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© darrin vanselow

«Seuls les e-commerces éthiques ont de l’avenir»

Publié vendredi 30 octobre 2020 à 09:00
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Publié vendredi 30 octobre 2020 à 09:00 
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Joann Dobler façonne la stratégie digitale de QoQa, une PME à la pointe de l’e-commerce. Le responsable web s’engage pour une gestion éthique des données numériques. Il en parlera lors des Swiss Digital Days 2020.
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- Vous avez été ultra-réactifs au début de la pandémie de coronavirus en développant welQome, une plateforme pour aider les PME locales à se digitaliser. Expliquez-nous le concept.
- Joann Dobler: La pandémie a accéléré la nécessité pour les sociétés de migrer rapidement en ligne, mais la plupart d’entre elles n’avaient pas les compétences suffisantes pour cela. Dans ce cas de figure, elles ont plutôt le réflexe de se tourner vers un marketplace comme Amazon pour vendre leurs produits. Mais quand tu collabores avec ces géants du web, tu acceptes de leur offrir toute ta data! Il fallait impérativement que les marques conservent leurs données, au risque de perdre la connaissance de leur clientèle.

- En quoi votre «cybermarché» était-il différent de ceux que vous dénoncez?
- Nous avons proposé de devenir plutôt un intermédiaire marketing ou, si vous préférez, un marketplace éthique. Les sociétés qui rejoignaient welQome ont gardé le contrôle total sur leur data. Nous n’y avons jamais eu accès.

- Mais depuis sa création, en 2005, QoQa collecte les données de sa communauté en ligne. Comment les utilisez-vous?
- Nous ne faisons pas de publicité ciblée, comme sur d’autres sites d’e-commerce. Nous glanons des informations dans le but de personnaliser l’expérience «qoqasienne» de chacun. Notre objectif? Proposer une sorte de MyQoQa mais sans qu’on te la fasse à l’envers. C’est-à-dire que les internautes ont ainsi accès à un écosystème en adéquation avec leurs envies et leurs besoins, mais sans pollution par du marketing intrusif.

- Qu’entendez-vous par marketing intrusif?
- On ne va pas de manière insidieuse promouvoir les casseroles de Qooking si tu es un utilisateur de la section Qsport. Pour éviter de tomber dans certains travers, on a une équipe éthique qui surveille toutes nos activités. Je suis persuadé que seuls les e-­commerces de ce genre ont de l’avenir. On doit montrer le bon exemple et on a encore pas mal des choses à apprendre.

- Et cette data, est-elle suffisamment protégée contre le hacking?
- Le fondateur de QoQa, Pascal Meyer, a toujours mis un point d’honneur à protéger la data de nos utilisateurs. On fait appel à une entreprise spécialisée dans la cybersécurité pour que rien ne sorte de chez nous, y compris auprès de nos fournisseurs. Toutes les informations demandées lors d’une inscription sont protégées. Après, personne n’est à l’abri de se faire hacker par un génie du darknet. C’est arrivé récemment chez Facebook. Il ne faut pas se voiler la face: les données, c’est le pétrole du XXIe siècle!

- Internet serait-il bien le terrain de tous les dangers?
- On sait que le web est traversé par des ambiguïtés. C’est un lieu colossal de partage de connaissances, mais il s’y cristallise aussi des dérives sociales, parmi lesquelles les attaques de trolls, d’internautes semant volontairement la zizanie. A titre personnel, j’ai été touché par une série de commentaires négatifs sur Facebook. Et je reste choqué par l’inertie des hébergeurs quand tu demandes d’effacer le contenu diffamatoire.

- On constate aujourd’hui une prise de conscience de l’impact négatif des réseaux sociaux. Sachant qu’ils ont été des outils performants de votre success-story, que pensez-vous d’eux avec le recul?
- Comme de nombreuses entreprises, on a utilisé les révolutions numériques comme Facebook ou Instagram pour toucher notre communauté. Mais aujourd’hui, on aimerait s’en distancier et pousser les gens à échanger davantage sur nos plateformes sécurisées et respectueuses de leur vie privée. Mon rêve, ce serait qu’on puisse fermer un jour nos comptes sur ces réseaux sociaux après avoir fait basculer tous les gens sur nos canaux directs.

- La confiance de la population est difficile à gagner dans l’utilisation d’applications recommandées par l’Etat, comme SocialPass ou SwissCovid. Vous en dites quoi?
- La discussion est en effet brûlante. Cela démontre qu’il y a un manque de transparence. Sur SocialPass, par exemple, tu ne reçois aucune attestation à propos de la protection des données quand tu la télécharges. Sont-elles supprimées après un laps de temps? Si toutes ces informations tombaient dans de mauvaises mains, cela poserait un problème.

- La Suisse est en retard en matière de législation pour la protection des données numériques. Cela vous inquiète?
- C’est vrai que nous ne sommes pas encore au même niveau que nos voisins européens. Le mieux, pour évoluer dans cette zone grise en tant qu’entreprise, c’est d’être le plus éthique possible dans sa gestion. De cette manière, tu seras à l’aise quand la législation sera enfin mise à jour. Cela ne sert à rien de jouer aux cow-boys et d’utiliser les données de tes clients à des fins malhonnêtes, tu te tires une balle dans le pied.

- Un dernier mot sur les projets web à venir chez QoQa?
- Chut! Je ne vous ai rien dit, mais on va bientôt lancer un concept autour du second hand: QoQaz, une plateforme où les gens pourront s’écrire pour revendre leurs anciennes acquisitions.


3 idées aux Digital Days

>> Swiss Digital Days 2020, du 1er au 3 novembre
Beau programme pour ce week-end national dédié aux évolutions numériques. Voici une sélection de rendez-vous romands. A noter que, au vu de l’évolution des mesures sanitaires, les événements physiques peuvent être modifiés. Il est donc conseillé de consulter régulièrement le site internet des Swiss Digital Days: www.digitaldays.swiss

1. Mes données personnelles sont-elles en sécurité?
Table ronde autour de la question de la protection de la data en ligne, avec notamment Joann Dobler, responsable digital de QoQa, parmi les invités.

>> Infos pratiques: salle des fêtes du Casino de Montbenon à Lausanne, le 3 novembre, de 20h à 21h30.

2. Tournoi d’e-sport
Dans cette compétition d’e-sport, c’est l’aventure Hearthstone, un jeu de cartes, qui sera à l’honneur pour tous les amateurs. Possibilité de participer au tournoi sur place ou en ligne.

>> Infos pratiques: Espace Facchinetti, stade de la Maladière à Neuchâtel et online, le 1er novembre, de 8h45 à 21h.

3. Apprentis programmateurs
Un atelier interactif destiné aux 8-12 ans pour apprendre les bases de la programmation informatique de façon ludique. Ils créeront un jeu, codant leur propre avatar.

>> Infos pratiques: Powerhouse Romandie à Lausanne, le 1er novembre, de 10h à 12h.


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