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«Silence, ça pousse!»

Stéphane Marie, de costumier de théâtre à metteur en scène de jardin

Depuis vingt-trois ans, l’animateur Stéphane Marie distille conseils et astuces de jardinage dans «Silence, ça pousse!» sur France 5. Dans «Pas de panique», il vient en aide aux téléspectateurs et réinvente leur extérieur. Pourtant, rien ne le destinait à devenir le jardinier le plus célèbre du petit écran. Portrait d’un autodidacte à la main verte.

Stéphane Marie

La météo estivale est capricieuse. La séance photo se tiendra à couvert, dans l’une des serres du Jardin botanique de Neuchâtel.

Blaise Kormann

Quoi de plus naturel que de rencontrer Stéphane Marie dans un jardin botanique? Ce sera celui de Neuchâtel, à l’invitation de Felco, une marque de sécateurs des Geneveys-sur-Coffrane, dont l’animateur est devenu le nouvel ambassadeur. Vêtu d’un costume bleu marine à la coupe impeccable, paire de Stan Smith aux pieds pour le côté décontracté, il s’installe sur le canapé vert, très rococo, de la villa du jardin. Il prend le temps de s’émerveiller de la beauté d’une Alocasia zebrina, avant de se raconter avec volubilité et humilité.

Son grand-oncle possédait une ferme en Normandie, La Maubrairie. Jusqu’à ses 14 ans, ses parents l’y envoyaient pour lui faire prendre l’air. Il s’y ennuie terriblement. La vie à la campagne, très peu pour lui. Le jeune Stéphane rêve de scènes et de décors majestueux. Il apprend la couture, obtient un CAP de tapissier-décorateur, avant d’entrer aux Beaux-Arts, où il restera six ans. A la fin de sa formation, il rejoint un théâtre de Marseille où il est chargé de la confection des costumes et des décors. «Avec le recul, je me rends compte que j’avais beaucoup d’audace. Mais ça, c’est la jeunesse. Vous vous lancez dans des choses et vous n’êtes pas sûr de pouvoir les faire, mais vous vous en donnez les moyens et ça finit par marcher», se remémore l’animateur qui fait aujourd’hui les beaux jours de France 5, en compagnie de sa coanimatrice Carole Tolila.

Le métier de scénographe est passionnant mais difficile et le statut d’intermittent du spectacle, précaire. A 30 ans, il rachète une petite partie de la ferme dans laquelle il avait passé son enfance. Il se pique d’amour pour le potager qu’il réaménage en jardin d’agrément. «J’ai planté. Beaucoup. Je me suis planté. Pas mal. J’ai réussi des choses. Le matin, au petit-déjeuner, je plongeais le nez dans les bouquins pour apprendre comment tout cela fonctionnait. A 36 ans, en 1996, je me suis dit, voilà, il faut que je fasse quelque chose avec le jardin. Je n’étais pas à même de devenir journaliste de jardin car je n’écrivais pas suffisamment bien. Je ne pouvais pas être paysagiste car j’avais l’impression d’usurper le métier», reconnaît avec lucidité l’animateur.

Ce sera donc la télévision. Projet en main, il frappe aux portes des maisons de production et des chaînes de télévision. Il se fait repérer par le directeur de France 5. On lui confie la rédaction en chef d’un format de treize minutes. En voix off. «Pendant quatre ans, j’ai rédigé les sujets de Silence, ça pousse! Cinq sujets par émission. J’en ai écrit 700 au total. C’était merveilleux, ça m’a formé. Je croisais les informations que je lisais dans les magazines et les livres, celles que j’obtenais de mes rencontres avec les professionnels avec mes propres expérimentations dans mon jardin.» En 2002, le programme évolue, il se retrouve à l’image aux côtés de la journaliste Noëlle Bréham. Avec son jardin comme plateau de télévision et terrain de jeu.

En 2007, création de la séquence «Pas de panique» où il dévoile un joli coup de crayon. Armé de ses feutres multicolores, il intervient chez des particuliers pour le réaménagement de leur jardin. Un exercice où il laisse libre cours à son imagination et à sa créativité. Il pondère: «Ce serait très prétentieux de se prendre pour un artiste. Je vais chez eux, je repère les points faibles, les besoins et le goût des gens. A partir de là, j’essaie de faire au mieux. Je m’appuie plus sur un savoir-faire que sur l’invention à tout prix.»

Comme au théâtre, il met en scène le jardin, s’amuse avec l’espace et la lumière. «Je joue avec les notions de plein et de vide. Où remplir? Où laisser respirer? Le jardin est un endroit où la lumière doit exister, où les ombres doivent pouvoir se poser. Il faut de l’espace pour qu’elles se projettent. Ce sont toutes ces choses-là qu’il faut apprendre à maîtriser.» On lui reproche parfois d’être trop théâtral dans ses aménagements. L’ex-scénographe s’en accommode: «Le jardin est ma scène. C’est inné, je ne peux pas faire autrement, mais j’aime à penser que dans la vie, on ne perd jamais son temps. Je peux aujourd’hui mettre à contribution les savoirs et compétences acquis aux Beaux-Arts et au théâtre. Tout s’est fait dans l’ordre des choses.»

Le temps, une notion qu’il a appris à apprivoiser. «J’ai longtemps couru après les trains, après les boulots. Quand on s’occupe de son jardin, on sort de cette logique qui consiste à se dire: «Oh! non, je n’aurai pas fini ce soir.» On observe ce qui a changé. C’est une esthétique par la preuve aussi. Ce que j’ai planté il y a vingt ans pousse.» Le confinement strict en France l’a contraint de s’y poser durant deux mois et demi. Pour son plus grand bonheur. Enfin, pas trop non plus. L’expert jardinier admet: «Je suis un grand flippé. J’ai dû instaurer des rites, histoire de ne pas devenir dingo. Le dimanche, je me rasais et mettais ma chemise blanche pour déjeuner. Même si on était que trois à table. J’ai continué de travailler. Tous les soirs, avec mon équipe, on postait sur Facebook des Bienvenue au jardin, des petites capsules vidéo qui ont fini par récolter plus de 200 000 vues.»

Cet engouement du public pour la nature, ce retour vers la terre, est un phénomène qu’il a pu observer bien avant l’arrivée de la pandémie. «La vie ne peut pas être exclusivement urbaine. Depuis une dizaine d’années, les gens s’intéressent de nouveau à ce qu’ils mangent, à la façon dont ça pousse. Ils veulent que leurs enfants comprennent ce qu’est une tomate, un plant d’épinards ou de pommes de terre.» Dans l’émission, l’animateur prodigue des conseils pour agrémenter son extérieur mais cherche à transmettre ses connaissances et sa passion. Il confirme: «En 23 ans d’existence, l’émission a beaucoup évolué. Au départ, nous étions très pragmatiques puis assez vite, l’envie de pousser les murs est venue. D’aller visiter d’autres jardins, de rencontrer des passionnés. Des invités qui nous parlaient de choses nouvelles. On ne jardine plus comme avant. On a évacué les produits phytosanitaires, on privilégie les circuits courts, chez les amateurs, en tout cas. Il a fallu inventer et mettre en place de nouvelles pratiques. On est là pour en parler pour aider les gens à se les approprier.»

Une envie de pédagogie qui s’est poursuivie en 2019 avec la naissance d’un Silence, ça pousse, junior! A partir d’expériences menées dans le jardin emblématique, les enfants découvrent le monde végétal et le vocabulaire de la botanique. Il confie, amusé: «Il a fallu trouver le ton juste. Pas papy qui fait la leçon aux mômes! Il faut que ce soit souple et drôle. Du contenu vivant, dans un bel endroit. Où ça respire!»

Par Alessia Barbezat publié le 30.07.2021