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© Gisela Schober /Getty Image

René Benko, le milliardaire qui a acheté Globus

Publié mercredi 19 février 2020 à 09:46
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Publié mercredi 19 février 2020 à 09:46 
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Admiré, secret, René Benko, roi autrichien de l’immobilier, vient d’acheter les magasins Globus à Migros. Histoire d’un self-made-man de 42 ans qui a d’abord rénové des greniers avant d’investir tous azimuts et de se voir en nouvel Agnelli.
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Banco, Benko! Le nom de famille claque comme celui d’un acteur de série B. Il est porté par un quadra tyrolien aux méthodes directes, aux pieds vissés dans la réalité. C’est un actif et un précoce, dans tout ce qu’il accomplit. Hymne au capitalisme triomphant, son histoire raconte celle de ces milliardaires partis de rien, d’Elon Musk à François Pinault, et qui ont bâti un empire à force de flair et de culot.

René Benko est le fils de simples employés municipaux d’Innsbruck, sa mère est institutrice de maternelle. Il passe enfance et adolescence avec sa sœur dans un appartement de 60 mètres carrés. Alors que son père essaie d’améliorer son salaire, qui ne dépassera jamais 2000 euros, son fils devient champion national d’escalade en salle à 14 ans. Grimper vite, chez lui, va devenir un sacerdoce. Il n’a pas de temps à perdre à l’Innsbruck Business Academy, où il manque souvent les cours. Il rénove plutôt des greniers délabrés et les revend en appartements de luxe ou en bureaux. En plein essor économique, sa ville a alors besoin de ce type de lieux réaménagés. Benko exploite l’idée. Avec son premier argent gagné, il achète des bijoux et loue une Ferrari, épatant ses amis en la conduisant ostensiblement à travers la cité.

A l’école, il n’est même pas admis aux examens de maturité. Il s’en moque. Il a à peine 19 ans quand il obtient des options d’achat à bas prix pour un immeuble. Il s’associe avec un entrepreneur trentenaire et ils transforment l’objet en centre de santé, avec un gros risque financier. Le contrat est scellé par une poignée de main, l’affaire fonctionne. A 20 ans, Benko a son premier million de schillings en poche. Un magnat des stations-services croit en lui, devient son partenaire. A 23 ans, il fonde sa société, Signa Holding, qui gère aujourd’hui environ 16 milliards de biens immobiliers.

Le dada de Benko, ce sont les centres commerciaux. Il ne les construit pas forcément: il les rachète, les améliore. A Innsbruck, le Kaufhaus Tyrol est dressé en plein centre comme l’emblème de sa réussite. Façade quadrillée conçue par l’architecte star David Chipperfield, 55 magasins sur une surface de 33 000 mètres carrés: un must du genre. Benko s’en est emparé à 27 ans, en 2011, et son rayonnement a changé la ville de Frédéric III.

Karl Schöndorfer/ Keystone
René Benko et son compatriote, feu le pilote de F1 Niki Lauda, en 2017.

Puis c’est la déferlante, avec une martingale digne de Las Vegas. En 2011, il cherche à acquérir la chaîne Kaufhof, 140 centres commerciaux, 18 000 employés et un chiffre d’affaires de 3,6 milliards d’euros. Après un premier échec, il y parvient finalement. Dans le milieu, on dit de lui que c’est un fauve. S’il apprend qu’une propriété est à vendre, il prend sa décision en quelques jours et fait une offre. Banques et sociétés immobilières ressemblent à des dinosaures patauds à côté de lui.

En 2012 déjà, le magazine économique autrichien Trend le désigne homme de l’année. Il décrit comment, en dix ans, ce Tyrolien à l’accent prononcé a créé un des plus grands empires immobiliers du pays. Il absorbe ensuite 17 grands magasins d’un concurrent, Karstadt. Karstadt et la marque Kaufhof, également rachetée, fusionneront en 2018. Un pari colossal: on parle d’investissements d’un montant de 3,5 milliards d’euros.

Puis l’homme se diversifie en reprenant la chaîne de meubles Kika/Leiner, à l’été 2018. En automne, il entre dans les quotidiens à fort tirage Krone et Kurier. Les médias l’intéressent, il aime aussi surprendre: à Bolzano (Italie), il prévoit de construire un nouveau musée pour la momie du glacier Ötzi. Avec 5,7 milliards de francs de fortune, le magazine Forbes le classe désormais à la 365e place des plus riches de la planète. Seule tache, il est condamné en 2013 dans le cadre d’un procès pour corruption. Ami des puissants, il a dépassé les bornes.

Début 2020, en s’associant avec le thaïlandais Central Group, il met la main sur le suisse Globus, propriété de Migros. Il acquiert ses 48 magasins, qui emploient 2400 personnes. Promet une hausse de gamme, dans le style de l’enseigne historique berlinoise KaDeWe, devenue temple du luxe. Coût de l’opération estimé: plus de 1 milliard de francs.

Gisela Schober
René Benko et sa femme, Nathalie, un ex-mannequin qui a étudié à Lausanne, pendant l’Oktoberfest de Munich, en 2014.

Côté privé, il ne divulgue rien. On sait qu’il a quatre enfants et qu’il vit, en deuxième mariage, avec Nathalie, un ex-mannequin qui a étudié à l’école catholique de Mont-Olivet, dans les bas de Lausanne. Ils passent du temps dans le Courchevel autrichien, Oberlech, dont ils possèdent le plus beau chalet. Ou dans leur sublime domaine du lac de Garde, avec héliport dans le jardin.

Il ne s’exprime jamais sur lui, sinon pour lâcher qu’il aime les cigares et le bon vin rouge. Il ne donne pas de home story dans les journaux, on le voit peu en public. Sinon lors des courses de ski de Kitzbühel ou, chaque novembre, quand il organise le Törggelen, variante autrichienne de Thanksgiving avec saucisses et châtaignes, dans son hôtel Park Hyatt, à Vienne. Il y serre la main des gouvernants et chefs d’entreprise du pays. Un ex-chancelier autrichien, Alfred Gusenbauer, appartient même à son groupe.

En réalité, tout se passe comme si Benko mettait en place la première génération d’un empire industriel et familial sur le modèle de l’Italien Agnelli, actif dans les voitures, les assurances, les médias, le football. Réseautage brillant, travail acharné, culte du mystère et de la discrétion: pas de doute, sauf scandale, une dynastie est en marche.


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