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© Bruno Muff

Ces milliardaires que la crise a encore enrichis

Publié lundi 1 juin 2020 à 13:58
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Publié lundi 1 juin 2020 à 13:58 
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Ils étaient déjà milliardaires avant la crise du coronavirus et ils sont devenus encore plus riches grâce au confinement. Principal gagnant: Jeff Bezos, le patron d’Amazon, l’homme le plus riche du monde, dont le capital atteint désormais 145 milliards de dollars. Et il n'est pas le seul...
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Il est le grand gagnant de l’épidémie de Covid-19 qui ravage la planète depuis le début de l’année. Jeff Bezos, 56 ans, fondateur en 1994 d’une petite librairie, Amazon, basée à Seattle, était déjà l’homme le plus riche du monde depuis trois ans, devançant largement l’ancien détenteur du titre, Bill Gates, le fondateur de Microsoft, sacré à 17 reprises, et Bernard Arnault, le créateur et patron du groupe de luxe LVMH.

Grâce aux résultats époustouflants d’Amazon, qui a ravitaillé l’Amérique pendant le confinement, l’action a triplé de valeur en quatre mois et Jeff Bezos possède désormais une fortune évaluée autour de 145 milliards de dollars. Beaucoup plus que Bill Gates qui, retiré des affaires, paresse autour de 100 milliards et que Bernard Arnault, qui progresse mais plafonne autour de 70 milliards. La crise, c’est le chômage, c’est la misère, c’est l’angoisse pour tout le monde, sauf pour les milliardaires qui continuent de s’enrichir. Car la crise, comme l’on sait, signifie en caractère chinois à la fois crise et opportunité: la crise pour les pauvres, les opportunités pour les milliardaires!

Bruno Muff
Mark Zuckerberg, Bill Gates et Satya Nadella, le patron de Microsoft, ont encore accru, grâce au coronavirus, leur domination sur l’économie mondiale.

Pour Jeff Bezos, en tout cas, le coronavirus aura été une divine surprise, un formidable accélérateur de croissance: alors que l’économie mondiale est dévastée, l’action d’Amazon a atteint, à la mi-avril, un record historique à 2461 dollars, soit une hausse d’un tiers sur les quatre derniers mois. Combien Jeff Bezos, qui détient 11,2% des actions, a-t-il déjà gagné grâce au coronavirus? Environ 25 milliards de dollars!

Jeff Bezos, figure de proue de ces ultra-riches tout à la fois adulés, détestés, jalousés, qui s’efforcent désormais, en ces temps de coronavirus, de faire oublier leur fortune et de jouer la carte de l’engagement citoyen et de la générosité. Leur programme? Des dons pour la recherche d’un vaccin, des dons pour des lots de masques, des dons pour des tests de dépistage… Les milliardaires espèrent-ils devenir les nouveaux guides du fameux «monde d’après», alors que les dirigeants politiques semblent incapables de maîtriser quoi que ce soit?

Dans son dernier classement, publié le 7 avril, le magazine américain Forbes, apôtre de la «mondialisation heureuse», explique que, en provoquant l’arrêt brutal de l’économie mondiale, le coronavirus a frappé de plein fouet les milliardaires: ils étaient 2321 sur la planète, le 6 mars, mais ils n’étaient plus que 2095 douze jours plus tard, le 18 mars, soit 226 de moins. Un brusque et inquiétant recul de la biodiversité, comme diraient nos amis les Verts! Et leur fortune globale a fondu elle aussi comme neige au soleil, ajoutait Forbes, en énumérant les pertes subies par les plus grandes fortunes: 8 milliards de dollars pour Jeff Bezos, 5,2 milliards pour Bill Gates, 14 milliards pour Bernard Arnault, 5,3 milliards pour Warren Buffett, le patron de Berkshire Hathaway, 9,2 milliards pour Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook… Quant à Elon Musk, l’entrepreneur de génie à la lointaine origine suisse alémanique, fondateur des voitures électriques Tesla et de SpaceX - qui a réussi le 30 mai le lancement de deux astronautes - il aurait perdu 6 milliards.

Une triste litanie qui ne constitue en fait qu’une mise en scène grossière, car toutes ces pertes sont purement virtuelles et totalement fictives: calculées en tenant compte des variations du cours de la bourse, elles ne tiennent pas compte du fait que ces milliardaires n’ont évidemment aucune intention de vendre leurs actions et qu’ils se retrouveront forcément à la tête d’une fortune encore plus énorme dès que les cours auront remonté. Il leur suffit d’attendre…

Bruno Muff
Fondateur d’Amazon, Jeff Bezos a vu sa fortune gonfler jusqu’à 145 milliards de dollars grâce à la crise du coranavirus.

Car la crise, pour les milliardaires, c’est comme la prospérité pour les pauvres: c’est un moment à part, une parenthèse bienvenue, une sorte de renouveau. La crise ne les touche pas, mais elle peut leur donner des idées, des intuitions, des envies. «Les riches sont différents», disait Scott Fitzgerald, l’auteur de «Gatsby le magnifique», et les milliardaires sont encore plus différents. Dans ce monde dévasté par le virus chinois, ils observent, ils flairent, ils imaginent, ils rôdent… Intelligents, rusés, impitoyables, ils campent au cœur du système et sont prêts à investir, à bondir, à fondre sur de nouvelles proies… A commencer par Jeff Bezos, ce personnage mythique qui n’en finit pas d’incarner à lui seul, depuis un quart de siècle, toutes les promesses et toutes les contradictions du monde qui vient.

De l’ardeur, de l’audace, une incroyable capacité à mettre en œuvre ses idées en s’appuyant sur une organisation rigoureuse et une logistique d’une fiabilité absolue: Jeff Bezos est un pur génie de cette économie nouvelle, fondée sur internet. Un seul mot d’ordre: le succès! Après avoir fondé sa petite librairie en 1994, à Seattle, Jeff Bezos ouvre dans les années 2000 sa plateforme à tous les fabricants de la planète pour devenir un supermarché mondial. Il garantit à ses clients une livraison en deux jours pour 119 dollars seulement. Après la terrible crise des subprimes en 2008, il se lance dans la construction de gigantesques entrepôts dans la plupart des Etats américains, alliant ouvriers et robots, pour garantir les livraisons promises à tous les foyers américains. Un pari à haut risque qui est devenu un succès planétaire.

Getty Images
Jeff Bezos et sa nouvelle compagne, Lauren Sanchez, une présentatrice TV, sont de toutes les soirées chics.  Ici aux Oscars, en février, avec Anna Wintour, patronne de «Vogue».

Le cœur à gauche et le portefeuille à droite! C’est tout le profil de Jeff Bezos. Libéral à l’américaine, il épouse tous les codes du politiquement correct: il déteste Donald Trump, il a racheté le Washington Post (la bible, avec le New York Times, des intellectuels de gauche), il promet 10 milliards de dollars contre le réchauffement de la planète. Il reste en bons termes avec son ex-femme, MacKenzie, dont il a divorcé l’an dernier en lui cédant des actions d’Amazon estimées désormais à 36 milliards de dollars, et il s’affiche avec sa nouvelle compagne, Lauren Sanchez, dans tous les lieux qui comptent pour les «rich and famous»: la soirée des Oscars, par exemple, le 9 février dernier, où on l’a vu disserter avec la patronne de Vogue, Anna Wintour, avant de participer à la soirée hyper-chic du magazine Vanity Fair.

Un homme de goût et de culture, Jeff Bezos? Un homme d’argent, en tout cas, qui sait compter et qui ne fait pas de cadeaux. Les syndicats américains lui reprochent de maltraiter ses employés et de les sous-payer. Qu’importe! Soumis comme les autres au confinement, les Américains ont perdu du jour au lendemain, avec le coronavirus, ce qu’ils croyaient être leur droit inaliénable: la liberté de se déplacer, la liberté d’aller où bon leur semble, la liberté de faire leurs courses comme ils l’entendent. Contraints et forcés, ils se sont tournés vers Amazon.

Sauveur de la nation, Jeff Bezos ravitaille l’Amérique avec une rigueur et une ponctualité impressionnantes. Alors que le coronavirus a fait perdre leur emploi, en un mois, à 26 millions d’Américains (sur une population active de 165 millions), il recrute 100 000 employés de plus, à la mi-mars, puis 50 000 encore au mois d’avril. Il augmente aussi les salaires horaires de 2 dollars, à 17 dollars, tout en doublant le prix des heures supplémentaires. Amazon devient le deuxième employeur américain derrière la chaîne de magasins Walmart, avec 590 000 employés directs. Harcelé par des salariés qui lui reprochent de les avoir mal protégés contre le coronavirus, Jeff Bezos a dû lâcher du lest et multiplier les concessions avant d’annoncer, fin avril, un projet de réaménagement de tous ses entrepôts pour éviter à l’avenir tout risque de contamination. Mais devra-t-il vraiment mettre en œuvre ce projet titanesque, évalué à 4 milliards de dollars, c’est-à-dire l’intégralité des bénéfices prévus au deuxième trimestre? Le coronavirus sera-t-il encore là dans quelques semaines ou dans quelques mois?

AP
«Nous avons vu deux ans de transformation numérique en deux mois», s'est réjouit Satya Nadella, patron de Microsoft.

Ce qui est malheureusement certain, c’est qu’à la crise sanitaire va succéder, partout, une violente crise économique. D’autant que le coronavirus s’est abattu sur des économies qui traversaient déjà «la plus grande mutation de l’histoire», comme le dit l’informaticien et businessman sino-américain Kai-Fu Lee, c’est-à-dire cette transition vers une économie numérique qui risque de détruire l’emploi de manière massive. «Nous avons vu deux ans de transformation numérique en deux mois», s’est félicité Satya Nadella, le patron de Microsoft, qui a réalisé un bénéfice en hausse de 22% (10,8 milliards de dollars) au premier trimestre 2020. Annoncée à tort par le sociologue américain Jeremy Rifkin il y a une vingtaine d’années, «la fin du travail» est-elle sur le point de se concrétiser? Mais que deviendront les dizaines de millions de nouveaux chômeurs? Comment subsisteront-ils?

Quoi qu’il en soit, les multimilliardaires sont tous désormais, comme Jeff Bezos, sur la ligne de départ, aussi calmes et sereins, confiants et optimistes que l’immense majorité de la population est angoissée et déstabilisée. Les deux patries de ces hyper-riches? Les Etats-Unis et la Chine, bien sûr, les deux pays qui se disputent la domination du monde.

Surnommé «l’Oracle d’Omaha», la petite ville du Nebraska où il vit depuis toujours, Warren Buffett demeure, à 89 ans, un acteur incontournable de l’économie américaine. Fondateur en 1962 de la société Berkshire Hathaway, qui gère un immense portefeuille de titres, il a été sacré l’homme le plus riche du monde en 2008, et sa fortune est estimée aujourd’hui à 87,3 milliards. Le grand principe de cet investisseur exceptionnel: c’est pendant les crises qu’on s’enrichit le plus! C’est quand les bourses baissent et que tout le monde panique et brade ses actions qu’il faut garder la tête froide et racheter à bas prix. La crise actuelle ne l’inquiète pas.

Dans sa lettre à ses actionnaires, en février, Warren Buffett mettait en garde contre «les gros titres des médias». «Nous achetons des entreprises pour les posséder pendant vingt ou trente ans, explique-t-il. Nous pensons que la vision sur les vingt ou trente prochaines années n’a pas changé à cause du coronavirus.» Il a annoncé ensuite, le 2 mai, qu’il avait vendu en avril la totalité des quelque 10% qu’il possédait dans les quatre compagnies aériennes américaines et, plus largement, une dépréciation de la valeur de sa société de… 50 milliards de dollars au premier trimestre. Mais cette chute, là encore, est purement théorique et fictive, puisque Warren Buffett reste actionnaire de toutes ses autres participations (Apple, Coca-Cola, Bank of America, Occidental Petroleum…), dont les actions remonteront forcément.

«Nous avons eu à faire face à des problèmes plus graves que prévu, mais le miracle américain prévaudra une fois de plus», a-t-il dit, plus optimiste que jamais, avant de lancer son célèbre mantra: «Ne pariez jamais contre les Etats-Unis.» Très proche de Bill Gates, dont la fondation a donné 100 millions de dollars pour la recherche d’un vaccin, Warren Buffett croit d’ailleurs aux perspectives d’une prévention sanitaire universelle.

Communiquer, rester connecté, échanger… des besoins vitaux ravivés par le coronavirus! Mark Zuckerberg, 36 ans, 64,5 milliards de fortune, sortait d’une année 2019 pesante et agaçante: une image brouillée dans l’opinion américaine, une amende de 5 milliards de dollars pour atteinte à la vie privée après une fuite massive de données, une opposition générale contre son projet de cryptomonnaie, la libra, basée à Genève, dont il espérait faire une poule aux œufs d’or…

Le coronavirus a donné un second souffle à Facebook, qui a gagné des millions d’utilisateurs, et redonné des couleurs à Mark Zuckerberg, qui a constaté que l’action de son groupe (Facebook, Instagram, Whats­App et Messenger) résistait sans problème à la crise, enregistrant même une hausse de 18% au premier trimestre 2020 par rapport à 2019. «Il y a beaucoup de choses à construire pendant des périodes comme celle-ci. Donc plutôt que de freiner à fond, comme beaucoup d’entreprises pourraient le faire, c’est important de continuer à investir dans les nouveaux besoins», a confié Mark Zuckerberg la semaine dernière, tout en promettant d’engager 10 000 talents supplémentaires dans les secteurs de l’ingénierie et de la conception de produits. Première innovation, il vient de lancer un nouveau service, Messenger Rooms, qui permet de créer des pièces virtuelles pour faire un saut chez des amis, à l’image des réunions et des apéros chez Zoom, cette entreprise constituant la véritable révélation de la crise.

Zoom, c’est l’application de visioconférence qui cartonne à l’ère du confinement: plus de 200 millions de connexions par jour. Son fondateur, Eric Yuan, 49 ans, est né en Chine, où il a étudié avant de s’établir aux Etats-Unis en 1997. Une tête sympathique, un sourire oriental et charmeur! Nouveau venu chez les grandes fortunes où il ne pèse pas grand-chose (6,4 milliards de dollars, dont 2,5 grâce au virus), il est surtout l’exemple d’une success-story dont raffolent «ces grands enfants que sont les Américains», comme disait l’écrivain Julien Green. Le magazine Vanity Fair a raconté son conte de fées: son enfance difficile, ses études, sa femme qui ne voulait pas aller aux Etats-Unis, lui qui voulait y aller, leur amour qui a résisté, la fortune comme récompense.

Bruno Muff
Elon Musk et l'une de ses entreprises à succès, SpaceX, vient de réussir l'envoi d'une fusée dans l'espace avec deux astronautes à bord pour rejoindre la station ISS.

Elon Musk fait partie lui aussi, à 48 ans, des faux perdants et vrais gagnants de la crise. Estimée à 37,9 milliards de dollars, sa fortune a théoriquement diminué de 6 milliards en février, en raison de la baisse de Wall Street, mais elle va rebondir grâce à la passion grandissante des Américains pour les énergies propres – ses voitures électriques Tesla – ainsi qu’au regain d’intérêt pour l’exploration (et l’exploitation économique) de la Lune – sa société SpaceX étant spécialisée dans les vols spatiaux.

Mais le coronavirus, c’est d’abord la Chine et les milliardaires chinois – ils sont 389 –, qui figurent eux aussi parmi les principaux bénéficiaires de l’épidémie. Fondateur en 1999 du géant de l’e-commerce Alibaba, dont il a quitté la présidence en septembre dernier, Jack Ma est aujourd’hui, à 55 ans, un retraité heureux qui a décidé, comme Bill Gates, de devenir philanthrope. Mais la fortune lui colle à la peau! Estimée il y a un mois par le magazine Forbes à 38,8 milliards de dollars, elle a encore gonflé grâce au confinement, les Chinois ayant fait appel à Alibaba pour se ravitailler, comme les Américains avec Amazon. Légende vivante en Chine, Jack Ma n’est pas seulement l’homme le plus riche de Chine, il est aussi le fleuron, le modèle, le bon élève et le champion absolu de «l’économie socialiste de marché» qui a remplacé l’idéologie communiste pure et dure de l’époque de Mao.

D’abord prof d’anglais dans une ville de province, Hangzhou, il crée Alibaba quasiment sans argent et avec quelques amis, et il réussit à bâtir une fortune colossale, un peu à l’américaine. Avec son charisme très particulier, un peu mou et spongieux, Jack Ma maîtrise parfaitement l’art d’être à la fois très présent et insaisissable, concentré sur son business tout en étant proche du pouvoir chinois. Le coronavirus aura stimulé son côté philanthrope, pour le plus grand plaisir du président chinois, Xi Jinping, qui veut faire oublier à tout prix que l’épidémie est née à Wuhan, en décembre dernier, et qu’elle a d’abord été niée et étouffée par les responsables locaux, qui ne voulaient surtout pas déplaire à Pékin.

La Fondation Jack Ma a offert 1 million de masques et 500 000 kits de tests aux Etats-Unis, elle a aussi donné à chacun des 54 pays africains – la cible privilégiée de l’influence chinoise – «20 000 kits de tests, 100 000 masques et 1000 costumes et masques de protection à usage médical».

Du pain et des jeux, comme disaient les Romains! Jack Ma a fourni le ravitaillement, Ma Huateng, 51 ans, a assuré l’ambiance! Fondateur en 1998 de la société Tencent, spécialisée dans les sites internet et mobiles, dont il détient 9% des actions, Ma Huateng est aussi à l’origine de WeChat, l’équivalent de WhatsApp en Chine, qui compte plus de 1 milliard d’utilisateurs actifs. Estimée à 38,1 milliards de dollars par Forbes en avril dernier, sa fortune a augmenté grâce à la passion des Chinois pour les jeux en ligne.

Dans le même registre, Zhang Yiming, qui n’a que 36 ans, a profité de l’engouement pour le divertissement, la danse, la chanson. Ingénieur en informatique, il a fondé TikTok en 2016, et son outil de partage de vidéos est devenu l’application la plus téléchargée du monde. Comme l’explique le site Wikipédia, «TikTok permet aux utilisateurs de visionner des clips musicaux, mais également de filmer, de monter et de partager leurs propres clips. L’utilisateur choisit une chanson, puis se filme par-dessus pendant soixante secondes.»

La fortune de Zhang Yiming, 17 milliards de dollars en avril selon Forbes, a désormais franchi le seuil des 20 milliards...


L'éditorial: Coup d’Etat milliardaire

Par Christian Rappaz, journaliste

2321. C’est le nombre de milliardaires que comptait le monde au 6 mars dernier, selon le magazine américain Forbes. Soit près de quatre fois plus qu’avant la crise financière de 2008. Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg, (Facebook, Instagram, WhatsApp, Messenger), Elon Musk (Tesla) ou Bill Gates (Microsoft), dont Robert Habel nous conte la saga en page 28, sont les figures de proue de cette élite possédant 8000 milliards de dollars de fortune, contre 3500 milliards il y a dix ans. La Suisse ne reste pas en marge de cette hausse exponentielle. De 11 en 2010, détenant 40 milliards de dollars, elle abrite désormais 35 milliardaires cumulant une fortune de 100 milliards de dollars.

En pleine croissance, le secteur technologique et ses dérivés ont largement contribué à cette poussée. Mais leur profitabilité, aussi importante soit-elle, n’explique pas à elle seule pourquoi un si petit nombre se partage plus de richesse que 60% de la population mondiale, pourquoi les 22 premiers du classement possèdent autant que les 3,8 milliards d’habitants formant la moitié la plus pauvre de l’humanité, pourquoi aux Etats-Unis 1% d’ultra-riches possèdent 85% des actifs. Alors, pourquoi?

En réalité, cette flambée doit beaucoup aux marchés financiers, qui ont plus que quadruplé depuis 2008. Des marchés en mode hausse perpétuelle grâce aux injections permanentes de monnaie sortie de nulle part par les banques, avec la bénédiction de leur banque centrale respective. Une politique qui profite avant tout à une élite fortunée, laquelle creuse l’écart via ce système totalement déconnecté de l’économie réelle. Pour preuve, alors que la crise du coronavirus a mis 40 millions d’Américains au chômage, Wall Street a enregistré une hausse de 40% ces deux derniers mois. Cherchez l’erreur.

Des marchés totalement manipulés, comme l’illustre l’euphorie qui s’en est emparée le 18 mai dernier. Il a suffi d’une phrase prononcée par le président de la Réserve fédérale américaine et d’un communiqué d’un laboratoire prétendant détenir un vaccin testé sur… huit personnes en bonne santé âgées de 18 à 55 ans pour faire exploser les marchés de 3 à 6% selon les continents. La plus grande manipulation de l’histoire, selon de vieux spécialistes du domaine. Une journée faste pour les gros investisseurs avec, cerise sur le gâteau, personne pour dénoncer ce nouveau coup d’Etat milliardaire.


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