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© Gustav Klimt / Shutterstock

Pour que le sexe soit un chef-d’œuvre

Publié jeudi 20 février 2020 à 17:30
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Publié jeudi 20 février 2020 à 17:30 
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A l’heure où le mouvement #MeToo expose au grand jour les dérives d’une société par trop machiste, Maïa Mazaurette nous invite à échapper à une vision étriquée du sexe.
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Un sujet sur la sexualité féminine confié à un représentant masculin de la rédaction! Et pourquoi pas? Ne serait-ce que pour encourager les hommes à le lire, une bonne partie d’entre eux connaissant mieux le fonctionnement de leur voiture que celui, intime, de leur compagne.

Non, le sexe de la femme n’est pas un trou. C’est par ce constat tout simple que Maïa Mazaurette, autrice, peintre, blogueuse française et chroniqueuse chez nos confrères du Temps, entame, d’une plume acérée et joyeuse, son double opuscule, «Sortir du trou, lever la tête». La preuve, le fameux tableau de Gustave Courbet, L’origine du monde, qu’elle décrit en ces termes: «Il y a un ventre ne répondant pas aux normes de sécurité, des cuisses replètes, un sein, le dessous charnu des fesses, des poils à en faire défaillir votre esthéticienne de quartier… Ironiquement, à l’endroit où la fente des grandes lèvres s’entrouvre, on peut voir de la peau. Ce n’est pas un trou. Il y a de la chair sous la chair.» Et d’ajouter qu’on est là bien loin des minous déplumés et formatés de l’industrie pornographique…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Maïa Mazaurette n’y va pas avec le dos de la cuillère. Tout le monde en prend pour son grade. Le macho type «qui pense avec son sexe», se vante «d’être incapable de se contrôler» et trouve normal «de déshabiller du regard toutes les femmes dans le métro», en utilisant ad nauseam l’expression «je vais me la faire». Les femmes «constamment sexualisées sans avoir de sexe à elles» ne sont pas épargnées non plus, qui cèdent au rite du maquillage étiqueté comme «pure gesticulation» et qui continuent à «avoir chroniquement des rapports sexuels avec des hommes infichus de faire marcher une machine à laver».

Le check-up qu’elle réalise sur notre sexualité est d’autant plus terrifiant qu’il sonne vrai: «Le nombre de rapports sexuels décroît. L’âge de la première expérience recule. Nous consommons plus de pixels que de partenaires.» Même le mythique mouvement de libération sexuelle des années 1960 ne trouve pas grâce à ses yeux: «Le mouvement de Mai 68 s’est contenté, avec la pilule, l’avortement et la pornographie, de rendre plus de trous libres d’accès.»

«Lever la tête», le second tome du bouquin que l’on découvre en le retournant, offre heureusement quelques raisons d’espérer en nous invitant à inventer un nouveau répertoire érotique pour éviter que les femmes (selon diverses études) se désintéressent de la chose après une année de couple. Une «autre érotique» pour Maïa Mazaurette, ce serait une sexualité «sans routines ni électrochocs» où l’on explore un partenaire unique au lieu de varier les partenaires, où les hommes sortent de «leur zone de confort consistant à mettre leur pénis dans des orifices», où l’amour entre les partenaires éloigne le spectre de l’ennui en permettant de s’apprendre mutuellement et d’«offrir son corps plus complètement à une personne qui en sera digne». Elle prône un amour éthique qui «consiste à ne pas vouloir prendre plus que ce que l’autre veut nous donner».

>> Le livre: «Sortir du trou, lever la tête», de Maïa Mazaurette aux Editions Anne Carrière


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