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Santé dentaire 

Opération dents blanches, pour le meilleur ou pour le pire?

A l’heure où nos sourires s’affichent à grand renfort de réseaux sociaux, nos dents se rêvent toujours plus blanches. Le blanchiment des dents est-il une bonne idée? Promesses et dangers des différentes techniques possibles.

Dents

L'intégrité de la blancheur de nos sourires peut être mise à mal au quotidien par le temps qui passe, par une mauvaise hygiène dentaire, ou encore par la consommation de certaines boissons ou le tabac. 

stewart mark

Encore bien cachés derrière nos masques, nos sourires n’attendent plus qu’à briller. Le temps d’un retour à la vie normale, d’un vrai déconfinement et parfois d’un blanchiment pour redonner à notre dentition son éclat perdu. Un phénomène en partie inéluctable au fil du temps, causé par l’usure naturelle de l’émail, la couche supérieure des dents. En s’affinant, l’émail laisse entrevoir la dentine, structure sous-jacente, plus jaune. Mais le temps n’est pas le seul facteur: l’intégrité de la blancheur de nos sourires peut aussi être mise à mal au quotidien par une mauvaise hygiène dentaire, la consommation de certaines boissons ou le tabac (lire plus bas notre «Zoom sur quelques ennemis de la blancheur»).

>> Lire aussi l'autre volet de notre dossier: Quelques trucs pour garder des dents saines 

Il y a aussi les causes dites intrinsèques, résultant de mécanismes internes à l’organisme ou aux dents elles-mêmes. On compte parmi elles certaines maladies génétiques, la coloration de l’émail en cas de prise d’antibiotiques (tétracyclines), l’excès de fluor (au travers de l’eau à teneur naturelle très élevée consommée dans certaines régions ou d’une supplémentation excessive), mais également les simples caries. Avant de se lancer dans une opération de blanchiment, l’idéal est donc de pouvoir entreprendre un bilan complet chez le dentiste pour un détartrage méticuleux et un passage en revue de la santé buccale. Pour la suite, tour d’horizon des techniques existantes avec Najla Chebib, maître assistante à la Clinique universitaire de médecine dentaire à Genève, et Olivier Marmy, médecin-dentiste à Lausanne et membre du comité central national de la Société suisse des médecins-dentistes (SSO).

1. Les chewing-gums
Leur effet est modeste, difficilement mesurable, mais pas impossible puisque les chewing-gums étiquetés «blanchissants» contiennent du peroxyde de carbamide, le composé utilisé dans les produits de blanchiment, en faible quantité. En activant la salivation, les chewing-gums constituent par ailleurs un allié de la santé buccodentaire. Ils peuvent en effet en partie pallier l’absence de brossage, lors d’un repas de midi par exemple. A choisir idéalement, ceux porteurs du logo Sympadent et à consommer sans excès.

>> Lire également un ancien article (2019): Pour un sourire «ultra bright»

2. Les dentifrices et fils dentaires
S’ils rivalisent de promesses et d’atours alléchants, les dentifrices et fils dentaires dits blanchissants ont bel et bien un possible impact sur l’éclat de nos dents, en raison là encore du peroxyde de carbamide qu’ils contiennent. Le problème: leur effet abrasif peut à terme aboutir à l’effet inverse que celui escompté. Et pour cause, au fil des brossages ou des passages du fil de soie, les molécules blanchissantes attaquent l’émail des dents. Affiné et fragilisé, il devient poreux et se teinte plus facilement au contact répété de substances dites chromogènes (thé, café, vin rouge, etc.). Si une utilisation ponctuelle de ces dentifrices et fils dentaires est possible, sur quelques jours par exemple, un usage quotidien sur le long terme est quant à lui déconseillé. A noter: en raison d’un risque similaire, les dentifrices au charbon sont eux aussi à utiliser avec précaution.

3. Recette de grand-mère… et d’internet
Sur le papier ou à l’écran, la recette apparaît simple, naturelle, peu coûteuse: utiliser du bicarbonate de soude et du citron pour obtenir des dents de star. Mais si les vertus détartrantes du premier et éclatantes du second peuvent faire des miracles sur nos casseroles et cuisines, ils exposent à de réels dommages sur la couche supérieure des dents. A force d’usage répété, l’émail se fragile, devient plus transparent et fait précocement apparaître la dentine.

4. Gouttières à la maison («home bleaching»)
Procédé utilisé depuis près de quarante ans, le blanchiment à domicile repose sur l’application (le plus souvent nocturne) de gouttières pour les mâchoires inférieure et supérieure dans lesquelles se dépose une quantité prédéfinie d’un gel de peroxyde de carbamide, le produit blanchissant par excellence. En se décomposant, il se transforme en peroxyde d’hydrogène, un composé susceptible d’altérer la forme des particules colorantes imprégnant la surface de l’émail pour modifier leur interaction avec la lumière.

Avant d’entreprendre un tel blanchiment, un contrôle préalable est nécessaire pour s’assurer que les dents sont saines. Une fois cette précaution prise, le traitement s’effectue en moyenne sur deux semaines, et peut être renouvelé au bout d’un ou deux ans. En pratique, il nécessite la prise d’empreintes au cabinet dentaire afin d’obtenir des gouttières parfaitement adaptées à la dentition et éviter toute fuite du produit dans la bouche. Reste ensuite à définir son déroulement, selon le produit utilisé: si la concentration en peroxyde de carbamide est de 10%, l’application des gouttières est à prévoir sur la nuit entière, si elle est de 22% (la limite maximale pour un usage à domicile), une heure de pose suffit. Le principal effet secondaire, observé chez 70% des utilisateurs, est l’apparition d’une sensibilité au niveau des dents, se traduisant notamment par une gêne au contact du chaud ou du froid. S’estompant généralement avec le temps, cette sensibilité est due à l’absorption du produit par la dent, un phénomène pouvant engendrer sa déshydratation temporaire. Toute gêne est donc à surveiller et à signaler si besoin à son dentiste. Le tarif d’un tel traitement, non pris en charge par les caisses d’assurance maladie, varie entre 400 et 600 francs.

5. Séance chez le dentiste («in-office bleaching»)
Généralement prévu sur une durée d’une heure, le blanchiment au cabinet dentaire s’effectue en une seule fois. Au cœur du procédé, le peroxyde de carbamide toujours, cette fois utilisé en concentration élevée, ce qui nécessite plusieurs précautions pour que le gel n’entre pas en contact avec les autres tissus (gencives, palais, etc.). Les gencives sont donc entièrement protégées durant la pose. Le recours à une source de chaleur permet d’accentuer l’effet du gel blanchissant. L’effet reste visible entre six et douze mois. Côté tarif: entre 100 et 250 francs, généralement pas pris en charge par les caisses d’assurance maladie.

6. Les facettes en céramique
Elles constituent le secret des sourires des stars… mais pas seulement. Façonnées dans leur forme et leur couleur selon la dentition en présence, les facettes en céramique sont définitivement collées sur l’émail. Garantes d’un tout nouveau sourire si elles s’appliquent à toutes les dents, elles peuvent aussi n’en concerner qu’une seule en reconstituant la teinte, mais également la forme et la fonction de l’incisive ou de la canine concernée. Principale mise en garde par les spécialistes: le procédé est à considérer avec prudence, voire à éviter, si l’application des facettes nécessite de «limer» les surfaces saines des dents. A noter: il s’agit d’un procédé particulièrement coûteux.

7. Kits en libre-service
En pharmacie ou sur internet, il est désormais facile de se procurer des dispositifs de blanchiment dentaire. La législation suisse autorise la commercialisation, en tant que produits cosmétiques, de gels présentant des concentrations inférieures à 0,1% de peroxyde d’hydrogène. Leur effet est donc limité. Il existe également un risque d’altération des muqueuses de la bouche, la dose de produit étant imprécise et parfois mal appliquée. Le peroxyde d’hydrogène, en contact avec les gencives, la langue ou le palais, peut également présenter un risque cancérigène. Les produits de blanchiment en libre-service sont donc à manier avec précaution et déconseillés aux femmes enceintes et aux enfants.

8. Bars à sourire
On les a vus fleurir un peu partout ces dernières années, les studios de blanchiment, ou bars à sourire, proposent des dents éclatantes pour une centaine de francs. Les soins utilisés sont composés de peroxyde d’hydrogène en faible concentration ou d’autres produits blanchissants (hypochlorite de sodium, xylitol, acide citrique, etc.). L’effet reste donc moins durable qu’un traitement en cabinet. L’Office fédéral de la santé publique rappelle que le personnel de ces établissements se doit de communiquer oralement aux clients la composition exacte et les risques possibles des produits utilisés.


Le chiffre: 6%


Afin de protéger les personnes contre les produits de blanchiment pouvant présenter des risques pour la santé, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) recommande de n’utiliser – hors encadrement professionnel – que du peroxyde d’hydrogène ayant une concentration inférieure ou égale à 6%. 


Zoom sur quelques ennemis de la blancheur


Qu’ils soient liés à notre alimentation, aux boissons que nous consommons ou à un problème de santé, ils ont un point commun: infiltrer la couche supérieure des dents, l’émail. A terme, celui-ci s’amenuise et laisse apparaître la dentine, structure plus profonde, moins solide et plus jaune.

  • Tabac

Probablement l’un des facteurs les plus délétères de la santé buccale, le tabac ne se contente pas de colorer l’émail des dents, il favorise l’inflammation gingivale et le déchaussement, prédisposant à terme à la perte de dents.

  • Sodas gazeux

Volontiers gazeux et acides, les sodas agressent l’intégrité de l’émail. Quant au sucre qu’ils contiennent, souvent en abondance, il démultiplie la quantité de bactéries buccales à l’origine de la plaque dentaire.

  • Tanins

Riches en composés dits chromogènes, café, thé ou encore vin rouge exposent à une coloration de l’émail des dents au fil du temps. Verre d’eau, chewing-gum ou brossage des dents permettent d’atténuer ponctuellement le phénomène.

  • Reflux gastriques

Parfois découverts de façon fortuite, les reflux gastriques engendrent des montées d’acidité dommageables depuis l’estomac vers l’œsophage et jusqu’à la bouche, durant le sommeil notamment.

  • Troubles alimentaires

Lorsqu’elles comportent des vomissements volontaires et récurrents, anorexie et boulimie peuvent avoir des conséquences particulièrement délétères sur la santé buccale.


«Pourquoi j’ai sauté le pas»


Le témoignage de Nicolas, 60 ans, qui a décidé de se faire blanchir les dents.

«L’idée d’un blanchiment a commencé à germer vers 35 ans. Je ne suis pas un fumeur ni un gros buveur de café, mais j’observais une légère dégradation de la blancheur de mes dents avec le temps, due probablement à un changement normal lié à l’âge. J’en ai discuté avec mon médecin-dentiste, qui m’a expliqué les différentes possibilités qui s’offraient à moi. Après quelques années de réflexion, j’ai décidé de sauter le pas, pour mes 40 ans.»

«Ce n’était pas un besoin fondamental de corriger un complexe, mais surtout l’envie de tester une démarche, dans la continuité de l’entretien de mes dents, dont j’ai toujours pris soin. Durant une dizaine de jours, j’ai utilisé une gouttière sur mesure contenant un gel blanchissant à base de peroxyde d’hydrogène, placée sur mes dents pendant la nuit. Mes dents n’étant pas fortement colorées à la base, je n’ai observé qu’une légère transformation de leur éclat, mais le résultat était harmonieux. Je n’ai en revanche pas eu besoin de renouveler le traitement, car la couleur de mes dents ne s’est pas dégradée depuis.»

Par Laetitia Grimaldi et Clémentine Fitaire publié le 14 mai 2021 - 15:50