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Tout un roman(d)

Stéphane Pecorini, de fleuriste à chef d'orchestre pour la Fête des vignerons

Le gamin de Carouge avait un rêve: devenir chef d’orchestre et directeur d’ensembles à vent. Quarante ans plus tard, il a mené la Fête des vignerons à la baguette et vit de sa passion.

Stéphane Pecorini

Stéphane Pécorini, ex-fleuriste devenu musicien et professeur de musique pose au conservatoire de Lausanne, le 5 avril 2022 à Lausanne.

GABRIEL MONNET

«Entre 20 et 30 ans, j’ai tout essayé en termes d’études et de formations. A part fleuriste, je ne voyais rien. Vétérinaire, mais ça n’a pas duré. J’ai compris plus tard que ma vue avait été brouillée par ma seule et vraie passion: la musique. J’avais de qui tenir. Mon père était batteur à la fanfare de Plainpalais et ma mère férue d’accordéon. C’était souvent la fête à la maison. Mais pas que. Avoir la chance d’apprendre le solfège avec Véronique Mattana n’a sans doute pas été étranger à mes choix. Mais d’abord, comme tous les gamins, j’ai voulu imiter papa. Six mois tambour battant aux Cadets de Genève ont suffi à me démontrer que ces baguettes-là n’étaient pas faites pour moi. Qu’importe. Je me suis aussitôt recyclé: clarinettiste. A vrai dire, je me cherchais. Ou je faisais semblant. Car, au fond, je savais ce que je voulais faire: de l’orchestration. Et diriger. Des orchestres, des fanfares, des chorales, des ensembles, n’importe quoi, mais diriger. Ce n’est pas parce qu’un petit commandant sommeillait en moi, mais par besoin d’humain et de la dimension sociale de la musique.

Autant dire que j’ai passé ma matu latin-grec à reculons. Puis traversé Sciences Po en coup de vent. Recommencer le collège en plus grand, non merci. Aujourd’hui, à 50 balais, je peux dire que j’ai détesté avoir 20 ans. Le temps des questions, des emmerdes. Sans compter qu’à 16 ans je me découvre gay. Pas vraiment un cadeau dans un milieu conservateur. D’abord, il faut l’accepter soi-même avant d’en informer les autres. Un coming out que j’ai fait à 25 ans. Jusque-là, honte à moi, j’avais une copine prétexte. Par bonheur, tout s’est bien terminé. A part ça, je vivotais de la boutique de fleurs ouverte peu après mon apprentissage. Heureusement, en parallèle, mon rêve prenait forme. Grâce à la fanfare d’Onex qui m’a confié sa baguette alors que j’avais tout juste 18 ans. Dès lors, j’ai commencé à diriger à gauche et à droite. Ce qui m’a incité à postuler à la Landwehr de Genève, où j’officiais comme directeur par intérim et qui cherchait un chef. On m’a répondu: «Pas de diplôme, pas de poste!» En réalité, j’ai appris que le Département militaire local, dont l’ensemble dépend, ne voulait pas d’un homosexuel à sa tête. Une thèse bien sûr réfutée. Bref.

L’épisode m’a fait l’effet d’un électrochoc. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de passer professionnel. A 35 ans. Trois ans de Conservatoire à Lausanne plus tard, mon diplôme de directeur en poche, les choses ont commencé à s’enchaîner. Aubonne, Perroy, Bex, Pully, Vevey, autant de belles sociétés qui m’ont ouvert leurs portes. Plus récemment, d’élève, je suis devenu professeur au Conservatoire et, depuis 2016, moi, le Genevois pur sucre, président de la commission musicale de la Société cantonale des musiques vaudoises. J’ai même eu la chance de diriger la «Symphonie No 5» de Beethoven. Un vieux fantasme. Entre deux, j’ai lancé quelques projets avec quelques potes, dont une micro-harmonie dévolue aux jeunes Romand(e)s. J’ai également eu le privilège de diriger l’harmonie de la Fête des vignerons avec ses 300 chanteuses et chanteurs et ses 100 musiciens. C’est à cette occasion que j’ai connu Caroline Meyer, l’instigatrice de «La Passion». Un oratorio profane interprété par 55 musicien(ne)s, 100 choristes féminines et deux solistes. Le genre de projet qui vous fait adorer votre vie et vous confirme que vous avez fait le bon choix.» 


Son actualité

Stéphane Pécorini
Lauren Pasche

Elle se résume en quatre dates, celles du spectacle haut en couleur et en émotion de La Passion: le 22 avril à la cathédrale de Lausanne, le 24 à la cathédrale de Genève, le 30 au temple du Sentier et le 1er mai à l’abbaye de Saint-Maurice.

Par Christian Rappaz publié le 22 avril 2022 - 08:57