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© jerome bonnet

Marina Rollman ne voit «pas l’intérêt de vivre si on ne rigole pas»

Publié jeudi 28 mai 2020 à 09:27
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Publié jeudi 28 mai 2020 à 09:27 
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Tout réussit à l’humoriste genevoise Marina Rollman. Désormais installée à Paris, elle est devenue, à 31 ans, une référence de l’humour francophone. Au top d’une carrière mise entre parenthèses par le virus, elle parle cactus, gladiateur du rire, «Dix pour cent» et cinéma.
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«Lavez-vous les mains, bande de petits dégueulasses!» envoie l’humoriste dans une vidéo de prévention pour freiner la transmission du coronavirus. Marina Rollman, l’humoriste romande qui a conquis Paris, reste, en toute situation, fidèle à son ADN grinçant. Même lorsqu’elle pressentait que le Covid-19 allait chambouler ses plans. Dates annulées, tournée repoussée, la Suissesse encaisse.

Plutôt casanière, elle s’adapte à sa nouvelle routine, confinée dans son pied-à-terre parisien. «Si on enlève le contexte de tragédie, j’apprécie le rétrécissement de mon agenda, sortir un peu de l’agitation du quotidien. Par contre, je regrette de ne pas être en Suisse pour avoir un accès à la nature», avoue-t-elle au téléphone.

Jérôme Bonnet
La voix de sa génération. Pétillante et sarcastique, l’humoriste est l’une des idoles des jeunes Romands.

En février dernier, on l’avait rencontrée en chair et en os dans la capitale française. Le magazine Grazia venait de la faire poser devant des graffitis en compagnie d’autres comiques en vogue. Quelques jours plus tôt, son apparition dans l’émission «Quotidien» de Yann Barthès était décrite comme une bouffée d’air frais. Entre ses chroniques sur France Inter pour Nagui et le succès de son «Spectacle drôle», Marina Rollman grave son empreinte malicieuse sur la scène francophone. Sa signature? Des vannes mordantes et engagées, qui la hissent en porte-parole de sa génération: celle des millennials à la fibre écologique, obsédés par l’entrepreneuriat et noyés dans les flux continus d’Instagram. «Je sais que je ne serai jamais une grande star mainstream de l’humour», tranche Marina Rollman.

A 31 ans, elle préfère secouer par le rire une communauté de niche tout en faisant attention de ne pas sombrer dans «l’entre-soi». «A mes débuts, je me produisais dans des vieux clubs de foot, alors ce n’était pas un risque. Aujourd’hui, je constate que mon public me ressemble de plus en plus, peut-être trop», confie-elle, perplexe. Elle se définit comme une bobo de gauche. Ce sens aigu de l’autocritique et le recul qu’elle porte sur l’ère prolifique de la blague (comme elle l’a dénommée) ont teinté toute la rencontre.

Un rendez-vous donné dans son joli appartement caché au cœur du Marais, à deux pas d’une épicerie fine et d’un bistrot traditionnel. La Genevoise s’y est installée depuis un an. En temps normal, elle pendule régulièrement pour se produire en Suisse romande. A la fin de 2019, elle coprésentait avec Thomas Wiesel le Montreux Comedy Festival avant de jouer – quelques semaines avant le confinement – à guichets fermés à Vevey et dans la Cité de Calvin.

>> Voir l'interview de Marina Rollman au Montreux Comdey Club

En poussant la grande porte bleue au 5e étage d’un bel immeuble parisien, un parfum d’ambre-musc embaume les lieux. Souvenirs de voyages, cadeaux d’anniversaire, meubles chinés, la décoration est soignée, l’espace, enveloppé de plantes. Marina Rollman les a toutes baptisées, comme Hermès le cactus. Pour survivre à l’effervescence de Paris, la chroniqueuse a tissé son petit cocon. Mais après sept semaines à la maison, elle avoue, au téléphone, qu’elle ne dirait «pas non à une maison à la campagne, plutôt».

Accueillante, elle nous a présenté sa famille en photos: son père, Philippe, dans le salon et Véronique, sa maman, à l’entrée. Aujourd’hui, dans sa fratrie recomposée, ils sont sept. Et tous partagent le plaisir d’une bonne vanne. «Chez nous, on ne voit pas l’intérêt de vivre si on ne rigole pas, c’est le sel du quotidien.»

Jérôme Bonnet
Chez elle, un portrait de son père, le publicitaire genevois Philip Rollman.

Le soir de notre escapade parisienne, elle était attendue pour son one woman show déjà bien rodé. Un «seule en scène» qu’elle a créé il y a trois ans et qui, au gré de ses envies, évolue. «Il reste 15% du spectacle initial. Dès que je m’ennuie, je l’adapte», lance l’artiste. Intuitive, sa fine écriture avait déjà été remarquée en 2013 lors des scènes ouvertes en Suisse. Gad Elmaleh la repère un an plus tard et lui demande de faire sa première partie. Peu après, Marina Rollman brille au Jamel Comedy Club.

Depuis trois ans, alors qu’elle remplit les ondes de France Inter avec ses «drôles d’humeur» – dont certaines vidéos sont vues plus de 400 000 fois sur YouTube –, elle éprouve parfois le besoin de s’octroyer de petites pauses vis-à-vis de l’industrie du divertissement. «Quand tu sens que tu pars en crise existentielle, c’est bien de taffer avec ses mains pour se laisser du temps de pensée», avoue-t-elle. Un mantra qu’elle n’avait pas suivi aux prémices de sa carrière, quand elle avait échoué au concours La Route du rire en 2009. A l’époque, alors qu’elle abandonne le stand-up, elle s’oriente vers la publicité. Une vie de bureau «kafkaïenne» qui, pour la Romande, sera synonyme de dépression. «Il y a des jours où tu as envie de mourir, mais tu as trop la flemme. Moi, ça a duré cinq ans», ironise-t-elle sur le plateau. Son salut, elle le trouvera en vendant des burgers dans le food truck de ses amis.

Jérôme Bonnet
Femme-Vishnu. Jonglant entre les mandats, la Genevoise bricole souvent un repas en quelques minutes.

Mais aussi en reprenant la voie de l’humour, un métier qui correspond à sa personnalité espiègle. Alors qu’elle s’engage pleinement dans son rôle d’humoriste professionnelle, elle croise le chemin de son futur mari, Stéphane Armleder, fils de l’artiste John M. Armleder et cofondateur du label de musique We Release Whatever the Fuck We Want. Au printemps 2018, ils se disent oui. Ils jonglent tous deux avec leurs emplois du temps respectifs, sautant d’un TGV à l’autre. Mais toujours avec Ottavio, leur teckel.

Le jour de l’interview, Stéphane rentre avec des pâtisseries. Pendant qu’elle les savoure, elle le briefe rapidement. «Tu as une ou deux anecdotes à raconter sur nous?» Ils s’accordent sur leur côté cinéphile. «Je kiffe aussi qu’on pose ensemble un regard décomplexé sur l’art», accentue alors Marina Rollman. Lui revient sur son surnom inscrit sur le téléphone de l’humoriste depuis leur rencontre: Burning Love, en référence à une série absurde qui moque une téléréalité de rencontres amoureuses, dont ils sont les deux friands.

Netflix avec son homme, c’est un peu le programme idéal d’une soirée pour la chroniqueuse. Elle répète souvent qu’elle serait une excellente retraitée. Abonnée au magazine américain The New Yorker, elle se voit le lisant tout en tricotant, une activité qui calme son bouillonnement intérieur. «Je veux bien sortir danser mais sans les relous, la file à l’entrée et le manque de place. En fait, j’aime faire la fête dans les mariages», sourit-elle. Et même dans l’ère post-Covid-19, les soirées au coin du feu, c’est toujours le rêve? Elle confirme.

Jérôme Bonnet
La pro des chroniques. A son bureau, elle écrit ses billets pour France Inter.

L’amour est sauf, ouf. Marina dit avoir d’autres ambitions pour sa trentaine que de courir à travers les comedy clubs. «Je ne ferai pas ce métier toute ma vie», assure-t-elle. Elle aspire à autre chose. «Je trouve beau ce côté frontal, un peu gladiateur du stand-up, mais je sens que j’ai envie d’injecter de la poésie et de m’investir davantage dans la fiction», précise celle qui finalise son premier court métrage.

Toujours à l’affût pour dépeindre les travers insolites de notre société, la jeune scénariste décrypte dans son film la quête insensée du bien-être. «Vous savez, les personnages comme l’actrice Gwyneth Paltrow me captivent. J’ai pour eux un mélange de fascination et de répulsion car leur recherche est vaine. Mais ils touchent une corde sensible.»

En parallèle, elle rêve d’écrire un roman mais planche déjà sur un scénario pour un long métrage. Des projets qui deviendront une priorité lorsqu’elle mettra un point final à sa tournée. «Encore un an et c’est plié, même avec le virus. La saison sera étoffée», jubile-t-elle en douce. Durant ce laps de temps, elle reviendra souvent au pays, même si les nouvelles dates ne sont pas encore définies. «Je vous préviens, je ne pense pas enchaîner avec un autre spectacle solo», garantit l’humoriste. Portée par de récentes expériences cinématographiques, elle souhaite développer d’autres formes artistiques. Elle apparaîtra dans la nouvelle saison de la génialissime série «Dix pour cent» ou, encore sur Canal+, dans «La flamme», l’adaptation française de «Burning Love», la fameuse série mentionnée plus haut. Dans cette parodie prévue pour 2020, la Romande partage l’affiche avec Angèle, Pierre Niney et Florence Foresti. Marina Rollman, comédienne? Elle a l’embarras du choix.

Jérôme Bonnet
Marina Rollman, dans le canapé de son salon à Paris.

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