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© Getty Images

Nancy Pelosi, l’ennemie no 1 de Donald Trump

Publié lundi 18 février 2019 à 08:30
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Publié lundi 18 février 2019 à 08:30 
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A 78 ans, la démocrate Nancy Pelosi pourrait s’avérer l’adversaire le plus redoutable 
du président américain ces deux prochaines années. Mais qui 
est cette mère de famille qui s’est lancée en politique sur le tard? Portrait d’une politicienne aguerrie et enfin populaire.
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L’image est instantanément devenue virale: Nancy Pelosi debout, bras tendus et lèvres pincées, applaudissant ostensiblement Donald Trump. Dans le cadre de son discours sur l’état de l’Union, la semaine dernière, le président américain venait d’appeler à la fin de la «politique de la vengeance». Quand la présidente de la Chambre des représentants s’est levée, ses applaudissements ont été interprétés comme un «sarcastic clap». La démocrate a démenti quelques jours plus tard, assurant que son geste était tout sauf ironique. «Je voulais qu’il sache que ce message-là était très bienvenu», a-t-elle déclaré.

Voire. Même sa fille Christine a ri de la scène sur Twitter, écrivant sous une photo de sa mère félicitant le président: «Oh oui, ce geste m’a ramenée aux années d’adolescence. Elle sait.» Car c’est peu de le dire: entre Nancy Pelosi et Donald Trump, cela n’a jamais été le grand amour. Et depuis que la politicienne a été réélue à la tête de la Chambre des représentants le 3 janvier dernier – le poste de Speaker of the House échoit au parti majoritaire de la Chambre basse du Congrès américain et fait de l’élu le leader politique et parlementaire de la chambre – les deux bêtes politiques sont plus à couteaux tirés que jamais. «Trump et Pelosi sont le yang et le yin d’une Amérique divisée, deux leaders puissants qui jouent leur crédibilité, tous deux convaincus qu’ils ont les cartes en main pour gagner», résumait en janvier le magazine Time.

Getty Images
Elle est mariée depuis plus de cinquante ans à Paul Pelosi, millionnaire et père de ses cinq enfants.

Nancy Pelosi, c’est une poigne de fer dans une main manucurée, comme l’a démontré le mano a mano avec Donald Trump durant le shutdown, l’arrêt partiel du gouvernement fédéral lié au refus démocrate de financer le mur que le président veut mordicus faire ériger le long de la frontière avec le Mexique. Avec la fin, le 25 janvier, du shutdown le plus long et le plus coûteux de l’histoire, c’est pour l’heure Nancy Pelosi qui est sortie gagnante du bras de fer.

«Légendaire»

Une victoire et la démonstration éclatante qu’à 78 ans – 6 de plus que le président – la politicienne a les rênes de son parti fermement en main. Pourtant, à la fin de l’année dernière, des voix s’élevaient au sein de son propre camp pour contester sa toute-puissance: Pelosi était trop âgée, trop établie, elle avait déjà été Speaker… C’était en 2007. Elle devenait alors la première femme à accéder au poste suprême, qu’elle allait occuper jusqu’en 2011, et reste la seule à ce jour. Elle a d’ailleurs fait don du tailleur qu’elle portait le 4 janvier 2007 et de son marteau au National Museum of American History de Washington. Même la rebelle Alexandria Ocasio-Cortez, la plus jeune femme jamais élue au Congrès à 29 ans, s’est ralliée à son aînée et lui a donné son vote. En contrepartie, Nancy a promis qu’elle ne garderait pas le marteau plus de quatre ans.

Il est vrai qu’elle fait partie du paysage politique depuis très longtemps: Alexandria Ocasio-Cortez n’était même pas née quand Nancy Pelosi est entrée au Congrès en 1987, sous la présidence de… Ronald Reagan! Depuis, elle a grimpé les échelons, devenant cheffe des démocrates du Congrès en 2003.

DR
Nancy Pelosi, ici entourée de ses frères et de ses parents, a été très influencée par sa famille démocrate.

Un parcours qui fait d’elle une figure «légendaire», comme la qualifient de nombreux médias américains. Elle n’est jamais aussi forte que dans la politique tacticienne, quand il s’agit de créer des alliances et d’obtenir des majorités. Revers de la médaille typique pour une parlementaire de son calibre, elle était jusqu’à récemment peu populaire au-delà des murs du Congrès – sauf dans sa ville de San Francisco, qui l’élit avec des scores staliniens (86,8% des suffrages lors des dernières élections).

En fait, Nancy est une fille de la côte Est, comme le rappelle fièrement à chaque coup d’éclat la presse locale. Elle naît en 1940 dans le quartier de Little Italy à Baltimore, où son père, Thomas d’Alesandro Jr., fils d’immigrés des Abbruzzes, est une figure politique reconnue. Il devient maire de Baltimore quand Nancy a 7 ans et sera réélu à deux reprises. Elle a cinq frères aînés, dont l’un a été baptisé Franklin D. Roosevelt, comme le président dont le portrait orne le salon familial, et est envoyée à l’école catholique. Les enfants ont l’habitude de voir défiler des gens venus demander de l’aide.

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A 20 ans, en 1960, elle croise John F. Kennedy à la convention du parti.

Mais pour beaucoup, c’est Annunciata, la mère, immigrée sicilienne, qui est la véritable figure de la maisonnée. Selon le frère de Nancy, Tommy, cité par le Baltimore Post-Examiner, quand leurs parents se sont rencontrés, Annunciata ne connaissait rien à la politique. «Mais à la fin, elle en savait plus que lui. Ils n’avaient pas peur de mon père, mais ma mère les terrifiait. Si tu la fâchais, tu étais fini, coulé.»

Surnommée «Big Nancy», Annunciata, qui aurait rêvé d’être avocate, joue un rôle de stratège, ralliant les femmes démocrates et assistant son mari dans la distribution de faveurs. C’est auprès d’elle que Nancy apprend le pouvoir du réseautage et l’art de la négociation.

Les années 1960 voient l’ascension d’un autre clan catholique, celui des Kennedy. Etudiante en sciences politiques au Trinity College de Washington, Nancy assiste au discours inaugural de John F. Kennedy en 1961. Mais si elle fait un stage auprès d’un sénateur démocrate, son parcours personnel donne la priorité à la famille.

En 1963, elle épouse Paul Pelosi. Ce discret natif de San Francisco devient un homme d’affaires avisé, aujourd’hui largement millionnaire. Le couple a cinq enfants, dont quatre filles. La famille est installée à San Francisco lorsque, en 1976, Nancy décide de s’impliquer davantage dans le Parti démocrate. Elle prend notamment la tête de la très puissante section californienne.

REUTERS
Le 4 janvier 2007, Nancy Pelosi, entourée de ses petits-enfants et d’enfants d’autres élus, devient la première femme (et la seule à ce jour) à présider la Chambre des représentants. Elle a été réélue à ce poste en janvier dernier.

Elle a 47 ans lorsque, sa dernière fille ayant quitté le nid, elle décide de se lancer dans une carrière nationale et entre au Congrès. Elle a depuis été réélue 17 fois. Le couple habite toujours une belle demeure de briques rouges du huppé quartier de Pacific Heights. Incontestablement, Pelosi fait partie de cette élite washingtonienne si décriée par Donald Trump.

Coupeuse de têtes

Les années ne semblent pas avoir érodé ses convictions, ni son caractère déterminé. Sa fille Alexandra a évoqué ainsi la figure maternelle: «Elle vous coupera la tête et vous ne vous rendrez même pas compte que vous saignez.» En tout cas, la relève semble assurée pour celle qui est huit fois grand-mère: sa petite-fille Bella n’a pu contenir son excitation devant le Congrès, sautant de joie à chaque vote en faveur de son illustre grand-mère. Une grand-mère qui a bien l’intention de demeurer, tant qu’elle le peut, la femme la plus puissante des Etats-Unis.


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