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Sarah Atcho: «Ma quarantaine a été une épreuve»

La sprinteuse lausannoise Sarah Atcho a vécu une année 2020 marquée par une blessure, une saison sans meetings, le covid et un départ en Belgique. Retour en toute franchise sur une année chahutée.

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sarah Atcho lors de son séjour à Saint-Gall. Paolo Dutto

- Votre état d’esprit du moment?
- Sarah Atcho: Dans la mentalité, super déterminée. J’ai intégré un nouveau groupe d’athlètes. Le fait de devoir faire ma place et montrer ce dont je suis capable aux autres, ça motive. Il faut jouer des coudes, mais c’est ce dont j’avais besoin.

- Comment s’est passée l’adaptation depuis votre arrivée en Belgique en octobre?
- Assez vite, en fait. Les Belges sont super abordables. J’ai un peu l’impression de mourir à l’entraînement, mais on en est tous au même point, ça crée des liens. J’apprends à être plus indépendante, loin de la Suisse et de mes proches. Là, je reviens d’un séjour de quinze jours aux Canaries.

- En termes d’intensité, le groupe du coach Jacques Borlée, c’est du costaud?
- Ça fait mal aux pattes, oui, mais c’est ce qu’il faut.

- Le choix de quitter Saint-Gall et l’entraîneur suisse Christian Gutgsell a-t-il été aisé?
- Honnêtement, oui.

- Vous ne vous êtes jamais complètement acclimatée là-bas?
- Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer, mais il y a toujours eu une partie de moi qui n’était pas à 100% dedans. Quand on arrive dans un groupe en doutant, qu’on se pose plein de questions, c’est mal parti. J’ai essayé. Je me suis un peu forcée. Aujourd’hui, quand j’y repense, je me dis que j’aurais dû partir plus tôt. En toute sincérité, je pense que le plus gros regret de ma vie d’athlète, c’est de ne pas avoir suivi Laurent Meuwly aux Pays-Bas. Durant toute mon année à Saint-Gall, j’ai éprouvé cette frustration, et même de la tristesse.

- Les athlètes suisses de haut niveau ne sont-ils pas condamnés à s’expatrier pour progresser?
- C’est un peu triste à dire, mais les faits parlent d’eux-mêmes: les meilleurs athlètes suisses du moment ne s’entraînent plus en Suisse. C’est la réalité. Je ne pense pas qu’on puisse incriminer les coachs suisses. Il y en a de très bons, mais, à l’évidence, il manque quelque chose en Suisse. Saint-Gall n’a pas été une réussite pour moi sur le plan athlétique. Là-bas, j’ai réalisé que, pour progresser, je devais aller voir ailleurs.

Par moments, je me suis sentie perdue

- Quel adjectif utiliseriez-vous pour qualifier l’année 2020 qui s’achève?
- J’hésite entre deux termes complètement contradictoires: enrichissante et chaotique. Sans aucune prise sur quoi que ce soit, je me suis retrouvée totalement dépendante de la situation induite par la pandémie. Par moments, je me suis sentie perdue. En même temps, cela m’a permis d’être ultra-proche de ma famille, de rester en Suisse, de redécouvrir des plaisirs simples comme faire la cuisine. (Elle rit.) Malgré tout, je suis contente que cette année se termine enfin!

- S’agissant de votre blessure, où en êtes-vous aujourd’hui?
- Je me suis fait opérer en janvier. On m’a enlevé une partie du ménisque. Ensuite, j’ai eu pas mal de complications avec la formation d’un kyste dans l’articulation, qui m’empêchait de plier le genou. Il a fallu m’opérer de nouveau en mai. J’ai vécu des hauts et des bas. Aujourd’hui, le genou tient. Je peux enchaîner des séances d’entraînement hyper-intensives, mais je n’ai pas encore retrouvé ma vitesse de compétition.

- Avez-vous eu peur de ne plus pouvoir reprendre l’entraînement?
- Honnêtement, au début, vu la réaction des médecins, j’ai pensé que ce serait simple, mais avec les complications, à un moment donné, je me suis dit: «Stop, là, ton corps n’en peut plus, ça suffit!» J’ai eu l’impression que mon corps m’envoyait des signaux, que c’en était fini de courir. Avec de la patience, c’est revenu, mais j’ai vraiment vécu six mois très compliqués.

- En définitive, c’est une chance pour vous que les Jeux olympiques aient été reportés d’un an, non?
- En tout cas, je me lève tous les matins en pensant à Tokyo 2021!

- Pour l’athlète que vous êtes, 2020 restera comme une année de perdue?
- Oui, je ne vais pas mentir, c’est clairement ça.

- Sur un plan plus personnel, votre copain, qui vous avait rejointe à Saint-Gall, a-t-il pu vous suivre à Louvain?
- (Elle rit.) Non, mais la pandémie nous a offert la chance de pouvoir vivre ensemble près d’un an en Suisse. C’était une belle période. On a visité notre pays, on s’est même offert une escapade en Italie cet été. On s’est fait plaisir. Après ma blessure, me retrouver proche de ma famille et de mon copain m’a vraiment aidée. L’arrivée, seule, en Belgique en octobre a été moins facile.

>> Voir la balade de Sarah Atcho en Lavaux:

Randonnée

Sarah Atcho, le Lavaux à grandes enjambées

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[AVEC LE SOUTIEN DE GROUPE MUTUEL] L'athlète vaudoise Sarah Atcho, sprinteuse dans l'équipe nationale, nous emmène en balade sur les terrasses du Lavaux. Randonnée, alimentation, enfance: elle se confie. Sébastien Moret

- Quel a été pour vous le pire moment de 2020?
- Il y a d’abord eu la blessure. Ensuite, fin septembre, j’ai attrapé le covid, alors que je faisais vraiment des efforts pour limiter mes contacts. J’ai dû rester coincée à la maison alors que j’étais en pleine phase de progrès. Un coup dur. Ces dix jours à la maison, franchement, c’était insupportable, surtout pour quelqu’un comme moi, toujours dehors. J’ai failli sauter du balcon! Ma quarantaine a été une épreuve, isolée dans ma chambre, sans mon copain. Je ne souhaite cela à personne.

- Vous êtes-vous fait peur?
- Pas pour moi, mais j’ai eu peur pour toute ma famille. On a tous attrapé le covid en même temps. Tous les matins, j’appelais pour savoir comment mes proches allaient. J’ai vraiment eu très peur pour mes parents. C’était dur. Par bonheur, tout le monde s’en est sorti à merveille.

- Pensez-vous vous faire vacciner contre le covid?
- Je sais que ce n’est pas génial de le dire, mais pour être franche, je suis un peu perplexe. Je constate que pour ce vaccin, ça a été le grand rush, et je crains que l’appât du gain ne l’ait emporté sur d’autres considérations. Je ne courrai donc pas me faire vacciner.

Plus je me fais tester contre le dopage et plus je suis fière

- D’aucuns craignaient qu’avec le covid les contrôles antidopage ne se relâchent. Cela vous a-t-il aussi inquiétée?
- Moi, on peut venir me tester tous les jours, aucun souci. Ce n’est pas toujours agréable, parce qu’ils débarquent entre 6 et 7 heures du matin et go! Mais moi, je le ressens comme quelque chose de gratifiant. Plus je me fais tester et plus je suis fière, parce que je suis clean! Pour moi, les athlètes qui esquivent entretiennent la suspicion. De ce point de vue, j’avoue ne pas comprendre pourquoi le champion du monde du 100 m, Christian Coleman, a pris 2 ans de suspension et l’athlète du 400 m Salwa Eid Naser rien du tout…

- L’année 2020 aura aussi été marquée par le mouvement Black Lives Matter avec, dans le sport, des répercussions planétaires. Il était temps, non?
- J’avoue que je me sens un peu lessivée par rapport à tout cela. J’ai l’impression de me lever chaque matin avec le sentiment qu’un nouveau drame frappe la communauté noire, qui meurt à petit feu, partout dans le monde, sans que rien se passe. Au Nigeria, au Congo, en Côte d’Ivoire, la situation est désespérante. C’est tellement horrible que j’ai l’impression que ça en devient normal. Personne n’en parle.

- Les slogans antiracistes et les gestes symboliques dans les stades, vous y croyez?
- Moi, j’attends plus de choses concrètes. Le sport est pratiqué par tous, pour tous. Les fédérations devraient agir avec plus de force pour lutter contre le fléau du racisme, mais il y a tellement d’argent en jeu que ça fausse tout. C’est triste.


Par Blaise Calame publié 24.12.2020
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