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L'édito

Un ballon rond dans un monde carré

Que l'on aime le football ou qu'on le déteste, la Suisse a connu l'effervescence durant cet Euro. Ce qui est sûr c'est que personne n'a pu rester indifférent. L'éditorial de Marc David.

Swiss fans watch the European Championship quarterfinal soccer match between Switzerland and Spain at a public viewing in Chiasso, Switzerland, Friday, 2 July 2021. (KEYSTONE/Ti-Press/Pablo Gianinazzi)

A Chiasso (TI) le 2 juillet, des supporters de la Nati regardent le match Suisse-Espagne.

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Ce ballon qui tourne, s’offre ou se refuse. Ce Lucernois aux bouclettes latinos qui manque son penalty et éclate en sanglots. Cet arbitre anglais dont on n’avait jamais entendu parler et à qui on aurait un mot à dire. Toutes ces sortes d’émotions, plus ou moins dignes, qu’une compétition sportive réserve, renvoyant instantanément en enfance et faisant prononcer des lieux communs ou des avis péremptoires qu’on essaie d’éviter d’habitude.

Alors on s’est fait prendre, comme toujours. Malgré l’éclatement débile et le calcul carbone désastreux des équipes, malgré les pubs et les coiffures d’un absolu mauvais goût, malgré le patriotisme à deux sous et le sourire satisfait des pontes de l’UEFA, en attendant un Mondial au Qatar encore pire.

«Je fais des livres, disait l’autre jour l’écrivain David Foenkinos attablé devant une télévision, j’invente des histoires mais aucune ne vaut la narration d’un match.» C’était un peu exagéré, car il produit de chouettes récits, mais il y avait de cela. On se rappellera les gens qui étaient auprès de nous quand Sommer a arrêté le dernier tir au but français ou quand Mikel Oyarzábal Ugarte, au patronyme de chevalier de Don Quichotte, a marqué l’ultime penalty espagnol.

On a vu nos rues démontées par la joie ou le chagrin, on a envoyé des SMS hachés et paroxystiques tous azimuts, on a entendu sonner les cloches de certains villages comme si une guerre venait de finir. On a su immédiatement de quoi parler à des inconnus ou inconnues. On s’est dit qu’on était Suisse, ou Italien, ou Allemand, ou Macédonien, sans la portée mièvre qui l’accompagne, juste comme une force vive et l’excitation de pouvoir se comparer. On a ressemblé à nos pères ou grands-mères debout dans les tribunes de la Pontaise ou du Wankdorf en 1954. On s’est mis à lire et à déplier les journaux de partout, à entrer dans un kiosque et pas seulement à parcourir la Toile. On a montré à tout le monde la première page de L’Equipe après la défaite de la France contre la Suisse, avec le titre «Anéantis!». On s’est senti exister.
L’Eurofoot est presque terminé, mais que cette énergie nous aide à continuer la partie.

Par Marc David publié le 07.07.2021