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© KARL-HEINZ HUG

«Ce que m'inspire cette vague verte électorale...»

Publié jeudi 24 octobre 2019 à 09:31
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Publié jeudi 24 octobre 2019 à 09:31 
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L'ex-conseiller national Fathi Derder (PLR/VD), l'humoriste Thomas Wiesel et le rédacteur en chef de L'illustré, Michel Jeanneret, nous livrent ce que leur inspirent les résultats des élections fédérales du 20 octobre.
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Fathi Derder: «Cette vague verte n’est pas une bonne nouvelle pour
la démocratie»

Retiré de la politique après avoir siégé huit ans au Conseil national, le Vaudois Fathi Derder (49 ans, PLR) analyse les résultats de ce premier tour en mode cash. Propos recueillis par Christian Rappaz.

- Comme on s’y attendait, la vague verte a déferlé sur la Suisse…

Keystone
Fathi Derder.

- Fathi Derder: Je dirai plutôt «comme je le craignais». Car pour moi, cette déferlante n’est pas une bonne nouvelle pour notre pays. Et encore moins pour sa démocratie. Nous avons passé du populisme d’une obsession anti-européenne de l’UDC en 2015 au populisme d’une forme de dictature climatique des Verts en 2019. Ces vagues populistes ne sont pas bonnes pour notre démocratie reposant sur le consensus.

- C’est l’amertume du représentant d’un parti, le PLR, en perte de vitesse, qui s’exprime là. La rancœur du mauvais perdant…
- Absolument pas. Je dis juste que nous avons glissé d’un seul coup de l’hystérie de l’UDC, qui prédit la destruction de la Suisse si elle signe les accords-cadres avec l’Union européenne, à celle des Verts, qui nous prédisent la fin du monde si nous continuons de passer un week-end à Barcelone de temps en temps.

- Vous êtes en train de nous expliquer que les Suisses votent dans le sens du vent en quelque sorte…
- Non. Ces résultats sont la conséquence logique d’une campagne qui n’a tourné qu’autour de l’hystérie climatique, sans aborder ni le fond du problème ni les solutions pour y remédier. La campagne a été animée par une infantilisation du débat qui ne pouvait pas déboucher sur autre chose.

- On est tenté de vous qualifier d’anti-vert primaire…
- Pas du tout. Le réchauffement climatique est un vrai problème auquel nous devons nous atteler sans tarder. Mais en apportant de vraies solutions, pas à coups d’arguments démagos, ni en culpabilisant les gens. Quand ma fille de 11 ans me dit, parce qu’elle l’a entendu partout, que «c’est bientôt la fin du monde», ça me désole. Je ne veux pas qu’elle ait peur: je veux qu’elle ait envie de trouver des solutions au défi du réchauffement climatique. C’est en entretenant des débats populistes de ce genre que nous favorisons l’émergence de personnages comme Donald Trump.

- Si on suit votre raisonnement, on conclut que c’est Greta Thunberg qui a remporté ces élections...
- Ce n’est pas la question. Greta Thunberg est une sorte de création des médias, qui lui ont donné un écho massif et sans filtre. La Suisse est le pays du consensus par excellence, et cette vague verte qui repose sur la peur et sur un discours culpabilisant est contraire à nos valeurs et au sens de notre histoire.

- Ce n’est tout de même pas la faute des Verts et des Vert’libéraux si les autres partis, dont le vôtre, n’ont pas su convaincre ou sont passés à côté de cette importante question…
- C’est vrai. Je suis d’ailleurs en désaccord sur plusieurs points avec le PLR concernant cette thématique. En entrant dans le débat climatique à six mois des élections, il a beaucoup trop tardé et s’est tiré une balle dans le pied. Autre problème, dû à une position excessivement dogmatique sur l’endettement, il n’a pas su faire de véritables propositions incitant les citoyens à adopter un comportement écologique et durable en matière de mobilité et d’énergie notamment.

- Cette vague verte peut-elle constituer le catalyseur qui manquait à la droite justement?
- Effectivement. C’est d’ailleurs le point positif de ce résultat. Il met une grosse pression sur les partis traditionnels. Si nous voulons éviter que l’Etat ne nous dise ce qui est bon ou pas pour nous, et qu’il ne fasse notre bonheur malgré nous au nom du réchauffement climatique, ceux-ci seront contraints d’enterrer leurs dogmes et d’abandonner les peurs qui les tétanisent pour aller de l’avant.

- Il n’empêche que, avec désormais 83 sièges au lieu des 101 qu’il possédait depuis 2015, le duo UDC/PLR n’a plus de majorité au Conseil national. Associée à la poussée des Verts (44 sièges entre Verts et Vert’libéraux), qu’est-ce que cette nouvelle situation va changer?
- Pas grand-chose à mon avis. Ce n’est pas quelques sièges de plus d’un côté et de moins de l’autre qui vont révolutionner le parlement.

- Ces résultats ne risquent-ils pas d’emmener la Suisse vers une polarisation du débat à la française? En fêtant leur victoire côte à côte, à Genève, Lisa Mazzone (Verte) et Carlo Sommaruga (socialiste) ne cherchaient-ils pas à souligner ce durcissement des fronts?
- Je le crains, en effet. Et il faut à tout prix se battre pour éviter cette situation tout à fait incompatible avec notre système politique. Si le populisme continue à gangréner le débat, il finira par déposséder ce pays de son intelligence et de tout ce qui a fait sa prospérité.

- En décembre ou lors de la prochaine démission d’un ministre de droite, les Verts vont revendiquer un siège au Conseil fédéral puisqu’ils deviennent la quatrième force, devant le PDC. Légitime, non?
- Non. En l’état, et en gauchisant fortement leur discours, les Verts n’ont pas donné de signes de la maturité politique nécessaire pour revendiquer une place au gouvernement. Entrer dans ce débat à la suite d’une poussée dont on ne sait même pas si elle sera pérenne serait ouvrir la boîte de Pandore. A mon avis, il en faut beaucoup plus que cela pour bousculer la formule magique qui perdure depuis soixante ans. De plus, il faut arrêter de croire qu’un siège au Conseil fédéral donne plus de pouvoir. Dans notre système, ce sont les communes, les cantons et le parlement, surtout, qui prennent les décisions. En Suisse, les conseillers fédéraux sont avant tout au service du parlement.

- Si l’on ajoute aux difficultés de plusieurs sortants la non-réélection de Jean-François Rime à Fribourg, d’Yvan Perrin à Neuchâtel et d’autres, n’avons-nous pas atteint une sorte de fin d’un cycle et ce constat n’est-il pas l’enseignement majeur de ce premier tour?
- Le fort recul de l’UDC est effectivement l’autre fait marquant de ce premier tour. Ce constat est une bonne nouvelle: ce n’est pas un parti libéral. Et son obsession anti-européenne nuit à la prospérité de la Suisse. J’espère que ces élections marquent le début de la fin de la vague populiste en Suisse, en tout cas à la droite de l’échiquier. N’oubliez pas que la Suisse a été précurseur en Europe en matière de populisme puisque cette force politique s’est imposée dès 1992.


La chronique: «Tsunami dans un verre d’eau»

Blaise Kormann
Thomas Wiesel.

Par Thomas Wiesel, humoriste

Cette semaine, la Suisse se réveille avec un parlement plus vert, plus féminin et plus jeune que jamais dans son histoire. Un groupe est en train de fondre plus vite que les glaciers, les hommes conservateurs au parlement. Sauf que dans le cas des glaciers, c’est grave.

On est habitués aux dimanches où les journalistes galèrent pour nous faire croire que tout va changer à cause du basculement du centre droit vers la droite de la députation à la Chambre basse du canton de Soleure, mais là, il se passait vraiment un truc! Voir l’appareil politique suisse, l’objet le plus immuable sur terre à égalité avec Teddy Riner, presque vaciller devant la vague verte, ça avait quelque chose de jouissif. Enfin au début, le grand débat sur les ondes c’était «serait-ce une vaguelette ou une vague» et plus les résultats arrivaient «on ne peut même plus parler de vague, c’est un ouragan, un tsunami vert!». C’est pas justement ce que les écolos veulent éviter à l’avenir, des ouragans et des tsunamis?
Dans toutes les analyses, le nom qui revenait le plus souvent ne figurait sur aucune liste: Greta Thunberg. «L’effet Greta», prononcé avec plus ou moins de mépris suivant que l’on soit sur ou sous la vague verte en forme d’ouragan tsunamique.

Derder dénonce la tyrannie écolo-verte qui veut instaurer la dictature avec des arguments infantiles. La fameuse dictature du tofu et des Birkenstock. Au mot dictature, je suis surpris que Béglé ne soit pas apparu sur le plateau pour dire que finalement est-ce que c’est si mal la dictature. Mais celui qui apparaît, descendu de sa montagne, c’est Freysinger, qui se plaint: «Greta le matin, Greta à midi, c’est tout juste si elle n’a pas vu la Sainte Vierge» (comprenne qui pourra, mais en tout cas félicitations au Parti évangélique suisse qui a gagné un siège). Avant de conclure d’un magnifique «avant de vouloir sauver le monde, il faut penser à sauver la Suisse», car c’est bien connu, si on sort de Schengen, les vagues de chaleur pourront être arrêtées par les douaniers suisses, qui les renverront d’où elles viennent, ces étrangères.

Le tremblement de terre en forme d’éruption volcanique vert finit par imposer la question: à quand un conseiller fédéral écolo? Le ton monte tellement sur le plateau de la RTS que j’ai cru que je m’étais assis sur la télécommande et que j’avais zappé sur BFM. Christian Lüscher et Lisa Mazzone se crêpent le chignon, et pourtant ils ont montré du doigt la même coupe dans le catalogue chez le coiffeur. Isabelle Chevalley, qui elle se coiffe directement avec une éolienne, calme le jeu, «il n’y a pas de plan secret pour obtenir un siège au Conseil fédéral». Et en même temps, elle le dirait pas en direct à la télé.

Au final, malgré le big bang dopé à la bombe H vert, les experts s’accordent pour dire qu’on n’attaque pas le siège d’un conseiller fédéral qui souhaite se représenter. En Suisse, on veut bien faire la révolution, mais avec le consentement écrit et préalable de tout le monde. L’urgence climatique attendra que les alliances stratégiques se forment dans la salle des pas perdus. Si seulement le CO2 pouvait se faire élire à Berne, histoire qu’il bouge le moins possible pendant les vingt prochaines années.


L'éditorial: Quand le concombre doit faire envie

Caricature de Michel Jeanneret.

Par Michel Jeanneret, rédacteur en chef de L'illustré

La vague était attendue. Féminine, jeune et verte, elle renouvellera certainement la dynamique politique de notre pays. Or le renouveau, quel qu’il soit, est toujours une bonne nouvelle, surtout pour une démocratie en mode «pilote automatique» comme la nôtre. Plus qu’une victoire des Verts, nous voilà en effet davantage face à un échec des partis traditionnels qui ont quitté leur somnolence pour se bricoler une priorité écologique, cette fois-ci en mode «panique», sous la pression d’une partie de la population. Cette absence de crédibilité aura poussé tout naturellement une partie de l’électorat dans les bras des Verts, sans autre réflexion que la nécessité un peu naïve de «sauver le climat». On pourrait parier sans risque qu’une grande partie du nouvel électorat des Verts ignore tout du programme de ceux pour qui ils ont voté et de leurs nuances chromatiques, puisqu’on nomme les modérés Verts «concombres», alors que l’on qualifie de Verts «pastèques» ceux qui ont le cœur rouge foncé.

Il ne faut pas s’y tromper: la victoire des partis écologistes traditionnel et libéral est le fait d’une mobilisation des citoyens bien lotis, des jeunes qui ont tout à perdre et des aînés qui n’ont rien à perdre, car à l’aise financièrement. La classe moyenne est bien trop occupée par ses soucis à court terme (payer chaque mois une prime maladie devenue exorbitante) pour se soucier d’un problème perçu comme lointain (l’avenir de notre planète). Pour éviter une grosse déconvenue dans quatre ans, les Verts devront convaincre avant tout ceux qui ne les ont pas élus, soit les citoyens qui craignent que la transition écologique se fasse à leurs dépens, alors que nous vivons dans un pays où l’argent pousse quasiment par terre. En clair: il faudra financer les réformes écologiques en prenant dans les poches qui sont pleines et en sortant d’une stratégie de culpabilisation qui ne portera aucun fruit à moyen terme. Les Verts ont su faire peur, ils vont devoir apprendre à faire envie. Tout un programme.


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