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© REUTERS

Pourquoi le «mini grounding» de Swiss ne doit pas faire peur

Publié jeudi 24 octobre 2019 à 09:30
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Publié jeudi 24 octobre 2019 à 09:30 
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Swiss prend très au sérieux les incidents qui ont cloué au sol sa flotte d’ avions Bombardier C-Series la semaine dernière. Pour Robert Emeri, qui a survolé la Fête des vignerons aux commandes de l’un de ces appareils le 1er août dernier, il n’y a pourtant pas de quoi s’inquiéter.
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«Rejoignez vos rêves avec Swiss.» Parmi les nombreux slogans de la compagnie, ce n’est sans doute pas celui-là que les 10 000 passagers restés en rade mardi et mercredi derniers retiendront. Raison de ce mini grounding, à la suite d’une panne de moteur qui a contraint l’un de ses 29 Airbus C-Series/A220 à atterrir d’urgence à Paris, Swiss a annulé une centaine de vols, le temps de procéder à une inspection générale de la flotte en question. Il faut dire que selon le site Aviation Herald, lequel recense tous les incidents aériens à travers le monde, le problème technique rencontré par le Londres-Genève était le huitième depuis une année. Un chiffre que la compagnie refuse cependant de confirmer.

Oubli

«Faute d’informations plus détaillées sur la base de données mentionnée, nous confirmons uniquement avoir enregistré trois incidents très similaires et les premiers de leur genre: en juillet, septembre et octobre 2019», nous a-t-elle fait savoir, avant de préciser: «Les moteurs étant en parfait état et aucune anomalie n’ayant été découverte, tous les appareils ont été remis en service sur les lignes régulières dès jeudi matin (dernier, ndlr).»

Swiss oublie toutefois que, en juin 2017 déjà, une semaine seulement après leur vol inaugural, des avions du même type ont dû interrompre deux vols en trois jours pour des raisons similaires. Un Genève-Londres et un Genève-Nice, contraints de se poser à Zurich.

Flammes et détonation

D’autre part, l’incident du 25 juillet dont parle Swiss n’a rien de banal. Livré le 1er juin 2018 à la compagnie basée à Bâle mais appartenant au transporteur allemand Lufthansa, donc pratiquement neuf, un A220-300 a perdu ce jour-là des morceaux de moteur au-dessus d’une zone boisée de Bourgogne.

DR
Des contrôles ont été effectués sur tous les appareils Swiss du même modèle.

Toujours selon Aviation Herald, un passager a rapporté avoir entendu une détonation et aperçu des flammes émanant du moteur. Plus surprenant encore, le Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA) pour la sécurité de l’aviation civile en France a récemment lancé un appel au public pour retrouver ces débris. «Nous prenons ces incidents très au sérieux. C’est pourquoi Swiss a décidé de son propre gré de procéder à une révision complète des moteurs. Nous sommes par ailleurs en contact étroit avec les autorités compétentes, Airbus Canada et le motoriste américain Pratt & Whitney. La sécurité de nos passagers et de nos équipages est notre priorité absolue», assure la compagnie. Pour mémoire, Airbus a racheté pour 1 dollar symbolique 50,01% du capital de la branche C-Series de l’avionneur canadien Bombardier en automne 2017, rebaptisant dès lors les appareils Airbus 220.

De Swiss aux CFF

En avril 2017, deux compagnies indiennes opérant le C-Series, GoAir et Indigo, ont également mené des inspections préventives après que la direction générale de l’aviation civile locale l’eut ordonné. Enfin, la compagnie lettone Air Baltic, deuxième opérateur européen d’Airbus A220 avec 20 appareils, qui avait déjà suspendu ses opérations avec sa flotte en octobre 2017, dit «suivre de près» les dernières recommandations du constructeur de moteurs concernant des inspections supplémentaires. Alertée par cette cascade d’incidents, la compagnie américaine Delta Air Lines, qui exploite 25 appareils de ce modèle, procède également à ces contrôles.

L’Administration fédérale de l’aviation américaine, la FAA, a publié le 26 septembre une «consigne de navigabilité ordonnant une inspection des moteurs de Pratt & Whitney. Dans un autre registre, que les CFF connaissent bien, eux qui attendent depuis bientôt sept ans des trains de la branche ferroviaire du constructeur québécois, Swiss avait déjà dû annuler près de 150 vols en 2017 à la suite du retard de livraison des avions par Bombardier.

La mise au point de l’expert

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Robert Emeri, commandant de bord à la retraite, a piloté le C-Series 300 lors de la Fête des vignerons cet été.

«Il ne faut pas exagérer les problèmes. Tout ce qui arrive relève de péchés de jeunesse propres à tous les nouveaux types d’avions. Les gens ont la mémoire courte. Lorsque les Airbus 320 ou les Boeing 777 sont arrivés, ils ont également été confrontés à leur lot de difficultés. Des soucis mineurs et maîtrisés. Le transport aérien demeure, et de loin, le plus sûr du monde? Ayez peur en voiture, pas en avion!» L’homme qui relativise la portée des incidents à répétitions de l’Airbus 220, n’est autre que Robert Emeri. Le Vaudois, commandant de bord à la retraite après trente-quatre ans de service, sait de quoi il parle. C’est lui qui, pour son dernier vol, accompagnait la Patrouille suisse lors de la démonstration au-dessus de la Fête des vignerons, le 1er août, aux commandes d’un C-Series 300. «Nous avons fait les mêmes démonstrations à Saint-Moritz et au Lauberhorn. J’ai piloté ces avions des centaines d’heures sans connaître la moindre alerte. Au contraire, voler avec cet appareil résolument tourné vers l’avenir, bien pensé, bien aménagé, économique, écologique, fut un vrai plaisir. Chapeau à Swiss d’avoir volontairement procédé à cette inspection. C’est comme ça qu’on doit travailler de nos jours. Avec transparence, tout en sachant que la décision interpellera et occasionnera des pertes.»

Dizaines de milliers d’exemplaires

De son côté et malgré la polémique, Swiss persiste et signe. «Nous sommes globalement très satisfaits des performances de l’avion C-Series/A220. La fiabilité technique s’est stabilisée à plus de 90%, ce qui est très bon pour un avion entièrement reconçu. La consommation de carburant a été réduite jusqu’à 25% par rapport à son prédécesseur, l’Avro RJ «Jumbolino». Le bruit perçu par nos équipages et nos clients est réduit de moitié, ce qui est un aspect particulièrement important pour les riverains. Les retours des clients sont également très positifs. La cabine lumineuse avec ses grandes fenêtres et ses compartiments à bagages spacieux sont très appréciés.» Selon Airbus, c’est par dizaines de milliers d’exemplaires que les courts-courriers monocouloirs de 125 et 145 places devraient être construits dans les décennies à venir…


 

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