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Virginie Efira, l’amour fou «en attendant Bojangles»

L’actrice franco-belge de 44 ans Virginie Efira est à l’affiche du merveilleux film «En attendant Bojangles». Une œuvre bouleversante où cette valeur sûre du cinéma peut laisser s’exprimer toute la palette de son talent.

L’actrice franco-belge de 44 ans Virginie Efira est à l’affiche du merveilleux film «En attendant Bojangles».

L’actrice franco-belge de 44 ans Virginie Efira est à l’affiche du merveilleux film «En attendant Bojangles». 

Fred Meylan / H&K

Il y a son jeu d’actrice, bien sûr, son sourire contagieux, ses émotions qui affleurent, son parler vrai. Dans ses rôles, l’actrice Virginie Efira est comme une enfant qui jouerait à «on dirait que je suis…». Au choix: une nonne lesbienne, une femme à la double vie, une folle, etc. Il y a aussi sa peau. L’actrice franco-belge accroche la lumière et notre regard. Son visage sans ombre la fait ressortir sur l’écran comme si le chef opérateur avait choisi de n’éclairer qu’elle.

Virginie Efira

La carrière de Virginie Efira à la TV débute en 1998 sur la chaîne belge Club RTL. Elle anime «Mégamix», une émission pour ados, avec Lidia Gervasi.

DR

Virginie Efira est actuellement à l’affiche de deux films: «Madeleine Collins», d’Antoine Barraud, où elle incarne Judith, une femme qui a deux vies, deux maisons, deux maris, deux familles, et le bouleversant «En attendant Bojangles», adapté du premier roman d’Olivier Bourdeaut. Elle y joue le rôle de Camille dans une histoire d’amour fou. Fou dans le sens littéral du terme. Avec son désir de transformer le quotidien en acte poétique, elle entraîne son mari, joué par Romain Duris, et son fils, interprété par Solan Machado-Graner, dans une spirale de fantaisie et frôle la folie avant d’y sombrer.

Virginie Efira

Virginie Efira et son père, André Efira, lors de l’avant-première du film «Et ta sœur», à Bruxelles, le 13 janvier 2016.

AGENCE / BESTIMAGE

L’actrice, née 5 mai 1977 à Bruxelles, a l’élégance de ne pas utiliser le divorce de ses parents lorsqu’elle avait 9 ans comme exutoire à ses zones d’ombre. «Quitter un homme sans lui prendre ses enfants, comme l’a fait ma mère, je trouve que c’est un acte très beau, une preuve d’intelligence», dit-elle. Elle passait la semaine avec son père, André Efira, oncologue et professeur d’hématologie à l’hôpital universitaire, et le week-end avec sa mère, Carine Verelst, une esthéticienne reconvertie dans la restauration.

«Mon envie d’être comédienne est venue dès l’enfance», dit-elle. Dès l’âge de 5 ans. Ce désir précoce lui a valu des insultes à l’école. Quand elle évoquait son rêve de devenir actrice, on lui répondait: «Ah oui, tu veux être pute?» «Je me souviens d’un prof de maths qui plaisantait en me disant: «C’est combien, Virginie?» Et donc je rigolais aussi pour donner le change», confie-t-elle à «Vanity Fair.» «J’ai appris à changer la perception de ce qui a été vécu comme une honte, une douleur, à en atténuer le sentiment de gravité.»

Virginie Efira

L’actrice rayonne lors de la cérémonie de clôture du 78e Festival international du film de Venise, le 11 septembre 2021.

Stefania D'Alessandro

Dans sa famille décomposée-recomposée (elle a une sœur et deux frères), on était moins radical, mais cela n’a pas empêché son père de l’encourager à suivre des études «sérieuses» afin de s’offrir un champ de possibilités plus étendu. Elle a ainsi étudié le latin, la psychologie et les mathématiques, avant d’entrer à l’Institut national supérieur des arts du spectacle puis au Conservatoire royal de Bruxelles. Parce qu’il faut bien gagner sa vie, elle travaillait comme serveuse dans un bar. C’est là, avec sa blondeur, ses joues rebondies et son sourire espiègle, quʼelle fut repérée pour devenir l’animatrice de l’émission pour ados «Mégamix» sur la chaîne Club RTL, affublée de tresses et de tenues multicolores. «On interviewait Alizée, Victoria Beckham, tous les «boys bands.» J’étais vraiment la blonde de la télévision avec ses talons hauts, ses grosses boucles, son maquillage excessif.»

Repérée par M6, elle devient la présentatrice vedette de «Nouvelle Star» en 2006, en remplacement de Benjamin Castaldi. Pendant deux ans, elle y égrène ses blagues et distribue ses sourires, séduisant plus de 5 millions de téléspectateurs. Après avoir animé en 2009 un talk-show sur Canal+, elle est sauvée de l’échec par Pierre Lescure, qui dirigeait alors le Théâtre Marigny. Il lui offre un rôle dans «Nathalie», la pièce adaptée du film d’Anne Fontaine, où elle joue une prostituée. Les mots crus ne lui font pas peur. La nudité non plus. La critique est charmée. Ce succès lui ouvre les portes du cinéma.

Virginie Efira

Un film bouleversant En janvier 2022, Virginie Efira, l’actrice franco-belge née le 5 mai 1977 à Bruxelles, est à l’affiche du saisissant «En attendant Bojangles » avec Romain Duris.

Roger Arpajou via www.imago-imag

En 2013, les producteurs français lorgnent les comédies romantiques américaines, peuplées de jolies blondes pas compliquées. Virginie Efira enchaîne les tournages. «Mon emploi, c’était la fille indépendante mais fragile en dessous, pas agressive, mignonne mais pas fatale… rassurante quoi.» Tourner dans des films qui lui parlaient davantage, c’est venu plus tard, lorsqu’elle approchait les 40 ans. Le virage, elle l’a pris avec le film «Victoria», de Justine Triet, en 2016. «En fait, j’avais renoncé. Je ne veux pas faire l’apologie du renoncement, mais se défaire d’un objectif ou même d’un rêve permet de ne pas penser que vous avez foutu votre vie en l’air si vous n’y êtes pas arrivé. Et de faire donc quelque chose avec ce qui se présente», dit-elle à «Vogue».

Son premier souvenir de cinéma, c’est Mary Poppins, qui l’a émerveillée avec son sac de voyage en tapisserie dont elle sort une patère, un miroir, une plante verte… Il reste quelque chose de cet émerveillement dans sa manière de jouer. «Parfois, avant de tourner, j’ai besoin d’essayer de ne pas voir la caméra, les gens, de regarder un endroit qui est neutre, comme si j’avais 8 ans et demi, pour me donner l’idée d’une télétransportation dans un autre endroit et croire en toutes les choses qui existent.»

Sa vie privée s’est dessinée en parallèle de sa vie professionnelle. En 2006, elle épouse l’acteur Patrick Ridremont, dont elle a divorcé en 2009. Elle a ensuite partagé la vie du réalisateur Mabrouk El Mechri, avec qui elle a eu une fille, Ali, née le 24 mai 2013. «Pour moi, la chose la plus importante et que j’essaie de transmettre en tant que mère est la capacité à l’émerveillement, ainsi que la curiosité, dit l’actrice. Tous les metteurs en scène la connaissent. Je l’emmène sur les tournages, quitte à la scolariser sur place. J’aime qu’elle soit là, mais je veille à ne pas prendre sa vie en otage.»

Virginie Efira

Avec le jury de «Nouvelle Star», qu’elle a animé dès 2006: Manu Katché, Dove Attia, Marianne James et André Manoukian.

Guillaume Gaffiot/Bestimage

Sa dernière collision émotionnelle a eu lieu en 2017, sur le tournage du film de Catherine Corsini «Un amour impossible», d’après l’ouvrage de Christine Angot. C’est là qu’elle a rencontré son futur fiancé Niels Schneider. Virginie Efira a dix ans de plus mais ne supporte pas qu’on le lui fasse remarquer. «A 22 ans, je me suis mariée à quelqu’un qui avait dix ans de plus que moi, et jamais, jamais, on ne me parlait de cette différence d’âge.»

En mai 2019, sur le tapis rouge du Festival de Cannes, Virginie Efira a eu un accident d’escarpin: la bride de sa sandale s’est détachée. Grand seigneur, Niels Schneider s’est agenouillé devant elle pour la «rebrider». «Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour», écrivait le poète Pierre Reverdy.

 

Par Isabelle Cerboneschi publié le 28 janvier 2022 - 08:48