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Trouver son propre style obéit à un processus qui vaut aussi pour les superstars du tennis. Du vieux jean baggy au polo parfaitement ajusté, «L'illustré» décrypte le style vestimentaire de Federer, icône d’une mode décontractée.
Bettina Bendiner
Le gala du Met, à New York, est l’équivalent des Oscars pour la mode. Roger Federer y a participé en 2017, entre le mannequin Gisele Bündchen (à g.) et la star hollywoodienne Salma Hayek (à dr.). Mirka (tout à g.) était aussi présente.
Kevin Tachman/Vogue/REX/Shutterstock/DukasDes personnes sont branchées, d’autres cherchent et trouvent leur propre style. Et il y a Roger Federer. S’il existait une recette pour fabriquer des icônes, l’aspect insaisissable tiendrait dans l’ingrédient qui distingue les grands pâtissiers des amateurs. Grâce à ses performances, Federer est parvenu à réaliser ce dont certains rêvent toute leur vie: il est devenu une icône, aussi pour ce qui touche au style.
Expertes et critiques s’extasient volontiers devant son sens intemporel d’une mode classique et élégante. Anna Wintour, rien de moins que la femme la plus puissante sur la scène de la mode, appartient même à son fan-club. La légende veut que la rédactrice en chef du magazine américain «Vogue» puisse, d’une simple moue, détruire ou faire décoller la carrière d’un styliste, un peu comme Roger Federer avec les balles de tennis. Ces deux personnalités discuteraient-elles à huis clos des 50 nuances de cravates noires? Probablement pas. Cette amitié irait au-delà de la garde-robe. Mais savoir que la critique la plus puissante du monde de la mode appartient à son cercle d’amis proches ne fait pas de mal.
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Son style vestimentaire est volontiers célébré comme l’incarnation d’un style classique et imperturbable que les étudiants en économie et en droit essaient d’acquérir quasiment comme deuxième matière secondaire, avec des polos bien ajustés, des écharpes classiques Burberry et/ou un sac à logo Louis Vuitton. Toutefois, et c’est là la véritable magie du cliché, ce constat ne rendrait pas justice au sens du style de Federer (ainsi peut-être qu’à celui de la plupart des étudiants en économie et en droit…). Le magazine australien «GQ» l’a formulé de manière plus pertinente, à l’occasion de l’élection de Federer au titre de «Most Stylish Man of the Decade», en 2020. Il a décrit le choix vestimentaire du roi du tennis simplement et sobrement comme étant «graceful cool». Or ce qualificatif de «gracieusement cool» est bien plus fort que simplement «cool».
Si l’on en croit Federer, sa précision dans la mode ne cache aucune prouesse analytique. Dans une interview parue dans le «GQ» britannique en 2018, il a déclaré: «Avant, je portais simplement des baskets, un jean et un t-shirt d’entraînement.» Mirka ne trouvait pas cela génial. Elle lui demandait alors, imperceptiblement: «Hum, es-tu sûr de ce style?», alors que son succès grandissant exigeait de lui qu’il passe de plus en plus de temps sur les tapis rouges. «Je me suis dit qu’il me fallait un costume et une cravate.» A un moment, il s’est rendu compte de la réalité: «Peut-être qu’il me faut plusieurs cravates, plusieurs costumes et plusieurs chaussures noires pour alterner.»
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Même un superchampion doit faire face à des incertitudes. «Avant, j’étais nerveux quand je devais marcher sur le tapis rouge, je me demandais à quoi je ressemblais», a-t-il déclaré en 2016 dans une interview à «Esquire». Il dit avoir essayé des choses, s’être parfois senti «bête» et parfois vraiment bien. «Cet aspect de moi s’est développé parce que je suis une personnalité publique et que je devais toujours m’habiller correctement.» C’est ainsi que, au début des années 2000, il a rangé ses extravagants habits XL au fond d’une armoire (selon lui, à l’époque où il avait environ 17 ans, il portait des vêtements trop grands à la Andre Agassi, pour avoir l’air «plus balèze») et a misé sur des silhouettes plus étroites qui lui donnent, ainsi qu’à ses collègues joueurs, une allure plus forte, plus athlétique et, justement, plus élégante. Il s’est ainsi peu à peu rapproché de son look signature, du «gracieusement cool» dont les Australiens l’ont gratifié.
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Qu’est-ce que Federer fait de juste? Analysons-le à l’aide de trois points. Cela nous permettra-t-il de devenir aussi gracieux que lui? Peut-être, en tout cas à petite échelle, car rares sont les personnes qui remportent 20 titres du Grand Chelem et 103 titres ATP. Il s’agit par définition de quelqu’un qui incarne certaines valeurs ou qui transmet un certain savoir-vivre. Chez Federer sont mises en avant l’endurance, largement saluée, la fiabilité et une manière de garder les pieds sur terre, couplées à de l’élégance et à une certaine légèreté. S’offrir une parcelle de tout cela en enfilant un polo de Roger Federer, c’est au minimum suisse. Et, au maximum, un signal de départ dans la quête de son propre style.
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