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© PETER LUEDERS

Trois Suisses à l’heure de leur confinement américain

Publié jeudi 16 avril 2020 à 09:04
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Publié jeudi 16 avril 2020 à 09:04 
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Etablis aux Etats-Unis depuis plusieurs années, le basketteur genevois Clint Capela, la comédienne valaisanne Alizée Gaillard et la top-modèle argovienne Manuela Frey évoquent leur confinement et racontent comment la crise du Covid-19 a bouleversé leur quotidien. Récit entre Houston, Los Angeles et New York.
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Transféré chez les Hawks d’Atlanta en début d’année, Clint Capela est revenu à Houston le temps du confinement. Il y possède un appartement et un penthouse dans lequel il a aménagé une salle de sport.

Il a sauté dans un jet à Atlanta le 19 mars dernier, quand les choses sont devenues sérieuses. Direction Houston, la ville de son ex-club des Rockets. «A Atlanta, je vivais encore à l’hôtel, car je finalisais l’achat de ma future maison. J’ai préféré repartir dans mon ancien appartement le temps du confinement», explique Clint Capela au téléphone. Il est 14 heures dans la cité texane, le basketteur rentre de son entraînement physique du jour. Dans son penthouse situé à deux pas du stade, le Genevois a installé du matériel de musculation et sue six jours sur sept pour contrer l’ennui et entretenir sa forme.

Le coronavirus n’a pas épargné les parquets de la NBA. La saison a été suspendue le 12 mars dernier, après l’annonce du premier cas de Covid-19 chez un joueur de la ligue, le Français Rudy Gobert, pivot des Utah Jazz et ami de Clint Capela. «On a échangé des messages durant sa quarantaine. Il m’a dit avoir eu pas mal de fièvre et aussi qu’il avait perdu le goût et l’odorat.»

Transféré à Atlanta en début d’année, le Genevois de 25 ans, gêné par une douleur à un talon, n’a pas encore pu jouer un seul match sous ses nouvelles couleurs. Depuis le début du confinement, il garde le contact avec ses coéquipiers et les entraîneurs du club par vidéo. «Personne ne sait ce qui nous attend. La NBA génère tellement d’argent, cela paraît inimaginable que les play-off soient simplement annulés. Quoi qu’il arrive, les budgets des équipes vont certainement baisser la saison prochaine et chambouler le business.»

Confiné avec sa copine, le Suisse respecte les règles de sécurité à la lettre. «Je ne crains pas pour ma santé mais pour celle des autres.» Il appelle chaque jour sa famille et apprécie de pouvoir leur consacrer davantage de temps, même à distance. «Cela me permet d’échanger plus en profondeur avec mes proches. C’est peut-être l’un des points positifs de cette vie un peu suspendue.»


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Alizée Gaillard a renoncé à rentrer en Suisse durant cette période de confinement pour pouvoir rester avec Jorge, son compagnon américain.

A Los Angeles comme à Houston, les rues, d’ordinaire bondées, sont désormais désertes. «Je n’ai jamais vu ça, c’est complètement fou!» s’exclame Alizée Gaillard, qui s’est installée dans la Cité des Anges en 2013. La comédienne n’a plus de travail depuis début mars. «J’admets qu’au départ je ne prenais pas cela très au sérieux. Comme beaucoup de gens ici, j’étais dans le déni. Quand le virus a commencé à toucher la Suisse, ma famille m’a appelée pour me dire de rentrer.» Elle hésite un moment, puis renonce quand les frontières commencent à fermer. «Je n’avais pas envie de me séparer trop longtemps de Jorge, mon amoureux.» Confiné dans l’appartement 1 pièce sans balcon d’Alizée, le couple s’octroie une balade par jour pour changer d’air.

En février dernier, la Valaisanne de 34 ans est tombée très malade. Des maux de tête et de gorge, de la toux, de la fièvre et, surtout, des difficultés respiratoires. «J’arrivais à peine à parler tellement j’avais le souffle coupé. Cela a duré deux semaines. Jamais de ma vie je ne m’étais sentie aussi mal. Je me dis aujourd’hui que c’était peut-être le Covid-19…»

Au-delà de la crise sanitaire, elle s’inquiète aussi des conséquences sociales pour les plus précaires. «L’autre soir, deux restos de mon quartier ont été braqués. Les magasins d’armes sont pris d’assaut, chacun cherche à se protéger.» A Los Angeles comme partout ailleurs, les gens se sont rués dans les magasins mais aussi dans les banques. «Un ami a vu un type retirer 150 000 dollars en cash à un distributeur. Ici, peu importe votre salaire, le chômage est de 450 dollars maximum par semaine, moins les taxes.»


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La top-modèle Manuela Frey, qui vit depuis près de huit ans à Manhattan, occupe ses journées entre exercices et lecture. Elle espère pouvoir bientôt rentrer en Suisse pour y poursuivre son confinement en famille.

A 4000 kilomètres de là, sur la côte Est, la top-modèle Manuela Frey, 23 ans, raconte un New York fantomatique, les tentes d’urgence disséminées dans Central Park, le ballet incessant des ambulances. Et son quotidien de mannequin bouleversé en une journée. «Le 14 mars, j’étais à Hawaï pour une série de photos pour un magazine. Le lendemain, j’atterrissais à Los Angeles, où j’étais censée shooter une campagne pour Yves Saint Laurent. Tout a été annulé quelques heures avant le début de la prise de vue. Je suis rentrée en catastrophe à New York», explique-t-elle dans son appartement du quartier de Chelsea.

Sans job depuis un mois, alors qu’elle enchaîne d’habitude quatre mandats par semaine, elle occupe son temps grâce à la peinture, la lecture et la guitare et a troqué ses séances de fitness contre les 38 étages d’escalier de son immeuble. «Cela me prend dix minutes tous les matins», s’amuse-t-elle au bout du fil. Inquiets, ses parents l’encouragent à rentrer au plus vite. «Swiss organise trois vols de retour par semaine. Je pense partir autour de mi-avril.»

En attendant, elle essaie de profiter comme elle peut de cette ville métamorphosée par la crise. «Je vis ici depuis bientôt huit ans et, pour la première fois, j’expérimente le silence. On entend le chant des oiseaux, l’air est redevenu propre. En fermant les yeux, je pourrais presque me sentir chez moi, en Argovie.» Comme un petit air de Suisse à l’autre bout du monde.


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