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© Sedrik Nemeth

Stéphane Henchoz: «Les joueurs suisses sont beaucoup trop gâtés»

Publié mercredi 13 novembre 2019 à 04:33
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Publié mercredi 13 novembre 2019 à 04:33 
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Ce n’est pas son salaire, bien inférieur à celui de la plupart de ses ex-joueurs, ni l’omnipotence de Christian Constantin qui ont incité Stéphane Henchoz à quitter la barre du FC Sion. Au contraire, pour le Fribourgeois, ses ex-protégés ne méritent ni le président ni les fans qu’ils ont.
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«Quand j’ai pris des billets pour Liverpool - Manchester City, je ne pensais pas y aller puisque, à la même heure, j’étais censé être à Zurich. Mais maintenant, j’hésite.» Un café à la main, l’ex-défenseur des Reds a le ton badin malgré la grisaille ambiante.

Au bar de la cantine du FC Saxon, village où il résidera au moins jusqu’à Noël avec Catherine, son épouse, et Sonny, leur fils de 15 ans, il livre ses quatre vérités sur sa courte expérience à la tête du FC Sion. Avec sa franchise et son honnêteté habituelles.

- C’est pour éviter d’être licencié que vous avez donné votre sac?
- Stéphane Henchoz: Non. Rien n’était prémédité. Le président m’aurait peut-être viré quelques jours plus tard, mais peut-être pas. Je ne me reconnaissais plus dans cette équipe, je passais d’une déception et d’une frustration à l’autre. J’ai préféré dire stop!

- Pas facile de travailler avec «CC» malgré tout…
- Pas du tout. Contrairement à ce qu’on entend ou ce qu’on prétend, il ne m’a jamais imposé quoi que ce soit. La relation était même d’autant plus saine que c’est un passionné et un fin connaisseur du foot. En réalité, une partie des joueurs ne méritent pas d’avoir un tel président.

- C’est-à-dire?
- En refusant de se sacrifier pour l’équipe, en ne donnant pas leur maximum, les joueurs auxquels je pense trichent et trahissent celui qui les nourrit. Mais pas que. Ils trahissent aussi les fans, les sponsors et tous les gens qui travaillent pour le club. Rendez-vous compte, M. Constantin leur a parlé à quatre reprises avant le match de Saint-Gall. Pour les motiver. Comme si, quand on a la chance de faire ce métier, on avait besoin d’être motivé. Et vous avez vu le résultat. Lamentable.

- Vous êtes dur…
- Je crois être juste. Certains joueurs se prennent pour ce qu’ils ne sont pas. Ils rêvent de Ligue des champions, de grands championnats et pensent que tout cela s’acquiert sans travail, ni sacrifice. Ils rêvent et manquent d’humilité. Le foot, c’est 30% dans les pieds et 70% dans le cœur et la tête. J’avais trop de joueurs à 30%.

- Vous ne portez pas une part de responsabilité dans cet échec?
- Evidemment que oui. Quand ça ne marche pas, on se remet constamment en question. On cherche des solutions, on essaie d’actionner tous les leviers pour changer les choses. Mais si les joueurs refusent de s’engager, de s’investir, de sortir de leur zone de confort, que faire?

- Leur brandir votre parcours en guise d’exemple?
- Je ne l’ai jamais fait. Ni à Neuchâtel ni à Sion. Mais aujourd’hui je peux le dire: pour arriver jusqu’à Liverpool, j’en ai bavé. Physiquement et moralement. Je crois avoir été honnête avec tous les clubs où j’ai passé. Pour eux, pour leurs fans, j’étais prêt à me casser la jambe pour éviter un but. Sans me poser la moindre question. Au sein de ce FC Sion, j’ai beau réfléchir, je ne vois pas un joueur de ce type.

- D’après nos informations, ils sont pourtant royalement payés. Selon les rumeurs, on parle de certains salaires dépassant 60 000  francs par mois…
- Je ne sais pas. Si c’est le cas, c’est effectivement royal pour le championnat suisse. Et nettement supérieur à ce que je gagnais. Quand j’étais à Xamax, le plus gros salaire culminait à 10 000 francs par mois. Mais la moyenne variait entre 4000 et 8000 francs. Pour ce prix, tout le monde se donnait à 120%.

- Christian Constantin n’est pourtant pas réputé pour jeter de l’argent au visage de joueurs qui trichent…
- Il a des contrats à honorer. Et ces joueurs-là ont toujours des excuses. Combien de fois ai-je entendu cette lamentation: «Coach, je suis fatigué!» Mais fatigué de quoi, bon sang? Une heure quinze d’entraînement par jour et un match de 90 minutes le samedi. Et les rares fois où j’imposais une double séance d’entraînement, c’était la fin du monde pour certains.

- Quel regard portez-vous en fin de compte sur le championnat suisse?
- Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de joueurs qui ont l’expérience du haut niveau. Ils n’ont donc pas conscience des exigences que nécessite cette qualité de jeu. Et si on les bouscule, ils n’aiment pas du tout ça. En fait, pour évoluer devant des chambrées de 4000 à 10 000 personnes dans la plupart des clubs, les joueurs suisses sont globalement beaucoup trop gâtés.

- Vous ne pouvez pas comparer à Liverpool, qui semble être votre modèle…
- Si le FC Liverpool est ce qu’il est aujourd’hui, c’est grâce aux valeurs que j’énonçais tout à l’heure. Le don de soi, l’esprit de sacrifice, le travail, l’humilité. Quand tu as passé par un club pareil, tu es marqué pour la vie.

- Vous avez déjà reçu des offres? Etes-vous prêt à vous exiler si une demande tombait?
- Non. Rien pour l’instant. Mais l’étranger, pourquoi pas. Le foot, c’est ma vie…


Les 5 repères de Stéphane Henchoz

DR
 

1. Ma famille
Catherine, mon épouse depuis vingt et un ans, la femme de ma vie depuis 1991. Et notre fils, Sonny, 15 ans. Qui suit l’école sport-études à Grône, et qui joue avec les M15 du FC Sion et de l’équipe nationale.

2. L’Angleterre
Ma deuxième patrie; Liverpool, ma ville d’adoption. J’ai passé deux ans à Blackburn après mes deux saisons à Hambourg, puis six ans, de 1999 à 2005, au FC Liverpool. Je mesure chaque jour la chance que j’ai eue de vivre tout ça.

3. «Any Given Sunday»
Ce film, avec Al Pacino, m’a énormément marqué. Surtout les quatre minutes de son discours d’avant-match.

4. Mon bateau
Naviguer sur le lac de Neuchâtel avec mon bateau. Des moments de calme et de sérénité incroyables. J’adore.

5. La bonne cuisine
Mais pas forcément gastronomique. En règle générale, c’est ma femme qui cuisine. Mais j’ai appris quand j’habitais seul et que je jouais à Xamax. Je me débrouille pas trop mal et j’aime cuisiner. Je n’ai jamais pensé à en faire mon métier. Ado, je voulais devenir conducteur de train, comme mon père.

DR
 

 

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