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«Papa et maman, allez travailler, mais revenez sans le virus!»

Publié jeudi 19 mars 2020 à 08:21
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Publié jeudi 19 mars 2020 à 08:21 
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Le papa est gendarme en Lombardie et la maman médecin à l’hôpital de Lecco. Pendant que les parents multiplient les heures supplémentaires, Camille, la fille de notre journaliste, s’occupe de leurs deux filles, confinées à l’intérieur comme le reste de l’Italie.
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«Quand je raconte à Camille les dernières mesures prises ici contre le coronavirus virus et comment les rayons de pâtes et de riz de notre supermarché de quartier ont été vidés par des clients inquiets, elle répond calmement: «Vous vivez exactement ce que l’on a vécu il y a deux semaines.»

Au milieu de ses études en psychologie, ma fille profite de quelques mois d’une année sabbatique pour parfaire ses connaissances en italien. Depuis le début du mois de janvier, elle vit au pair dans une famille habitant Annone di Brianza, un village de Lombardie situé entre Côme et Lecco, dans la province du même nom.

Quand fin février les premiers cas de Covid-19 ont été détectés dans la région, je me suis rassuré en me disant que dans une famille où la maman est médecin et le papa carabinier, elle était, a priori, en sécurité. Depuis, la Lombardie et la Vénétie sont devenues les principaux foyers de la contamination qui touche désormais le monde entier.

Au téléphone, la voix marquée par la fatigue, Giulia, 40 ans, médecin au service d’anesthésie et de réanimation de l’hôpital de Lecco, me raconte comment elle a prié pour que ma fille accepte de rester chez eux. Parce que c’est elle désormais qui s’occupe des deux filles de la famille, Elisa, 9 ans, et Anna, 6 ans, privées d’école depuis trois semaines. «Au début, ça fait comme des vacances, mais les choses ont tourné ces derniers jours et elles ont maintenant très envie de revoir leurs amis…»

Comme bientôt la moitié de l’Europe, la famille (sauf les parents qui travaillent en première ligne) est consignée dans la maison, avec interdiction stricte de sortir, même pour une petite balade en solitaire. Imaginée pour limiter la diffusion du virus en ville, la mesure a peut-être moins de sens à la campagne. Mais le papa gendarme, Daniele, 41 ans, a désormais pour mission principale de contrôler que les rares citoyens rencontrés à l’extérieur ont une raison valable de s’y trouver. Pour ce faire, chacun doit remplir une feuille justifiant son déplacement et par laquelle il s’engage aussi, et surtout, à regagner son domicile le plus rapidement possible.

Passé les premiers jours de flottement, le gendarme juge que les consignes sont aujourd’hui bien respectées. S’il garde ses distances et s’estime bien protégé derrière son masque, il a déjà subi une vraie alerte en apprenant qu’un de ses collègues avait été testé positif… Comme il ne l’avait pas croisé depuis dix jours, il n’a eu qu’une courte quarantaine à observer à la maison. «Il portait un masque toute la journée et ne nous approchait pas à moins de 2 mètres. Le plus difficile à vivre peut-être: la manière dont ses filles le fuyaient!…» Et puis le jour où il a pu reprendre son service, cette remarque de la plus jeune résume le sentiment général: «Va travailler, papa, mais tu reviens sans virus!»

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Daniele, 41 ans, est carabinier à Lecco, en Lombardie, et sa femme, Giulia, 40 ans, médecin réanimatrice dans l’hôpital de la même ville. Les deux multiplient les heures supplémentaires mais gardent le sourire.

C’est naturellement aussi le souci de la maman qui, elle, côtoie quotidiennement des malades gravement atteints. «Pendant le travail, je n’y pense pas, chacun se protège en respectant scrupuleusement les protocoles, en faisant les choses dans le bon ordre et je me douche très soigneusement avant de rentrer à la maison.»

«A l’hôpital, je ne vois naturellement que les cas les plus graves et c’est parfois très dur. Les locaux sont pleins, mais nous avons réorganisé toutes nos ressources pour accueillir les patients. Toutes les opérations chirurgicales non urgentes ont été remises, tous les respirateurs disponibles sont réservés aux malades les plus gravement atteints et tous les médecins disponibles se consacrent en priorité aux patients souffrant du coronavirus.»

Début mars, la Société italienne d’anesthésie et de soins intensifs a adressé à ses membres ses recommandations éthiques visant à privilégier l’espérance de vie dans l’administration des soins dans le cas où ils ne seraient plus disponibles pour tous les patients. «C’est ce que l’on appelle de la médecine de catastrophe ou de guerre, nous n’en sommes pas là mais nous cherchons à garantir les meilleurs soins possibles à tous les malades.»

Malgré tout, les risques de contagion pèsent lourd sur l’ambiance à l’intérieur de l’hôpital. «Les malades ne peuvent pas recevoir la visite de leurs proches, qui sont souvent eux-mêmes en quarantaine. Nous cherchons malgré tout à maintenir la communication en organisant des appels vidéo.»

Pour la médecin, difficile aussi de voir, à mesure que l’épidémie se répand, arriver des gens qu’elle connaît. «Mais je dois faire avec, en sachant quand même que toutes les personnes positives ne développeront pas des complications sévères.»

A l’image du concert émouvant de tous ces Italiens chantant sur leur balcon vendredi dernier, Giulia, son mari, comme ma fille, relèvent l’extraordinaire solidarité de la population. «On a vu apparaître aux fenêtres des dizaines de drapeaux italiens et arc-en-ciel. Comme tout le personnel soignant, nous recevons beaucoup de marques de soutien, des gens nous apportent de la nourriture à l’hôpital.»

«Certains disent que nous sommes des héros. Ce n’est pas vrai, nous faisons juste notre travail. C’est un métier que j’ai choisi et que j’aime beaucoup. C’est important de se sentir utile et de mener cette guerre contre le virus!»

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