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© Philippe Amador

Le petit Spinoza illustré

Publié mardi 11 février 2020 à 08:43
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Publié mardi 11 février 2020 à 08:43 
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Rançon de son succès, la BD s’invite aujourd’hui dans les rayons réputés austères de la philosophie. Philosophe attachant, Baruch Spinoza se prête parfaitement à cette mise en images.
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Si vous n’avez jamais mis le nez dans un livre de philosophie, imaginant que ce type d’ouvrage renferme des propos incompréhensibles et soporifiques pour le commun des mortels, vous êtes le candidat idéal à la découverte de cette épatante BD consacrée à Spinoza, le prince des philosophes, selon son futur confrère, Gilles Deleuze.

Ed. Dunod
«Spinoza, à la recherche de la vérité et du bonheur», adaptation et dessins de Philippe Amador, Editions Dunod.

Tout l’art de Philippe Amador, dessinateur français passionné de sciences et de philosophie, est de rendre accessible par ses illustrations pleines d’humour la pensée parfois complexe de ce fils d’un commerçant juif portugais, installé aux Pays-Bas au début du XVIIe siècle pour fuir l’Inquisition. Son œuvre majeure et inachevée, «Le traité de la réforme et de l’entendement», qu’il reprend dans sa quasi-­intégralité, vise un but unique et ambitieux: trouver un bonheur qui ne soit pas «vain et futile» car fondé sur la connaissance du vrai.

Ce qui pousse Spinoza à se lancer dans cette hasardeuse recherche du bonheur tient peut-être à son histoire personnelle. Orphelin de mère à 6 ans, de père à 21 ans, Baruch se voit plus tard éconduit par la fille de son mentor et protecteur, Franciscus van den Enden, dont il est tombé amoureux, avant d’échapper à une tentative d’assassinat dans les rues d’Amsterdam et de se voir excommunié (herem), à l’âge de 27 ans, par la communauté juive de la ville. Cela, sans doute, en raison de sa conception de la nature divine, résumée trois siècles plus tard dans cet hommage d’Albert Einstein: «Je crois au Dieu de Spinoza qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un Dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains.»

C’est peut-être cette jeunesse douloureuse qui poussera Spinoza à se détourner de ce que l’homme ordinaire pourchasse toute son existence en pensant que ce sont les clés du bonheur suprême: les richesses, les honneurs et les plaisirs.

Il passera le reste de sa courte existence (il meurt à 44 ans de tuberculose) dans une solitude studieuse, vivant modestement de son métier de polisseur de lentilles pour télescopes et microscopes. En vue d’acquérir une nature parfaite, il se plie ainsi à trois règles qui lui paraissent essentielles: se conformer au langage et aux façons de faire du plus grand nombre, jouir des délices autant qu’il suffit à la santé et ne rechercher que l’argent dont on a besoin pour vivre en santé.

En digne émule de Descartes, Spinoza part à la découverte du bonheur suprême en tentant d’approfondir sa connaissance du vrai. Une démarche intellectuelle d’un abord parfois austère, heureusement égayée par les facéties graphiques de Philippe Amador. Car réformer son entendement pour parvenir à «la connaissance vraie des choses» est une tâche ardue qui oblige à passer en revue toutes nos connaissances pour déterminer celles qui procèdent de la raison pure et non des émotions fortuites du corps. Vaste chantier que Spinoza ne mènera jamais à bien, laissant son traité inachevé. Mais si le personnage vous séduit, vous pourrez le découvrir plus avant dans l’étonnant livre d’Irvin Yalom, «Le problème Spinoza».


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