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Quand Josef Zisyadis est allé manger chez Yasser Arafat, en Palestine

Epicurien curieux et ancien politicien militant, Josef Zisyadis est allé manger en 1996 chez Yasser Arafat, en Palestine. Une rencontre et un cadeau inoubliables.

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Josef Zisyadis

Josef Zisyadis est allé manger en 1996 chez Yasser Arafat, en Palestine.

Julie de Tribolet
Siméon Calame
Siméon Calame

«Une anecdote? J’en ai tellement, ce sera facile d’en trouver une bonne! Il y a un événement dont je me souviens particulièrement. En fin d’année 1996, je vais à Haïfa, en Israël, pour rendre visite à ma grand-maman, très âgée à ce moment-là. Ma famille du côté maternel a toujours vécu à Istanbul, où je suis né, mais à la suite des attentats à la synagogue Neve Shalom le 6 septembre 1986, la plupart sont partis à Haïfa.

Nous passons quelques jours très heureux ensemble, et en repartant, je fais le détour par Jérusalem, car je voulais profiter de rencontrer l’Autorité palestinienne, notamment Yasser Arafat. A l’époque, j’étais membre du Conseil d’Etat vaudois et j’avais des idées à lui proposer. Je débarque donc à Jérusalem-Est et descends à l’hôtel American Colony, tenu à l’époque déjà par Jean-Jacques Gauer, un grand copain. Dans la ville, c’est un lieu de rencontre historique: Winston Churchill, Uma Thurman, Giorgio Armani, Mikhaïl Gorbatchev, notamment, y sont passés.

J’attends à l’hôtel la confirmation de l’entrevue avec Arafat. Le contact passe bien et très rapidement, il me reçoit dans son siège en Cisjordanie. En tant que politicien mais aussi comme citoyen, je tente de créer un rapprochement entre la Suisse et la Palestine. Je profite de ma position de conseiller d’Etat chargé de la police pour imaginer une connexion, un partenariat dans ce domaine. Yasser Arafat et moi mettons sur pied une sorte d’échange entre nos polices. Six mois plus tard, une quinzaine de policiers palestiniens passent trois semaines à Lausanne, pour une sorte de formation express. Les Lausannoises et les Lausannois se souviennent sûrement de ces policiers en keffieh (coiffe traditionnelle arabe en coton, qui protège du vent et du sable) qui faisaient la circulation sur la place Saint-François! Des gendarmes vaudois auraient dû faire l’expérience inverse, mais cela ne s’est finalement pas concrétisé.

Bref, la discussion avec Arafat se déroule très sereinement. Il comprend le français (ce qui m’arrange bien!), n’hésite pas à jouer d’humour, et me propose soudainement de venir manger chez lui le soir même. Je ne m’attendais pas à ça! Je me souviendrai longtemps de ce trajet en voiture jusqu’à sa résidence: je ne suis ni stressé ni mal à l’aise, mais excité à l’idée de passer ce moment en sa compagnie. Il m’accueille comme un frère, nous passons un repas fantastique, et finissons la soirée sur sa terrasse à fumer le narguilé. A mon départ, devant la voiture, il me tend un immense carton relativement lourd en me demandant de n’ouvrir ce cadeau qu’une fois à l’hôtel. Je le remercie vivement, m’en vais, et à peine arrivé dans ma chambre, j’ouvre le carton. A l’intérieur, je trouve 10 kilos de charbon! Mais ce n’est pas tout, au milieu de tout cela, le narguilé que nous avions fumé le soir même.

C’était symbolique mais aussi très représentatif du partage et de l’entente que nous avions eus ce soir-là. Son geste m’a beaucoup touché, et j’ai toujours ce narguilé chez moi. Je dois dire que cette rencontre m’a beaucoup marqué.» 


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Par Siméon Calame publié le 13 septembre 2022 - 09:04