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Tout un Roman(d)

Pourquoi l'auteur de polars Marc Voltenauer n'est pas pasteur

L’auteur de polars voulait devenir pasteur et père de famille. Sa vie a basculé lorsqu’il a pris conscience de son homosexualité. Un soir, il a été agressé dans un bar gay. Il en parle pour la première fois.

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Marc Voltenauer

Marc Voltenauer, auteur de polars, a connu le succès avec son premier roman policier «Le Dragon du Muveran», un ouvrage qui s'est vendu à plus de 30'000 exemplaires jusqu'à présent.

Darrin Vanselow

«J’ai suivi mes premiers cours de catéchisme à l’âge de 11 ans. Le pasteur nous avait transmis, au-delà du religieux et du spirituel, un intérêt pour l’être l’humain. Depuis, c’est une donnée fondamentale dans ma vie. Jeune ado, j’étais décidé à devenir pasteur moi aussi. Un métier dont j’aimais la dimension sociale. Dans ma tête, j’allais concrétiser ce que je pensais alors que la société attendait aussi de moi: me marier et avoir des enfants.

Des années plus tard, j’ai connu une jeune femme. Nous avons eu une belle relation et nous nous sommes fiancés. J’ai terminé la théologie à 25 ans. En parallèle, j’ai travaillé jusqu’en 2003 aux Unions chrétiennes. Nous organisions notamment des soirées multiculturelles où se mêlaient 30 nationalités et autant de plats que chacun amenait. C’était un riche partage. Si ma vie semblait conforme à mes attentes, quelque chose, pourtant, n’allait pas. Je me suis séparé de ma compagne après trois ans. Sans me l’avouer, j’étais attiré par les hommes. Il me fallait mettre des mots sur ce que je ressentais et j’ai décidé alors de suivre une psychanalyse. Je voulais devenir qui j’étais vraiment. Je ne parlais à personne de mes sentiments, sauf à ma meilleure amie. Elle qui aimait les femmes était, selon moi, à ce moment-là, la seule à comprendre ce qu’il m’arrivait.

>> Lire également notre précédent «Tout un Roman(d)»: Suzane, le coup de froid malgré la combinaison d'invincibilité

Au fil du temps, j’ai commencé à sortir à Genève et à rencontrer des hommes. Un soir, dans un bar gay, vers 23 heures, deux individus ont fait irruption. Ils étaient venus pour «casser du pédé», comme on dit. Je me suis interposé, aidé par deux amis, alors qu’ils frappaient un client. L’un des agresseurs s’est retourné, m’a fixé du regard et ils ont détalé dans la nuit. Mes potes m’ont alors fait remarquer une tache sur mon jeans. Dans l’action, je n’avais ni vu, ni ressenti le coup de couteau. La lame avait pénétré sur 4 cm. Mon pantalon était maculé de sang. Une ambulance est arrivée et j’ai fini à l’hôpital. La police n’a jamais retrouvé le duo.

Ce qui venait d’arriver était aux antipodes de mes valeurs de tolérance. Et j’étais moi-même en pleine phase de construction. J’ai parlé de cet incident à mes parents, sans leur révéler le contexte. Comment leur dire? Ça ne collait pas avec l’image d’hétéro que je renvoyais à tout le monde. Mais je n’allais pas vivre dans le secret et la clandestinité éternellement. Au bout d’une année, j’ai dit à mon père et à ma mère que j’étais homosexuel. Elle s’en doutait; ils m’ont beaucoup soutenu tous les deux.

Par la suite, j’ai rencontré Benjamin, avec qui je vis depuis seize ans. Et ma vie a changé. En 2011, alors que je travaillais depuis huit ans aux ressources humaines à la BCGE, j’ai démissionné et nous sommes partis autour du monde. C’est en rentrant, au bout d’une année, que je me suis mis à écrire. J’étais amoureux et j’allais devenir auteur de polars.

Depuis, je suis pleinement moi-même. Je me sens totalement libéré. Mon premier ouvrage, «Le Dragon du Muveran» (2015), met en scène l’inspecteur Auer. Il est homo, vit en couple, mais en fait, c’est anodin. Parmi mes lecteurs, il y a aussi des gays. Comme moi autrefois, certains n’ont jamais pu en parler. Parfois, ils se confient à moi. En 2020, dans mon roman policier «Les protégés de sainte Kinga», j’ai abordé la discrimination et l’intolérance. J’aimerais tant que chacun puisse, de manière apaisée, dans le respect et la compréhension de l’autre, vivre sa vie, librement.»


Le dernier livre de Marc Voltenauer 
 

Couverture du dernier polar de Marc Voltenauer

«Frissons Suisses, Le manoir maudit», pour les 9-13 ans.

DR

«Ecrire aussi pour la jeunesse me permet d’aller échanger avec des élèves. Ils me questionnent souvent pour savoir si mes prochains livres aborderont des thématiques sociales. Dans «Le manoir maudit», je leur parle de la vieillesse. Lire et apprendre quelque chose: les enfants ont aussi cette attente-là.», explique l'auteur Marc Voltenauer.

Par Didier Dana publié le 24 mars 2021 - 08:23