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© PETER KLAUNZER

Sept questions pour comprendre les tests sérologiques

Publié jeudi 23 avril 2020 à 09:20
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Publié jeudi 23 avril 2020 à 09:20 
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Ils créent un engouement inattendu, mais que valent les tests sérologiques permettant de savoir si l’on a été malade du Covid-19 sans le savoir? Les réponses de Didier Trono, professeur de virologie et génétique à l’EPFL, et de Pascal Cherpillod, responsable du Centre national de référence pour les infections virales émergentes (Crive) aux HUG.
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1. Entre les tests sérologiques et les tests de diagnostic, dits «PCR», quelle différence?
Les tests PCR permettent, grâce au prélèvement effectué à l’aide d’un écouvillon introduit dans la narine, de savoir si un individu est infecté par le SARS-CoV-2. Aujourd’hui, en Suisse, près de 210 000 tests ont été effectués dans la population et au moins 15% d’entre eux se sont révélés positifs.

SALVATORE DI NOLFI / Keystone
Le biologiste Pascal Cherpillod.

Les tests sérologiques interviennent, eux, dans un deuxième temps et consistent à mesurer le taux d’anticorps présents dans le sang d’un patient. Mais il faut attendre plusieurs semaines après les premiers symptômes pour que ces anticorps se développent. «Le temps de réponse varie d’une personne à l’autre, explique Pascal Cherpillod, mais il faudrait au moins compter trois semaines à partir des premiers symptômes pour que ces anticorps apparaissent et que la sérologie soit sûre.» Les tests sérologiques ne sont donc pas un moyen de «tracer» l’infection en temps réel.

2. Alors à quoi servent les tests sérologiques?

DR
Le Pr. Didier Trono.

«Nous constatons un engouement un peu démesuré concernant les tests sérologiques, rapporte Didier Trono. Ils sont importants surtout pour une chose: ils permettent d’avoir une appréciation, même grossière, du pourcentage de la population qui a déjà été infectée par le virus, même sans s’en rendre compte, ce qui permettra d’ajuster la stratégie de déconfinement. Mais le pourcentage de la population infectée est vraisemblablement très faible.»

3. Ces tests sérologiques qui affluent sur le marché sont-ils tous aussi fiables les uns que les autres?
«Les tests faits à la va-vite, du style autotests, comme il s’en développe de plus en plus, posent un problème de fiabilité. En effet: plus la fréquence de vrais positifs dans la population est faible, plus le risque de faux positifs est élevé. Ce genre de tests risque de donner un faux sentiment de confiance à des personnes qui, en réalité, n’ont finalement pas été infectées par le virus», détaille Didier Trono.

Au Centre national de référence pour les infections virales émergentes (Crive), à Genève, les équipes de Pascal Cherpillod, qui ont déjà commencé l’étude de la sérologie de la population hospitalière, utilisent la méthode dite «Elisa». «Pour faire une étude digne de ce nom et donner des chiffres précis, ce n’est pas avec des tests rapides que nous allons le faire. La technique Elisa est automatisable et permet de vraiment avoir des résultats beaucoup plus fiables qu’avec des tests rapides, dont il faut se méfier. C’est à partir d’une prise de sang dont on extrait le sérum que l’on teste pour voir s’il y a des anticorps et quel est leur taux dans le sang. Beaucoup de tests sortent sur le marché, il a fallu faire un choix, c’est ce qui est le plus difficile. Le choix correspond à la taille du laboratoire, à ce que l’on veut montrer avec ces anticorps, faire partie d’études ou pas. Il y a toutes ces questions qui entrent en ligne de compte et qui permettent déjà de sélectionner un certain nombre de tests.»

4. Ces tests sérologiques actuellement sur le marché sont-ils tous approuvés pour un usage commercial et à quel prix?
Pour l’instant, les équipes du Crive travaillent à la validation de deux tests: un test de détection et un test de confirmation. «Ce dernier est utile pour les résultats douteux car, évidemment, ce n’est jamais noir ou blanc. Il y a beaucoup de noir, beaucoup de blanc, mais il y a aussi une zone grise entre deux. Et pour cela nous avons un deuxième test, qui n’est pas vraiment automatisable pour l’instant mais qui permettrait de répondre à la question de savoir si les résultats compris dans cette zone grise sont positifs ou négatifs. Nous n’avons pas le temps, ni le personnel, pour mettre à l’épreuve tous les tests qui existent sur le marché et plus la place dans le laboratoire.» Quant au prix, celui des tests rapides reste coûteux en Suisse, «mais les tests Elisa ont des prix tout à fait raisonnables et comparables aux tests de sérologie que nous avons l’habitude d’utiliser tous les jours dans d’autres situations».

5. Si les tests sérologiques indiquent que je possède des anticorps, suis-je immunisé contre le Covid-19?
C’est la grande question à laquelle tentent de répondre de nombreux scientifiques. Les anticorps protègent-ils de la réinfection? Et, si oui, pendant combien de temps? «Ce que l’on observe avec beaucoup de virus respiratoires, c’est que les anticorps produits contre le virus disparaissent au bout de deux ou trois ans. Mais ces questions sont encore ouvertes, car il est trop tôt pour avoir des réponses», explique Pascal Cherpillod.

Par contre, les tests sérologiques représentent ici un autre avantage: ils permettent de faire des études longitudinales (une observation récurrente d’un échantillon d’individus dans le temps). «Et de pouvoir faire revenir les gens pour les tester à chaque fois qu’ils ont des symptômes. Si l’on s’aperçoit que ceux qui ont développé des anticorps n’ont plus jamais été infectés par le SARS-CoV-2, cela nous permettra d’affirmer qu’être séropositif protège de la réinfection», détaille Didier Trono.

6. Allons-nous tester toute la population suisse?
Pour l’instant, nous en sommes loin. Des études ont débuté à Genève avec les tests sérologiques de la population hospitalière et d’une partie représentative de la population. Les résultats seront disponibles dans quelques semaines. Mais l’intérêt lui-même de tester massivement la population est aussi contesté.

«Nous n’allons pas soigner l’épidémie avec des tests sérologiques, bien sûr, explique Didier Trono. Premièrement, peu découvriront qu’ils sont séropositifs et, deuxièmement, nous ne sommes toujours pas certains que les séropositifs soient protégés. Ce sont deux très bonnes raisons de ne pas se lancer dans de grandes campagnes sérologiques, d’autant que ces campagnes tous azimuts risquent d’épuiser des stocks dont nous avons besoin pour des actions très ponctuelles, comme ce qui se fait aujourd’hui à Genève, et qui seraient très riches d’information.»

7. Quel est le pourcentage de la population qui doit posséder des anticorps pour que la vie reprenne son cours normal?
«Le pourcentage de personnes séropositives risque d’augmenter très lentement, car le semi-confinement imposé le mois dernier par le Conseil fédéral a ralenti considérablement la transmission du virus. A l’heure actuelle, nous pensons que le pourcentage de personnes séropositives ne dépasse pas les 5% ou, au maximum, 10% de la population, alors qu’il faudrait sans doute atteindre les 70% ou 80% de la population pour créer une barrière contre le virus, conclut Pascal Cherpillod. Nous sommes encore loin du compte.»


 

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