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La psychologie du sommeil

Publié mercredi 5 août 2020 à 08:06
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Publié mercredi 5 août 2020 à 08:06 
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Un adulte sur trois se plaint de troubles du sommeil. Mais dormir, comme le montre le psychanalyste Darian Leader dans son dernier ouvrage, est une expérience universelle et très personnelle.
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Science et publicité ont bien compris que le marché du sommeil était extrêmement rentable. Les deux compères se sont donc engouffrés dans cette brèche mercantile en imposant des normes pour mieux vendre leurs produits. Médicaments contre l’insomnie, matelas adaptés à nos corps et envies, articles sur la meilleure manière de dormir, les huit heures absolument nécessaires pour être en forme, on nous abreuve et nous impose une vision sociétale et hygiénique du sommeil.

Pourtant, un constat s’impose: malgré tous ces conseils, on ne dort pas mieux. Cela n’étonne pas le psychanalyste britannique Darian Leader, bien au contraire. Toutes ces injonctions sont autant de pressions insidieuses: comment trouver le calme pour dormir si le sommeil devient une norme à laquelle se conformer, un critère de réussite? «Beaucoup de gens se réveillent désormais avec un sentiment d’échec. Ils commencent leur journée par une sentence intérieure qui leur reproche une tâche non accomplie et se demandent avec inquiétude comment ils vont en être affectés.»

Comment en est-on arrivé là? C’est que, depuis la révolution industrielle, le sommeil est progressivement devenu un allié de la productivité des travailleurs. Les milieux économiques et l’armée ont massivement investi dans la recherche concernant ce domaine. Aujourd’hui, donc, «même les spécialistes du sommeil les mieux intentionnés et les plus désintéressés ont pour point de repère la «performance optimale», comme si, en dernière instance, les humains n’étaient que des travailleurs qu’il faudrait faire fonctionner de la manière la plus rentable possible».

Ce changement de perspective a même eu des conséquences sur notre conception d’une «bonne nuit». L’idée selon laquelle il faudrait dormir d’une seule traite est récente: elle date d’un siècle ou deux. Les historiens et les anthropologues ont démontré que, avant cela, les gens dormaient en deux phases, avec un moment de veille entre deux... ce qui serait considéré comme inquiétant de nos jours!

«Pourquoi nous ne dormons pas?», de Darian Leader, Albin Michel

Mais les troubles du sommeil ne sont pas la cause de tous nos malheurs. Ils en sont plutôt les conséquences! Selon Darian Leader, dormir suppose de mettre à distance toutes les interpellations du quotidien. Le sommeil est le moment où l’esprit met de côté nos congénères, nos soucis quotidiens et même notre propre corps. Pas si simple, à l’heure où les smartphones nous connectent aux autres en tout temps, même en pleine nuit! En d’autres termes, pour dormir, il faudrait faire taire les voix dans nos têtes qui nous réprimandent de ce qu’on n’a pas assez bien dit ou fait – ironiquement, cela englobe aussi les exhortations à bien dormir.

Le sommeil n’est résolument pas un lieu de performance. Il faut plutôt le voir comme un reflet de nos vies imparfaites... et l’accepter comme tel: «Notre proximité avec les autres et leurs demandes font d’un sommeil parfait, et parfaitement apaisant, quelque chose qui en dernier ressort est incompatible avec la vie humaine.»


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