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© Christophe Chammartin

Dans les pas du sourcier passeur d'âme

Publié mercredi 26 février 2020 à 17:28
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Publié mercredi 26 février 2020 à 17:28 
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Douze ans que Damien Evéquoz promène ses baguettes dans toute la Suisse romande pour trouver de l’eau mais aussi pacifier des lieux sur un plan géobiologique ou spirituel. On l’a accompagné.
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C’est dans la pièce du haut que Damien a soudain ressenti quelque chose. Comme un grand froid, un vide, une lourdeur, a-t-il dit après avoir traversé en tous sens l’espace avec ses baguettes de cuivre pointées vers l’horizon: «Là, j’ai la tête qui tourne et mal à la nuque, je serais comme une crêpe si je dormais ici.» Un lieu d’ailleurs à se crêper le chignon, a-t-il ajouté à l’attention d’Eirini, qui habite cet appartement de la campagne vaudoise et n’est pas surprise du tout. Cette chambre, elle l’avait désertée depuis un moment. «Je me tournais sans arrêt la nuit dans mon lit de façon bizarre.» Elle connaissait la réputation de passeur d’âme et de sourcier de Damien Evéquoz et a donc fait appel à lui pour s’assurer que l’énergie circule bien dans sa maison.

Si le Valaisan établi à Aubonne (VD), fondateur de l’Ecole suisse de géobiologie et sourcellerie, est largement connu pour sa première activité de sourcier – on remplirait le lac Léman avec tous les hectolitres d’eau que ses baguettes ont fait surgir – c’est le passeur d’âme aujourd’hui qui est requis.

Une activité plus confidentielle, certes, qui suscite peut-être moins d’adéquation, mais qu’il pratique avec le même ressenti intérieur, à l’intersection du monde visible et du monde invisible. «Je ne suis pas médium. Je ne fais aucun exorcisme, d’ailleurs je ne crois pas à la possession. Mais nettoyer un lieu des mémoires ou des empreintes laissées par les personnes qui se sont succédé, c’est une activité commune encore à beaucoup de religions. Il reste aussi parfois de petites bribes d’âmes, de petits bouts de lumière de l’esprit d’une personne décédée, qui peuvent rester sur les lieux qu’elles ont aimés. Quand elles sont là, on se sent plus lourd physiquement et psychiquement, tu réfléchis moins bien, ça te pèse sur les épaules.»

Christophe Chammartin
A la cabane de Mille, Damien Evéquoz a repéré une source souterraine. Aidé du gardien, il plante un piquet de reconnaissance.

Sa mission consiste alors à purifier «mais en douceur» assure cet homme empli de spiritualité. «Guider une âme dans la lumière est un acte d’amour. Aussi touchant qu’accompagner une personne jusqu’à une frontière politique où là, de l’autre côté, elle sera libre.»

Dernièrement, une régie immobilière genevoise lui a demandé d’expertiser un terrain situé dans une zone chic mais ne trouvant pas acquéreur. Pas d’esprits squatteurs pourtant au terme de son diagnostic. «Le problème se situait plutôt dans l’état d’esprit qui régnait au sein de cette entreprise.»

Il sourit, il a des yeux de renard, Damien Evéquoz, une voix douce, une attention affûtée comme une lame de couteau japonais. Chez Eirini, justement, ce n’est pas non plus un problème d’entités qui transparaît, mais une explication plus mécanique. «Je sens un vortex, c’est comme un tourbillon, mais au lieu que ce soit de l’air à l’intérieur, c’est de la lumière.» On peut le déplacer. Damien s’y attelle en utilisant encore une fois ses baguettes. Voilà le vortex relégué dans le jardin. «Il faudra surveiller si cela tient, dit le passeur sourcier. Avec lui, c’est toujours «satisfait ou remboursé».

Christophe Chammartin
Dans l’ancienne chambre d’Eirini, qui vit avec sa fille aux Thioleyres (VD), Damien a repéré un vortex lumineux. Un tourbillon d’énergie qui peut être très perturbant.

«D’autant plus que dans le domaine de la sourcellerie, ce sont des dizaines de milliers de francs qui sont en jeu pour le client qui va commander un forage sur la base des points que je lui aurais indiqués. C’est une grande responsabilité.»

Damien, 45 ans, travaille depuis plus d’une dizaine d’années pour des paysans, mais aussi des entreprises ou des communes, et il ne se trompe que peu et seulement de quelques centimètres.

Aujourd’hui, il enseigne son art du ressenti sur un cursus de deux ans à des dizaines de personnes chaque année au sein de son école. Il y a des médecins, des ingénieurs parmi ses élèves. Même si la science ne pourra jamais valider cette pratique archaïque où le résultat dépend à 100% de celui qui tient les baguettes. Même si des sceptiques font valoir qu’il est impossible qu’un homme maniant un bâton de bois ressente des vibrations au moment où il passe sur un champ magnétique puisque le bois n’est pas conducteur, d’autres postulent que toute matière vivante, et le bois en est une, est sensible aux champs magnétiques générés par l’eau.

Christophe Chammartin
Damien Evéquoz a troqué la casquette de sourcier contre celle de passeur d’âme. Dans sa trousse, un peu de myrrhe, pour augmenter le taux vibratoire d’un lieu.

Damien, lui, a choisi son camp à l’âge de 7 ans en regardant un documentaire sur des sourciers australiens. «En voyant jaillir de l’eau à 5 mètres de hauteur, j’ai su que je ferais ça plus tard.» Il lui faudra encore faire quelques rencontres avant de se lancer complètement, un physicien des fluides, un alchimiste, puis Roger Gaillard, un sourcier valaisan qui, à l’orée de sa retraite en 2006, va lui transmettre toutes les ficelles du métier. Un art plutôt qu’un métier, à ses yeux, qui touche à bien des horizons écologiques et spirituels. «Il ne s’agit pas seulement de détecter des molécules d’eau dans les sous-sols, mais de se connecter à notre source à nous, notre âme, notre esprit.»

On le retrouve perché à 2473 mètres d’altitude. Nous sommes à la cabane de Mille, au-dessus de Liddes (VS). Pierre-Elie, le gardien, a fait appel une nouvelle fois à ses services, car les sources déjà captées par ses soins semblent se tarir. Son client ne doute pas un instant des capacités de son sourcier. «Quand les foreuses sont montées, l’eau a jailli exactement où Damien avait planté ses piquets!»

Le sourcier est accompagné par deux de ses élèves. L’un d’eux, Frédéric, est fontainier de formation et travaille dans une entreprise valaisanne qui détecte les fuites d’eau. On s’étonne de sa présence. «La formation de sourcier est complémentaire à mon travail. Les machines et les ordinateurs ne détectent pas le plastique dans lequel l’eau circule, dans ces cas-là, je prends mes baguettes!»

Christophe Chammartin
Il travaille avec des baguettes de cuivre ou de coudrier et détermine la profondeur et le débit de l’eau au pendule.

Damien s’est mis à cheminer en parallèle à la pente, ses baguettes de coudrier en forme de Y à l’horizontale. Elles s’écartent soudain comme des ailes d’oiseau. Le signe qu’une veine d’eau est là-dessous. «On ressent avec le corps comme une lourdeur, cela essouffle aussi. Il est important d’avoir une image d’eau à l’esprit. J’essaie d’écouter l’eau, de la voir, la toucher; la plante des pieds travaille aussi, comme une membrane.»

Rien de magique pourtant, affirme-t-il, même si une seule petite lettre sépare le sourcier du sorcier. «C’est accessible à toute personne qui ose laisser parler son intuition, son ressenti.» A la différence du géobiologue, qui ne détecte que la veine d’eau, le sourcier doit être capable de déterminer si c’est une source ou pas, sa profondeur, son débit et sa potabilité.

Damien a planté des piquets de bois aux points de détection. C’est au pendule le plus souvent qu’il détermine la profondeur et le débit. Il sent justement en ce moment un débit de moins de 10 litres par minute. «On est dans une roche poreuse, on va descendre 10 mètres par 10 mètres et chercher le point le plus intéressant.»

Avec ses élèves, ils détermineront un point de captage variant selon leur ressenti entre 60 et 70 mètres avec un débit de 35 litres/minute. Les piquets sont plantés. Damien savoure cet instant de solitude du sourcier, mais aussi «de grâce et de joie», qui accompagne la découverte d’une source d’eau. On apprendra encore que, selon le calendrier lunaire, il y a des jours plus favorables que d’autres pour chercher ou creuser un puits.

«On peut tout demander à ses baguettes», renchérit Frédéric. Comme dans «Harry Potter», à chaque sourcier la sienne, lui est allé la chercher dans la forêt de Troistorrents (VS). «Le coudrier a l’avantage sur le noisetier d’être plus fin, plus flexible, il ne faut pas qu’il y ait trop de tension dans le bois.»

Damien Evéquoz a rangé ses baguettes pour la journée. La suite se passe souvent autour d’un bon verre. Quoi de mieux que le vin pour fêter une nouvelle source d’eau!


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