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© Blaise Kormann

Titeuf revient en bronze à la maison

Publié mercredi 1 mai 2019 à 06:19
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Publié mercredi 1 mai 2019 à 06:19 
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Vingt-sept ans après sa naissance, le gamin à la célèbre mèche blonde aura sa statue en bronze dans la cour de l’école Jacques-Dalphin, à Carouge (GE), où il est né. La belle histoire d’un retour aux sources.
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Oyez, oyez, bonnes gens! Le plus illustre «citoyen» de la République et canton de Genève avec Jean Calvin, Henry Dunant et Jean-Jacques Rousseau (...) aura, lui aussi, bientôt droit à sa statue. Oh, pas sur la rade, à Cornavin ou à Plainpalais, faut pas pousser l’amoureux de Nadia dans les orties quand même. Non, à Carouge. Pourquoi Carouge? Primo, parce que la Cité sarde, comme on la surnomme, est sa commune d’origine et, secundo, parce que la Ville de Genève n’en a pas voulu. C’est aussi simple que cela.

«Tout est parti d’une séance de dédicaces de Zep, il y a environ deux ans. Je m’y suis bien sûr précipité», explique Alexandre Nigg, un fan absolu du gamin à la mèche blonde, avant de confier le fin mot de l’histoire. «J’ai profité de cette rencontre pour glisser à Zep que je trouvais un peu curieux que Titeuf ait droit à une grande fresque à Lausanne (à la rue du Rôtillon 24) et soit quasiment ­invisible à Genève, alors que lui-même est natif d’Onex. Du coup, je lui ai parlé de mon idée de statue. Il a trouvé ça marrant et cool que je la soumette à la Ville. Ce que j’ai fait.

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Il suffit de feuilleter le premier des 16 albums de Titeuf, «Dieu, le sexe et les bretelles», pour retrouver l’école Jacques-Dalphin et ses platanes.

Mais à ma grande surprise, celle-ci m’a rembarré vite fait», s’indigne l’admirateur du grand frère de Zizie et de leur «papa». Voilà comment Genève, emberlificotée dans de sombres affaires de notes de frais, de conseiller d’Etat compromis et de policiers plus prompts à s’égarer dans les bras de filles de joie qu’à défendre la veuve et l’orphelin, a manqué l’occasion de remettre un sourire au milieu de sa cité et de rendre hommage au truculent petit bonhomme que le monde entier s’arrache (25 millions d’albums vendus, traduits dans 25 pays, dont la Chine).

«Je m’inspirais en regardant par la fenêtre»

A l’inverse, Carouge ne s’est pas fait prier. Cinq mois auront suffi pour accepter le projet, voter le crédit de 50'000 à 60'000 francs nécessaire à sa réalisation, pris sur le budget du fonds de décoration, mandater une sculptrice et un fondeur de la région, et préparer l’inauguration, en grande pompe, du monument de 100 kilos, haut de 1,40mètres à la crête, le 6 juin prochain.

Une affaire rondement menée comme on dit, «tant positionner Carouge comme la ville de Titeuf a paru évident et porteur à tout le monde», se réjouit Stéphanie Lammar, conseillère administrative de la coquette et dynamique banlieue.

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Une planche du 1er album de Titeuf, «Dieu, le sexe et les bretelles», sur laquelle apparaît l’école Jacques-Dalphin.

Histoire de bien marquer le terrain, l’installation du bronze, le deuxième du pays de ce genre après celui d’un autre héros de bande dessinée, Corto Maltese, érigé à Grandvaux en 2012, sera soutenue par une grande exposition consacrée à Titeuf et à tous les siens, qui perdurera à la halle de la fonderie jusqu’au 25 août. La boucle est donc bouclée. Vingt-sept ans après sa naissance, le célèbre gamin honni des uns et adulé des autres revient à la maison, en quelque sorte.

Car c’est là, en 1992, qu’il est né dans l’esprit de son créateur. «A l’époque, la fenêtre de l’atelier que j’ai occupé durant quatre ans donnait sur le préau de l’école Jacques-Dalphin. Regarder les enfants jouer, se chamailler, se tirailler était toujours un bon moment et me renvoyait à ma propre enfance, dont je me remémorais les histoires. A tel point que je me suis mis à les écrire, puis à les dessiner en m’inspirant de ce que je voyais.» Titeuf était né. Le voilà désormais reconnu par les siens. Une légitimation qui touche son géniteur en plein cœur, bien sûr.

De Franquin à Zep

Restait à réaliser la statue. Une œuvre confiée à l’artiste combière Catherine Mauron-Vallotton. Installée au Sentier (vallée de Joux), l’épouse du dessinateur de presse Valott s’est fait une spécialité de modeler des héros de bande dessinée. Elle a notamment travaillé avec Franquin, le papa de Gaston Lagaffe, et avec un certain... Zep, dans la foulée de son tout premier Titeuf, «Dieu, le sexe et les bretelles». C’est elle qui créa les premières figurines en silicone du garçonnet et de Nadia. «Qui n’ont jamais été vendues», précise-­t-elle, amusée.

Blaise Kormann
Quand Zep a «accouché» de Titeuf, en 1992, son atelier donnait sur l’école Jacques-Dalphin, à Carouge. Vingt-sept ans plus tard, le célèbre dessinateur est revenu sur les lieux de sa géniale inspiration.

Après avoir fait le choix du modèle avec Zep, elle a esquissé l’œuvre, l’a modélisée en 3D puis découpée grandeur nature en mousse. Après les traditionnelles retouches, c’est à partir de cette pièce que le moule a pu être confectionné pour le coulage du bronze, à 1250°C. Une opération particulièrement délicate confiée à David Chojnacki, maître fondeur à Jussy (GE).

«Ensuite, il faudra encore la ciseler, lisser les courbes et renforcer la tête et la crête, des éléments qui seront forcément sollicités par les visiteurs», détaille le propriétaire de la fonderie d’art. Le bon tour sera alors joué. «Nous aurons enfin ­le sujet pérenne que nous cherchons», s’enthousiasme Stéphanie Lammar, conseillère administrative de Carouge. A moins qu’emportée par ses rocambolesques ­aventures ou, pire, par une énième «Genferei», l’icône genevoise à la tête de patate parlant une drôle de langue ne finisse, elle aussi, par tomber de son piédestal...


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