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Marie Robert, de l’échec à la victoire: la clé du succès

A 34 ans, Marie Robert compte parmi les chefs les plus en vue du pays. Une ascension fulgurante qui n’allait pourtant pas de soi. Retour sur le parcours turbulent d’une flamboyante rebelle qui s’apprête à accueillir son premier enfant.

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Marie Robert

A 4 ans, Marie a déjà l’air volontaire.

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J'ai toujours su que je serais cuisinière. Depuis toute petite, je jouais à préparer à manger», se souvient Marie Robert, la cheffe du médiatique Café Suisse, à Bex, qui affiche 16 points au GaultMillau et une étoile Michelin. A 34 ans, la «Cuisinière de l’année» 2019 incarne le succès. Sa flamboyante chevelure cuivrée a fait le tour des réseaux sociaux. Et si elle a troqué sa taille 36 contre des vêtements plus amples, c’est parce qu’elle s’apprête à devenir maman.

Entre 1999 et 2019, la jeune femme a néanmoins passé par des moments difficiles et personne ne lui aurait prédit un si brillant avenir. Sauf ses parents, qui ont toujours cru en elle et qui l’ont soutenue contre vents et marées. A raison. Marie est née à Châtel-Saint-Denis, en 1988. Son père, Patrick Robert, est comptable. Sa maman, Corinne, travaille dans l’événementiel. L’enfant, elle, est aussi vive que rebelle et volontaire. Elle a son petit caractère, comme on dit. Pas toujours compatible avec les structures scolaires. En fait, c’est surtout à 11 ans, alors qu’elle rentre des Etats-Unis où sa famille a vécu pendant un an, que l’histoire commence à moins bien tourner.

A son arrivée à Prilly, après une année de scolarisation en anglais, elle se confronte à l’école vaudoise. Celle-ci est trop rigide pour Marie, qui n’y trouve pas sa place. Ses notes dégringolent: en maths elle a 2, en français 3,5. Un prof lui dit qu’elle ne va pas y arriver si elle continue ainsi. Elle se persuade que son QI est insuffisant. Et elle décroche. «Quand on passe huit heures par jour à ne rien comprendre, le temps devient long.» Elle se sent en échec, mise de côté. Pour attirer l’attention, elle endosse un rôle de pitre. Elle danse sur la table, chante Petit papa Noël à Pâques, mange du papier pour faire croire qu’elle mâche des chewing-gums (qui sont interdits)… Bref, elle fait tout pour déplaire.

Marie Robert

Ecrite alors que Marie était âgée de 8 ans, cette touchante chanson révèle l’incroyable persévérance de celle qui est aujourd’hui cheffe du Café Suisse.

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Rebelle aux yeux du corps enseignant, anticonformiste pour ses camarades, Marie voit l’école se transformer en un monde sauvage. Sa rousseur et son surpoids lui valent des moqueries pas toujours tendres: «Aujourd’hui, j’en ris, car je sais que d’autres ont vécu bien pire, mais sur le moment, ça a été dur, admet-elle. Je n’étais pas prête à ça. Mes parents se sont toujours montrés encourageants, bienveillants, portés sur le dialogue. Et là, j’étais confrontée à une dureté incroyable et à des méthodes d’enseignement qui me faisaient douter de plus en plus.»

On lui dit qu’elle est hyperactive, puis on la déclare dyslexique, avant de la diagnostiquer anorexique. «Je suis heureuse de constater que ce n’était pas le cas: je suis d’autant plus touchée de voir que d’autres en souffrent réellement.» Quand on lui conseille un traitement médical, ses parents refusent.

Corinne et Patrick ne tombent pas dans la compassion pour autant: «Ils m’ont simplement dit: sois plus grande, confie Marie. Et je savais ce que je voulais: travailler. Dans un restaurant.» A 14 ans et demi, elle commence. Elle passe notamment au Ripp’s, à Lausanne, dont la directrice, Hannelore Schoell – tailleurs chics et chignon serré – a marqué les Lausannois: «Quand je faisais brûler les flammekueches, ça enfumait tout le restaurant! Alors, pour m’épargner l’ire de la directrice, on me cachait sous le four à pizza.» Autant dire que la partie n’est pas encore gagnée pour la jeune et indocile Marie.

A l’Ecole professionnelle, ses démons la rattrapent: «On voulait me renvoyer. J’ai promis que j’allais changer. Personne ne voulait me croire. Mais on m’a donné une dernière chance et confiée à André Reymond, professeur de cuisine. Il m’a d’emblée dit que je n’avais pas intérêt à faire la maline.» Et ça a marché! «Parce qu’il était mon allié. J’ai tout donné et travaillé pendant mes congés. Je voulais gagner le concours du meilleur apprenti du canton.»

Et quand Marie a quelque chose en tête, elle ne renonce jamais. La jeune femme peaufine son plat de canette et atriaux de canard au vin cuit. Elle remporte le concours et la sauce du plat figure toujours à la carte du Café Suisse. «Ça a été le déclic. J’avais enfin gagné quelque chose. Et c’était grâce à ce prof et à mes parents, qui ont cru en moi.» Elle termine son apprentissage en passant du Bleu Lézard à Lausanne au Beau-Rivage Palace. Là, visionnaire, Didier Schneiter, le chef exécutif, lui assène: «Si vous apprenez à vous taire, vous réussirez dans ce métier.»

Marie Robert

A l’Ecole professionnelle de Montreux, André Reymond, professeur de cuisine, a su réveiller le talent de la jeune femme.

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Rebelle jusqu’au bout, Marie fait le contraire. Elle décide de faire un passage chez Thierry Marx à Pauillac. Le problème, c’est qu’il ne l’engage pas. Enfin, pas tout de suite: «J’ai appelé tous les jours pendant plus de deux mois. Jusqu’au jour où on m’a dit de venir.» Une expérience qui lui démontre, si besoin, que dans un monde où les uns sont des meneurs et les autres se laissent mener, elle fait partie de la première catégorie: «Je ne veux pas faire ce que les autres me demandent.» Marie est une indépendante, une vraie.

Avec Arnaud Gorse, son comparse, ils se lancent. Un premier projet tombe à l’eau et le duo se retrouve sans appartement et sans argent. Marie dispose juste de 400 francs sur son compte en banque. «C’est alors que ma mère a déniché le Café Suisse sur Anibis, pas tout à fait au goût du jour. Mais le temps pressait, il fallait foncer.» Quand elle se rend à la banque, on lui demande un plan financier. Sûre d’elle, du haut de sa jeunesse, elle répond qu’elle n’en a pas besoin: aimer cuisiner et vouloir créer devrait suffire. Bingo, elle obtient un bout de crédit. Et avec l’appui d’amis de la famille, elle réunit les fonds nécessaires pour démarrer l’aventure. Ouverture le 18 juin 2010: «Je n’ai jamais pensé que ça pourrait ne pas marcher.»

Et le succès ne s’est pas fait attendre. «Ça montre bien qu’on peut être une truffe en maths ou mal écrire le français et s’en sortir avec une entreprise!» Et tout en précisant qu’elle n’a de leçon à donner à personne, elle ajoute: «Si j’osais donner ma recette du bonheur, ce serait de se souvenir qu’on peut surmonter toutes les barrières. Croyez en vous, fixez-vous des buts et n’hésitez pas à vous dépasser. Car rien n’est définitif. Et à tous les parents et formateurs, j’aimerais dire: croyez en vos enfants, soutenez-les, même si l’école n’arrive pas à les canaliser. Ils ont tout pour réussir.»

Marie Robert

Lorsqu’elle a perdu un point au GaultMillau, Marie a choisi de «ne pas [se] laisser abattre» en publiant cette photo espiègle.

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Par Knut Schwander publié le 8 juin 2022 - 08:54