normale.»

Croyante, elle n’a pas pour autant songé à devenir une bonne sœur. Lors de vacances à Chypre en 2013, elle rencontre un jeune homme, Valentin, auquel elle parle d’abord en anglais, sans savoir qu’il est Fribourgeois comme elle, et dont elle tombe amoureuse: elle découvrira plus tard qu’il est un arrière-arrière-arrière-petit-neveu de Marguerite, la future sainte!

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Norbert Baudois tient dans ses mains de précieuses reliques de Marguerite Bays, qu’il conserve jalousement.

Le 13 octobre, avant la cérémonie de canonisation de Marguerite Bays, Virginie la miraculée, accompagnée de son grand-père, aura l’insigne honneur d’être reçue en audience privée au Vatican par le pape François lui-même, avec lequel elle échangera peut-être quelques mots, «si je ne suis pas trop impressionnée», avoue-t-elle.

Norbert ne sait pas non plus encore ce qu’il dira au Saint-Père. Car pour que ces deux-là sortent de leur réserve et de leur timidité, il faudra un nouveau miracle! Mais François l’Argentin a plus d’un tour dans son sac. Et Marguerite y veillera aussi, assurément.


Le long chemin vers la canonisation

La demeure où vécut Marguerite Bays, dans le hameau de La Pierraz (FR), est devenue un lieu de pèlerinage depuis sa mort en 1879. On vient se recueillir de partout dans la chambre – restée quasiment en l’état – de cette grande mystique, que l’Eglise catholique va enfin reconnaître comme une sainte.

Pour les habitants de la région qui la vénèrent, cela ne fait pas l’ombre d’un doute depuis bien longtemps…

Mais au Vatican, une canonisation est une affaire sérieuse: le dossier de Marguerite est ouvert en 1927. Elle a d’abord été déclarée «servante de Dieu», puis «vénérable».

Il faut attendre 1995 pour qu’elle soit déclarée «bienheureuse» par le pape Jean-Paul II, qui lui reconnaît officiellement un miracle, puis encore plus de vingt ans - 2019 donc - pour qu’un second miracle lui soit attribué, celui de Virginie (1998), après une longue enquête canonique. Rien ne s’oppose plus à ce qu’elle soit déclarée sainte cette semaine par le pape François.


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