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Melania Trump ou les soucis de la «first lady»

La chronique «Donald ou Joe» d'Alain Campiotti, journaliste, correspondant aux Etats-Unis de 2000 à 2006, est consacrée cette semaine à la première dame, Melania Trump, et aux épreuves qu'elle traverse.

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Melania Trump, première dame des Etats-Unis. Instagram Flotus

Qui a infecté qui? Le virus est-il passé de Donald Trump à Melania, sa femme? Ou de Melania à Donald? On ne le saura sans doute jamais. Avec le cluster que le président, par imprudence bravache, a organisé à la Maison-Blanche, c’est un jeu de pistes indémêlable. Pour la médecine, ça n’a d’ailleurs pas grande importance. Mais pour le couple, sur un plan symbolique, c’est une autre histoire. D’abord parce que le Covid-19 les a contraints à la séparation: elle, svelte et en forme, légèrement malade, seule avec le jeune Barron dans les appartements de la résidence présidentielle; lui, septuagénaire légèrement obèse, pas très sportif sauf le golf, plutôt mal en point dans l’hôpital militaire Walter Reed.

Cet éloignement forcé est d’autant plus troublant qu’un grand mystère règne autour de cette paire bizarrement accordée. La fortune, le luxe, bien sûr, ça aide. Et à la tête de la première puissance mondiale, il vaut mieux sauver les apparences. Mais le cœur, les sentiments, pour ne pas parler du reste?

Comment Melania s’arrange-t-elle avec ce prince pas très charmant? Ils étaient à peine mariés, elle enceinte, qu’il payait, pour son plaisir, une actrice porno et un modèle de Playboy. La jeune épouse l’a appris sur le tard, quand son bonhomme (ça lui a coûté bonbon) cherchait à dissimuler ses frasques. Mais au même moment, 19 femmes prétendaient avoir subi les assauts non désirés du golfeur de l’immobilier, et une vidéo faisait surface dans laquelle il tenait des propos d’une vulgarité sexiste à perdre son pantalon.

Melania, de son côté, n’a pas l’air d’avoir froid aux yeux, mais quand même… Il a dû y avoir, au premier étage de la Maison-Blanche, d’orageuses explications, et il en est resté, dans le binôme, un certain froid. Deux fois, sous l’œil attentif des caméras, elle a refusé de prendre la main de son mari, de façon très explicite, et même humiliante pour le vieil homme: en août dernier à la descente d’un avion, il y a trois ans lors d’un voyage en Israël.

Et que voulait-elle dire, Melania, le jour où elle a été envoyée en mission commandée dans un camp de migrants à la frontière mexicaine, pour montrer comment la Border Patrol prenait bien soin d’eux – en séparant les mères et les enfants? Elle avait revêtu une parka avec ces mots en grand dans le dos: «Je n’en ai vraiment rien à faire. Et vous?» («I really don’t care. Do U?») Elle a prétendu ensuite que le message était destiné aux journalistes, qu’elle méprise.

Sûr qu’elle ne les aime pas. Une très chère amie, avec qui elle est brouillée, vient de publier un bouquin, «Melania et moi», dans lequel on en apprend de belles, justement à propos des migrants. «Je me crève le cul («my ass off») à préparer Noël, et ils viennent m’interroger sur ces enfants qui sont séparés. Foutez-moi la paix, bordel («give me a fucking break»). Que disaient-ils quand Obama faisait la même chose?» Propos enregistrés par l’amie traîtresse. Finalement, Melania, quand elle parle à cœur ouvert, est bien dans le ton de son mari. Ils sont peut-être faits pour s’entendre. Unis, non par les liens sacrés du mariage, mais par le virus. Meilleurs vœux de guérison.

>> Voir la galerie de photos «Chronologie d'une infection au sommet»


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Quelle surprise!

Le dernier mois de la campagne électorale, dit la légende, apporte toujours un coup de tabac inattendu qui redistribue les cartes. On appelle cela la «surprise d’octobre». Cette fois, avec le covid présidentiel, l’Amérique est servie. Quelles conséquences? Les républicains aiment se souvenir de 1988. Cette année-là, George Bush Sr., qui voulait succéder à Ronald Reagan, était mal en point au milieu de l’été.

Il avait 17 points de retard sur le candidat démocrate, Michael Dukakis, gouverneur du Massachusetts. In extremis, la campagne Bush avait déclenché une campagne frénétique contre l’intellectuel Dukakis, indifférent aux préoccupations populaires et aux questions de sécurité, en martelant le cas d’un criminel, noir, qui avait tué et violé au cours d’une permission de la prison où il était détenu, au Massachusetts. Bush l’avait finalement emporté haut la main.

A quoi servira cette année la «surprise d’octobre»? Si Trump se rétablit vite, si le virus se fait la malle, si l’économie repart, il en tirera profit. Ça fait beaucoup de si. L’avantage covid est dans le camp de Joe Biden le masqué.


L'éditorial: Les Etats-Désunis

Par Albertine Bourget

Je me souviens de ce reportage aux Etats-Unis pour L’illustré. C’était en 2007, un autre monde (j’ai dû vérifier qui était alors président. C’était George W. Bush). A New Bern, bourgade de Caroline du Nord fondée par des Bernois, j’avais été accueillie par un habitant que j’appellerai Mike. Blanc de la classe moyenne, vaste maison. Devant sa piscine, il avait bombé le torse. «Isn’t this the best life? I bet you don’t have that in Europe [c’est pas la belle vie? Je parie que vous n’avez pas ça en Europe]», m’avait-il lancé.
Je repense souvent à ces propos sourdement agressifs.

Ils résument une vision du monde et de leur pays propre à un grand nombre d’Américains, selon laquelle ce n’est nulle part ailleurs qu’en Amérique que les rêves peuvent vraiment se concrétiser. Je ne vais pas vous refaire la liste de ceux qui l’ont célébrée, en musique, dans des films ou en vrai. Vous dire par contre qu’en filigrane, cette conviction si ancrée a son côté sombre: la peur de l’autre, de l’étranger, de celui qui va vous prendre votre terre, votre job, votre fusil, votre «way of life».

Le serment d’allégeance à la bannière étoilée parle d’une «seule nation», «indivisible». Mais dès sa campagne électorale et depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump a su magistralement surfer sur les divisions au sein de son pays, soufflant sur les braises de la peur, vilipendant les gauchistes, refusant de condamner les milices fascistes et les complotistes de QAnon. Et poussant les anti-masques à se rebeller contre les mesures visant à contrôler la pandémie.

Les dissensions sont telles que, depuis quelques mois, des observateurs agitent le spectre d’une guerre civile en cas de non-réélection de l’occupant actuel de la Maison-Blanche. Qui a, la semaine dernière, refusé de dire si, oui ou non, il accepterait un résultat qui le donnerait perdant. Qu’il ait finalement, arroseur arrosé, été rattrapé par le Covid-19 n’empêchera pas de très nombreux Américains de lui donner leur voix. Mike avec eux.


Par Alain Campiotti publié le 8 octobre 2020 - 08:40