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Vaincre le racisme, une nécessité inconfortable

La «fragilité blanche» est une réaction de gêne et de défense, commune à tous les Blancs accusés de racisme. Or cette attitude entretient le problème…

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«Je ne suis pas raciste, d’ailleurs j’ai des amis noirs!» Cette phrase, si souvent entendue et presque toujours moquée, plante le décor. Une personne blanche se voit reprocher une attitude ou des propos racistes. On le lui fait remarquer. Elle s’en défend vigoureusement. Vous visualisez la scène? Vous vous représentez la gêne, la peur, la colère et peut-être même la culpabilité du principal incriminé? C’est précisément ce que la sociologue américaine Robin DiAngelo nomme «fragilité blanche». Une manière de fuir sa part de responsabilité en tant que privilégiés dans une société profondément discriminatoire…

Car oui, le racisme est partout. Selon la sociologue, le suprémacisme blanc n’est pas un phénomène marginal, réservé à certains milieux d’extrême droite. Au contraire: «le racisme est un système» qui fonde les sociétés occidentales. Aux Etats-Unis, il remonte à l’époque où il fallait justifier l’esclavage, alors même que le pays était basé sur la liberté et l’égalité. Aujourd’hui, plus question de théoriser les races et de dire ouvertement que les Noirs sont inférieurs. Pourtant une idée a la peau dure: «la définition des Blancs comme norme de l’humain et des personnes non blanches comme une déviance de cette norme».

Les Blancs sont donc protégés. Ils n’ont pas l’habitude que les questions de race pèsent sur leur quotidien, puisque tout leur environnement, justement, a été construit par et pour eux! L’autrice fustige en particulier le «racisme aveugle», lorsque l’on prétend «ne pas voir les couleurs». Cela n’est possible que quand on n’est pas soi-même discriminé pour sa couleur de peau… Difficile de l’admettre quand on a les meilleures intentions du monde. Mais la société nous apprend, souvent à notre insu, qu’il vaut mieux être Blanc que Noir, tout comme il vaut mieux être riche que pauvre. «Les préjugés raciaux sont largement inconscients, et c’est là que se trouve la plus grande difficulté: la moindre suggestion de leur existence provoque une réaction défensive.»

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«Fragilité blanche, ce racisme que les Blancs ne voient pas», Robin DiAngelo, Les Arènes

Pour vaincre le racisme, les Blancs doivent donc surmonter leurs propres réactions. «Le système dans lequel nous vivons reproduit les inégalités raciales par défaut; nos institutions ont été créées pour les perpétuer et elles le font très efficacement. […] Pour que cet état de fait perdure, le système a juste besoin que les Blancs soient très gentils et ne changent surtout rien.» Robin DiAngelo propose un petit guide clés en main, tout en soulignant qu’on ne finit jamais de lutter contre son propre racisme. Une personne relève une attitude blessante? Il faut chercher le dialogue. Comprendre son point de vue. Sa souffrance si elle est non-Blanche. Réparer ce qui peut l’être. Puis analyser son propre comportement pour avancer. «C’est un processus dérangeant et qui dure toute la vie […]. Heureusement, il est aussi captivant et profondément transformateur.»


Par Noriane Rapin publié le 24 septembre 2020 - 11:32