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Upcycling: le déchet textile devient un objet prisé

A l’heure où l’éveil des consciences écologiques bouleverse l’univers de la mode, la revalorisation de vieux vêtements prend toujours plus d’ampleur et s’impose comme une alternative à la «fast fashion». Rencontre avec Kaspar Schläppi, fondateur du label Rework.

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Upcycling

«Si l’on veut atteindre une clientèle plus large et la sensibiliser, il est grand temps de prendre le risque de s’implanter en centre-ville», Kaspar Schläppi, fondateur du label Rework.

Julie de Tribolet
carré blanc
Noémie Guignard

Les couleurs sont clinquantes, les coupes jeunes, les matières tendance. Dans l’une des rues piétonnes les plus fréquentées de la capitale helvétique, l’enseigne Rework expose sur deux étages une vaste collection de vêtements issus de textiles usagés revalorisés, autrement dit de vêtements «upcyclés». Draps de lit transformés en combinaisons, édredons en vestes d’hiver, rideaux reconvertis en robes fleuries, la marque, alliant esthétique et durabilité à prix raisonnables, se veut une alternative aux enseignes classiques de la mode dite express.

«Alors que la seconde main se base sur des pièces uniques, nos vêtements «upcyclés» permettent la création de collections entières, qui permettent de détourner de façon massive la clientèle de la «fast fashion», expose Kaspar Schläppi, le fondateur du label bernois. En misant sur une production à échelle industrielle, la marque bernoise, déployée sur cinq sites en Suisse alémanique et qui prévoit une installation en Suisse romande d’ici à 2024, compte démocratiser la tendance des vêtements revalorisés en la rendant accessible à un large public.

Le caractère industriel de la démarche bernoise s’impose comme une petite révolution dans l’univers de l’«upcycling», qui connaît depuis quelques années un essor fulgurant dans le milieu de la mode mais qui reste encore fortement associé à des marques de haute couture ou à des labels indépendants. La revalorisation de textiles destinés à être jetés nécessite en effet un processus de transformation propre à chaque matériau, ce qui contraint à des productions limitées, voire à des pièces uniques, rendant la démarche difficilement rentable.

Ainsi, tandis que l’engouement pour les friperies et les vêtements de seconde main, porté notamment par une frange de la jeunesse en quête de sens et de solutions durables, a contraint les grandes enseignes à s’adapter, à l’instar du géant du prêt-à-porter en ligne Zalando qui s’est lancé il y a bientôt deux ans dans la vente et l’échange d’articles de seconde main en France, le «trend» de l’«upcycling» n’a pas encore été récupéré par l’industrie de la «fast fashion».

L’éveil des consciences écologiques est pourtant bien là et le label bernois Rework, lancé il y a une quinzaine d’années, est convaincu de se trouver aujourd’hui à un tournant stratégique. «Si on veut atteindre une clientèle plus large et la sensibiliser aux enjeux actuels de l’industrie de la mode, il est grand temps qu’on prenne le risque de s’implanter au centre-ville, malgré les loyers élevés», analyse le quinquagénaire. Au cœur des rues marchandes bernoises, le lieu est idéal pour expérimenter cette vision. L’espace est un pop-up, autrement dit une surface mise à disposition temporairement à des conditions avantageuses. Entrée dans le magasin sans se douter qu’il s’agissait de vêtements «upcyclés», une jeune retraitée au style chic semble surprise en bien par le concept.

«Je ne savais pas que faire des tailleurs Chanel de ma maman, je n’ai jamais eu le cœur à m’en séparer. Mais là, sachant qu’ils pourraient retrouver une seconde vie, ça me donne envie de les apporter ici», se réjouit la cliente bernoise, ravie de la jupe fleurie qu’elle vient d’acheter. A Fair’Act, plateforme qui encourage une mode éthique et responsable, on salue la démarche, avec un léger bémol. «Le conseil universel, c’est moins, moins, moins, même si c’est de la seconde main, du vintage, du troc, de l’«upcyling», etc, souligne Fanny Dumas, la présidente de l’association.

La démarche n’est louable que si elle n’attise pas la surconsommation.» Or, pour le label bernois, cette récente visibilité doit aussi servir à doper l’intérêt pour l’«upcycling» à une large échelle. Et la stratégie semble payante. En moyenne, la marque alémanique reçoit chaque semaine la visite d’une classe d’école. Ironie du sort, avant de se lancer dans le vêtement, Kaspar Schläppi était enseignant. Patiemment, il prend le temps de répondre à toutes les questions, notamment sur le choix des sites de production, en Thaïlande et en Inde. Installées directement dans les usines de tri où viennent s’entasser des montagnes de vieux vêtements issus du marché américain, les deux fabriques emploient une soixantaine de personnes. «On a dû créer nos propres entreprises et établir des conditions attractives, explique le patron de Rework. C’était indispensable pour parvenir à recruter le personnel nécessaire, car la revalorisation de vieux vêtements est un travail exigeant.»

Conscient que l’empreinte carbone générée par le transport des vêtements représente aujourd’hui un enjeu majeur pour une clientèle sensible aux questions environnementales, le label poursuit ses efforts pour renforcer son économie circulaire et augmenter progressivement la part de vêtements collectés et revalorisés en Suisse. Récemment, l’enseigne alémanique a appris sa nomination au Green Business Award, un prix porté par l’ancienne conseillère fédérale Doris Leuthard et qui récompense les entreprises générant un impact environnemental positif. «Cette nomination nous est tombée dessus, conclut, presque gêné, Kaspar Schläppi. Que l’on soit lauréat ou non, il s’agit déjà d’une magnifique reconnaissance.»

>> Retrouvez le travail de Kaspar Schläppi sur son site internet: www.rework.ch


L’«upcycling», c’est quoi?

Contrairement au recyclage, qui passe en général par la destruction de la matière pour en recréer une nouvelle, ce qui induit donc un processus gourmand en énergie, l’«upcycling», anglicisme qui peut se traduire par «surcyclage», a pour objectif d’augmenter le cycle de vie d’un produit existant en détournant son usage afin d’élaborer un objet complètement nouveau.

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Par Noémie Guignard publié le 23 juin 2022 - 07:27