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Les médecins de famille en première ligne

Comment les médecins de famille - ou «médecins de premier recours» - encaissent le choc de l’épidémie de coronavirus.

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Tous masqués! Gabrielle de Torrenté de la Jara, Catherine Wyss-Bovay, Marc Huynh-Ba et Nicole Jaunin-Stalder. Francois Busson

Ils sont en première ligne dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19. Ils, ce sont les médecins de famille, également qualifiés de «médecins de premier recours». En temps normal, ils traitent 94,3% des problèmes de santé de la population suisse tout en ne générant que 7,9% des coûts de santé. A l'occasion du 1er avril, Journée de la médecine de famille et de l’enfance, nous avons décidé de leur donner la parole, à travers les témoignages de quatre d’entre eux, qui travaillent dans le même cabinet médical, à Cugy (VD).

Face à l’épidémie, ils ont dû s’organiser rapidement. «Tous les médecins de premier recours et les pédiatres sont investis d’une mission, qui est la prise en charge globale de la santé des populations qui les entourent. Nous avons pu réagir à cette urgence grâce aux directives officielles qui nous sont parvenues rapidement. Pour éviter de surcharger les hôpitaux et les centres de dépistage, on a réaménagé le sous-sol de la maison que nous occupons afin d’y créer une salle d’attente et un cabinet de consultation entièrement dédiés aux personnes à risque (plus de 65 ans ou avec une maladie chronique) consultant pour une suspicion de Covid-19.» Depuis le 10 mars, le cabinet médical de Cugy a ainsi examiné et testé par frottis 72 habitants de la région, dont 21 se sont révélés positifs à la date du 26 mars. Deux ont été hospitalisés tandis que les autres étaient invités à demeurer strictement confinés chez eux. «Nous les contactons par téléphone toutes les 48 heures pour nous enquérir de leur état de santé. En cas de problème, l’un des quatre médecins du cabinet se rend à leur domicile.»

Des assistantes médicales très sollicitées. Aux quatre médecins présents dans le cabinet de Cugy s’ajoute un médecin en formation ainsi que cinq assistantes médicales à temps partiel. Un personnel fort sollicité: «Ce sont elles qui répondent du matin au soir au téléphone à des patients souvent stressés, organisent nos agendas, accueillent les gens. Elles n’arrêtent pas! Elles sont encore plus en première ligne que nous et font preuve de beaucoup de courage, de solidarité et de capacité d’adaptation. Grâce aux directives données par la Santé publique et Unisanté, elles maîtrisent les outils de tri leur permettant de dire aux patients s’ils doivent venir consulter, se faire tester ou rester chez eux, tout en les rassurant.»

La nécessité de continuer à soigner. «La santé des patients vulnérables atteints de maladie chronique ne doit pas passer au second plan à cause de la pandémie: il faut absolument qu’ils puissent continuer à consulter et nous les encourageons à le faire. Ils ne courent pratiquement aucun risque en venant au cabinet de leur médecin traitant, où des mesures strictes de protection des soignants et des patients sont appliquées. Si on ne fait rien pour eux pendant quelques mois, c’est eux que l’on va retrouver aux urgences à la fin de l’épidémie.» Autre effet collatéral de l’épidémie, le cabinet de Cugy voit arriver dans ses locaux de plus en plus de gens tendus, angoissés, qu’il faut écouter et soutenir verbalement, voire orienter vers des structures d’aide psychologique. Une dernière recommandation: «Restez chez vous et, si vous êtes à risque, faites-vous aider par le voisinage ou les instances communales.»


Par Busson François publié le 2 avril 2020 - 17:45