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© AP

Nouvelle tragédie dans le clan Kennedy

Publié jeudi 8 août 2019 à 09:16
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Publié jeudi 8 août 2019 à 09:16 
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Le clan Kennedy frappé, une fois encore, par le deuil et la malédiction: la petite-fille de Robert Kennedy, Saoirse, 22 ans, vient de mourir d’une overdose et de son mal de vivre. Etre un Kennedy est un privilège, mais aussi, parfois, un nom trop lourd à porter. Récit.
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Le destin a frappé. Une fois encore. Violemment. Très exactement vingt ans après la disparition tragique de John-John Kennedy, le fils du président assassiné, disparu en mer à 38 ans au large de Martha’s Vineyard avec son épouse, Carolyn Bessette, et sa belle-sœur Lauren. Et tout juste quarante ans encore après le drame de Chappaquiddick, qui avait vu l’Oldsmobile du jeune espoir démocrate Ted Kennedy plonger dans un bras d’eau, sous un pont, tuant sa passagère restée prisonnière de la voiture, avant qu’il ne rentre chez lui tranquillement, ne donnant l’alerte que le lendemain.

DR
Elle s’appelait Saoirse Kennedy. Elle vient de mourir d’une overdose à l’âge de 22 ans, dans la propriété familiale, sur la presqu’île du cap Cod.

Voile noir

Un nouveau voile noir vient donc de s’abattre sur le clan Kennedy. La semaine dernière, le 1er août dans l’après-midi, c’est la petite-fille du troisième frère du célèbre clan, Robert Kennedy, dit Bobby, ministre de la Justice de son frère avant d’être assassiné en 1968, qu’on a retrouvée morte d’une overdose, dans la célèbre villa familiale du cap Cod, à Hyannis Port, dans le Massachusetts. Elle s’appelait Saoirse Kennedy Hill, était âgée de 22 ans et étudiait à l’Université de Boston. Un destin à la Kennedy dès la naissance, née d’une union improbable: sa maman, Mary Courtney, militante des droits de l’homme, est la cinquième des onze enfants de Bobby Kennedy, et son père, Paul Hill, est un ex-membre de l’IRA, ayant passé quinze années de sa vie en prison pour des meurtres présumés dont il sera finalement acquitté. Quand on naît Kennedy, on sait que sa vie ne peut pas être banale. Mais la petite Saoirse ne s’y fera jamais…

Découverte inanimée, Saoirse a été transportée dans un hôpital tout proche, où son décès a été constaté. Marcus Breen, son professeur à Boston, est aussitôt sorti du silence pour évoquer dans le New York Times une étudiante qui «sera regrettée en classe et sur les campus», très «engagée», très «concernée par les auteurs» et souvent «la première à donner une critique claire sur des sujets contemporains». «Nos cœurs sont brisés par la perte de notre bien-aimée Saoirse», déclarera aussitôt la famille Kennedy dans un communiqué. Un clan qui fait toujours bloc, dans le malheur (fréquent) comme dans le bonheur (plus rare).

Evan Agostini / Getty Images
Saoirse avec sa maman Courtney Kennedy Hill, fille d’Ethel et Bobby Kennedy, à un gala de charité en octobre 2006 à New York.

«Une grosse pierre dans ma poitrine»

Mais la jeune femme traînait aussi derrière elle un inexorable mal de vivre. Dans un texte publié il y a trois ans dans le journal des étudiants de son internat de la Deefield Academy, classe préparatoire à l’université, elle confessait avec des mots poignants sa «maladie mentale», une «dépression [qui] a pris racine au début de mes années de collège». «Bien que j’aie été une enfant heureuse, j’ai traversé des moments de profonde tristesse qui ressemblaient à une grosse pierre dans ma poitrine», écrivait-elle notamment dans un long texte déchirant.

Elle sous-entendait également avoir été agressée sexuellement par une personne proche d’elle: «J’ai fait la pire chose qu’une victime puisse faire, à savoir prétendre que rien ne s’était passé. Et puis tout cela est devenu trop, et j’ai essayé de me suicider.»

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Sur son profil Facebook, Saoirse poste cette ultime image en mai dernier.

Une confession qui réapparaît publiquement aujourd’hui. Patrick, cousin germain de la maman de Saoirse, a salué la mémoire de la défunte et son courage d’avoir osé parler de sa maladie publiquement: «Elle a ouvert la porte à ses semblables pour qu’ils puissent également sortir du silence et ne pas avoir honte de cette maladie, et elle est une véritable héroïne pour ma famille», a-t-il déclaré sur NBC News. «Le récit sincère de Saoirse sur sa dépression est un rappel puissant que tant de personnes souffrent seules et se sentent isolées, rappellera-t-il ensuite sur Twitter. Je suis fier que Saoirse ait pu s’ouvrir et raconter son histoire. J’encourage tout le monde à lire ses paroles.»

Le chagrin d’Ethel Kennedy

«Le monde est un peu moins beau aujourd’hui», a lâché encore sa grand-mère, Ethel Kennedy, 91 ans, la veuve de Robert F. Kennedy, célèbre jadis pour sa grâce et devenue une vieille dame toujours digne et aimée des Américains. Beaucoup se souviennent d’elle, déposant un chapelet sur le torse de son mari agonisant, tombé sous les balles de Sirhan Sirhan (condamné à vie et toujours emprisonné) dans les cuisines de l’hôtel Ambassador de Los Angeles le 6 juin 1968.

Une tragédie mais aussi une énigme comme l’Amérique les aime: il y a deux ans à peine, le troisième fils d’Ethel et Bobby, Robert Jr., «très perturbé que la mauvaise personne puisse avoir été condamnée pour le meurtre» de son père, avait rencontré l’assassin d’origine syrienne, aujourd’hui septuagénaire, dans une prison de Californie. Un fils marqué aussi par le destin des Kennedy: son épouse, Mary Richardson, s’était suicidée par pendaison en mai 2012. Et son fils, Conor, a défrayé la rubrique people des magazines au bras de la chanteuse pop Taylor Swift, puis, en décembre 2016, en croupissant quelques jours en prison après une bagarre dans une boîte d’une station de ski huppée…

Tragédie antique

Malédiction? La formule avait été utilisée la première fois par Ted Kennedy lui-même au lendemain de son propre drame à Chappaquiddick, dans un discours du 25 juillet 1969: «Une affreuse malédiction s’est-elle abattue sur tous les Kennedy?» Depuis, la phrase a fait florès. «Il faut remonter à la Grèce antique, aux Atrides, aux figures légendaires d’Agamemnon, Clytemnestre, Oreste et Electre, pour trouver une famille soumise à une série de calamités aussi époustouflante», écrira même le journaliste Edward Klein, ancien rédacteur en chef du New York Times, lauréat du prestigieux prix Pulitzer et ancien confident de Jackie Kennedy, la veuve de JFK, dont le tailleur rose maculé du sang de son mari, à Dallas, le 22 novembre 1963, est resté gravé dans tous les esprits.

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Ethel et Bobby Kennedy au temps du bonheur et leurs 11 enfants, Kathleen, Joseph II, Robert Jr., David, Courtney, Michael, Kerry, Christopher, Max, Douglas et Rory.

Assassinats, accidents, suicides, overdoses: le mythe de la malédiction a pris corps durant les années qui ont suivi la mort de Joseph P. Kennedy Junior, le fils aîné et présumé héritier du fondateur de la dynastie (1888-1969), décédé durant la Seconde Guerre mondiale. D’abord avec le décès de sa sœur Kathleen Cavendish, morte dans un accident d’avion en 1948, puis de ses frères, John, devenu le président des Etats-Unis, à Dallas le 22 novembre 1963, qui avait d’ailleurs perdu une fille aînée à la naissance et un fils deux jours après sa naissance, puis Bobby, qui était alors candidat à la nomination démocrate à la présidentielle, en 1968. Puis il y a eu le décès par overdose de David, fils de Bobby, en 1984, et encore cet accident de ski de Michael à Aspen, autre fils de Bobby.

Mais c’est bien la mort de John-John, fils de JFK et de Jackie Kennedy, qui achèvera de donner corps au mythe de la malédiction. Ce jour-là, le 16 juillet 1999, un certain rêve américain s’achève. Cet enfant de 3 ans, qu’on avait vu saluer le cercueil de son père, ne pouvait échapper à son destin: après avoir retardé sans cesse son entrée en politique, alors que Bill Clinton lui avait proposé de faire partie de son gouvernement, il s’abîmait bêtement en mer. En 2011 encore, c’est la fille de Ted Kennedy, Kara, qui décède d’une crise cardiaque lors d’un entraînement de sport à l’âge de 51 ans…

Popperfoto via Getty Images
Cinq ans après la mort du président John Fitzgerald Kennedy à Dallas, le destin s’acharne: son frère Bobby Kennedy est à son tour assassiné à l’hôtel Ambassador à Los Angeles en 1968.

Symbole du rêve américain

L’histoire des enfants chéris de l’Amérique continue de fasciner et d’intriguer, mais elle n’est pas achevée. Loin de là. D’autres, désormais, ont pris la relève. Si la fille de JFK, Caroline, a dû quitter son poste d’ambassadrice des Etats-Unis à Tokyo après la victoire de Donald Trump, rejoignant la longue liste des Kennedy retirés de la vie publique, d’autres pointent désormais le bout de leur nez.

Outre Joseph III, la star montante du Congrès américain, plusieurs membres de la famille portent les espoirs du clan. Christopher Kennedy a été candidat au poste de gouverneur de l’Illinois. «Par bien des aspects, la famille Kennedy est l’un des plus beaux symboles du rêve américain, ce but qui semble désormais hors de portée pour beaucoup de mes concitoyens. Raison de plus pour que la nouvelle génération des Kennedy ne reste pas les bras croisés. Vu notre héritage, il serait immoral de ne pas s’investir pour notre pays», déclarait-il au Parisien en janvier 2018.

Ambitions

Nourris au même biberon de la politique, l’appétit des petits-­enfants de l’ancien président JFK semble aussi s’aiguiser. Le plus jeune fils de Caroline Kennedy, Jack Schlossberg, actuellement étudiant à Harvard, proche de Barack Obama, ne cache pas dans les interviews que, comme son illustre grand-père, il se lancera en politique dès la fin de ses études. Sa sœur, Tatiana, elle, a été recrutée par le prestigieux New York Times pour couvrir les sujets environnementaux… Décidément, on n’a pas fini d’entendre parler d’eux.


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