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Coronavirus

Le virus qui fait le vide

Le sport et la culture sont touchés de plein fouet par la décision du Conseil fédéral d’interdire tout rassemblement de plus de 1000 personnes. En Suisse romande, nous avons rencontré ceux qui animent nos week-ends et nos soirées, qui nous disent ce qu’il leur en coûte. Parmi eux, le président du FC Sion Christian Constantin règle ses comptes.

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Seul dans l’immense halle du CERM à Martigny où devait se tenir la traditionnelle choucroute du FC Sion, et alors qu’il devait être entouré de 7000 personnes ce samedi, le président du FC Sion fait et règle ses comptes. Valentin Flauraud

«La moitié de la programmation du FIFF pourrait être sauvée»

Festival international de films de Fribourg: annulé.

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Thierry Jobin, directeur artistique du Festival International du Film de Fribourg (FIFF), pose dans la salle du cinema Rex Cinemotion, vendredi 6 mars à Fribourg. VALENTIN FLAURAUD / VFPIX.COM

Thierry Jobin, directeur artistique du FIFF, est assis au premier rang d’une salle de cinéma qu’il connaît bien. C’est la plus grande – 286 places – du cinéma Rex Cinemotion, qui fait face à l’ancienne gare de Fribourg. Mercredi dernier, c’est avec beaucoup d’émotion que les organisateurs du FIFF ont annoncé qu’ils renonçaient. L’annulation des séances scolaires, «l’un des piliers du festival», a été le coup de grâce pour la 34e édition. Le FIFF peut donc déjà déplorer 360 000 francs de pertes sèches, soit ce qu’avait rapporté la billetterie l’année dernière.

Aujourd’hui, le directeur artistique est ému par la solidarité des Fribourgeois: «Le catalogue et le merchandising ont été vendus en ligne à un prix solidaire et les gens ont joué le jeu.» Résultat: le 11 mars, le FIFF annonce son redéploiement partiel et, bonne nouvelle, la moitié de la programmation devrait être sauvée et sera répartie sur l’année ou disponible en ligne.


Coup de théâtre et de tonnerre à l'OCL

Concert de Renaud Capuçon et de l’Orchestre de chambre de Lausanne: huis clos.

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Francois Dinkel, deuxième basson, pose dans la salle du Métropole avant le concert de l'Orchestre de chambre de Lausanne (OCL), jeudi 5 mars. VALENTIN FLAURAUD / VFPIX.COM

Les musiciens de l’OCL, dirigés par le célèbre violoniste Renaud Capuçon, ont joué mercredi et jeudi derniers devant une salle quasiment vide. Seuls une quarantaine de spectateurs – des professionnels et des membres du conseil de fondation – se trouvaient éparpillés sur les fauteuils de la salle historique. Et pourtant, cette dernière aurait dû être pleine à craquer. Les 1134 places étaient vendues, les deux soirs de suite.

Le coronavirus et le Conseil fédéral en auront décidé autrement. Pour parer à ce qui relevait de l’inimaginable il y a quelques semaines, coup de théâtre: le concert de Renaud Capuçon et de l’OCL - avec le 2e basson François Dinkel (photo) - s’est joué à huis clos et a été retransmis à la télévision. Pour ce qui est de la suite, l’OCL a décidé d’annuler tous ses concerts jusqu’au 15 mars.


«Les joueurs se préparent et espèrent retrouver leur public le plus vite possible»

Les matchs de Swiss League et de National League: reportés.

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L'attaquant du HC Ajoie Steven Macquat pose dans la patinoire de Porrentruy, jeudi 5 mars.  VALENTIN FLAURAUD / VFPIX.COM

Deux mille cinq cents spectateurs, un match à guichets fermés et une ambiance de feu dans les gradins. Voilà à quoi ressemblent, en temps normal et surtout après son triomphe en Coupe de Suisse, les matchs du HC Ajoie à domicile.

Pourtant, depuis deux semaines, pas une seule âme dans la patinoire du Voyebœuf à Porrentruy - à l'exception de l'attaquant Steven Macquat pour la réalisation de la photo - à l’instar de toutes les patinoires de Suisse. Coronavirus (et Conseil fédéral) oblige, les play-off sont suspendus et renvoyés à une date inconnue.

Comme le football, le hockey, deuxième sport le plus populaire du pays, est largement touché par l’interdiction de tout rassemblement de plus de 1000 personnes et le flou règne autour de la suite des phases finales qui, si elles devaient se jouer à huis clos, représenteraient un énorme trou dans les finances des clubs suisses.


«Jouer sans public, ce n’est pas beau, il n’y a pas d’émotion»

Les matchs de Super League: reportés.

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Joël Magnin, entraîneur de l'équipe de football de Neuchâtel Xamax, pose dans le stade de la Maladière, samedi 7 mars. VALENTIN FLAURAUD / VFPIX.COM

Samedi dernier, Neuchâtel Xamax devait accueillir le FC Bâle, un match décisif pour l’équipe en rouge et noir qui se bat pour échapper à la relégation. Mais il n’en sera rien, la ligue ayant décidé de reporter tous ses matchs au moins jusqu’au 15 mars. Alors, pour se garder en forme, les Xamaxiens ont joué contre Grasshopper lors d’un match amical à huis clos de 120 minutes samedi dernier. Résultat? 4-2 pour Neuchâtel, qui accueille en moyenne et en temps normal environ 6000 spectateurs par match.

Quelques minutes après la rencontre, Joël Magnin, entraîneur, pose sur la pelouse du stade de la Maladière, au milieu de ces tribunes désespérément vides. Une décision est attendue quant à l’avenir de la saison qui pourrait bien se terminer à huis clos, ce qui représenterait un manque à gagner énorme pour les clubs. A Neuchâtel, on parle de 1 million de francs, sur un budget annuel de 9 millions.


Christian Constantin: «Il va manquer 100 millions au foot suisse. La Ligue devra payer»

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  Valentin Flauraud

Des rentrées financières stoppées net, le flou des mois à venir, la guerre qui se profile entre les clubs et la Swiss Football League, «l’affaire» Laurent Gerra… Fidèle à lui-même, Christian Constantin estime qu’il est temps de l’ouvrir.

- Vous estimez la perte due à l’annulation de votre soirée de gala à environ 2,5 millions de francs. Ce serait un gros trou dans le budget si l’annulation de l’édition 2020 devait se confirmer…
- Christian Constantin: A voir la tournure dramatique que prend la crise, j’ai bien peur qu’elle se confirme. Pas plus tard que vendredi, l’Etat du Valais nous a demandé de dresser une liste de toutes nos manifestations jusqu’à la fin du mois d’août. Du coup, je crains que le pire soit à venir en matière de restrictions pour les événements publics.

- Vous pensez que le championnat ne reprendra pas?
- Je ne suis pas devin, mais j’observe et je suis l’évolution de la situation. L’OMS est sur le point de déclarer l’état de pandémie et, selon les autorités avec lesquelles j’ai parlé, nous ne devrions pas atteindre le pic de l’épidémie avant la fin avril. Une fois celui-ci atteint, il faut compter encore quelques semaines avant qu’un éventuel reflux se confirme. Cela nous reporterait à la fin mai. Et c’est une vision plutôt optimiste des choses.

- Revenons à la question financière…
- C’est vite vu. Pour le FC Sion, le budget du printemps culmine à 12,5 millions. Au manque à gagner de la choucroute, qui est l’affaire du club, il faut ajouter celui des sept matchs de championnat à domicile en cas d’annulation. Parmi lesquels ceux contre Saint-Gall, Bâle, YB et Servette. A ce jour, les sponsors et les abonnés qui ont payé pour toute la saison me disent: «On ne va pas t’appuyer sur la tête mais, en compensation, tu nous fais un prix pour la saison prochaine.» Les pertes seront abyssales. Et quid de la Coupe de Suisse? Et des droits de télévision?

- Les clubs peuvent toucher les droits TV s’ils décident de jouer à huis clos, devant les caméras…
- Ça ne règle pas le déficit de recettes des matchs. Ecoutez, on ne va pas passer par quatre chemins. Si le championnat ne reprend pas, et même en coupant dans les dépenses et en licenciant des gens, la perte pour le FC Sion se chiffrera en millions. Idem pour les autres clubs. On estime que, bon an, mal an, le foot suisse génère un chiffre d’affaires de 300 millions de francs. Si la saison est terminée, nous resterons bloqués à 200 millions. Qui paiera la différence? Selon moi, c’est de la responsabilité de la ligue, qui aurait dû s’assurer contre le risque d’un arrêt des compétitions. Le cas échéant, celle-ci pourrait se retrouver en grande difficulté, accusée de gestion fautive. Même ses dirigeants, à titre personnel, ne seraient pas à l’abri de devoir répondre du préjudice, à mon avis.

- Sitôt les restrictions décrétées par le Conseil fédéral, vous avez annoncé vouloir mettre vos joueurs au chômage technique. Où en êtes-vous dans cette démarche?
- Seules les personnes disposant d’un contrat à durée indéterminée ont accès aux indemnités. Notre staff administratif, en l’occurrence. Mais pas les joueurs, puisqu’ils bénéficient d’un contrat à durée déterminée. A propos de ces derniers, sept seront en fin de contrat en juin et, dans la situation actuelle, impossible d’envisager quoi que ce soit pour la suite, ni de procéder à de nouveaux engagements. Les incertitudes planent non seulement sur la fin de saison mais également sur la prochaine.

- Sauf votre respect et celui des supporters du club, beaucoup d’observateurs disent que si la compétition ne reprenait pas, la bonne nouvelle serait que le FC Sion serait assuré de jouer en Super League la saison prochaine…
- (Rire.) Je suis content que des gens s’inquiètent pour notre avenir, mais permettez que je ne réagisse pas à ce genre de commentaire.

- Pour terminer, qui dit la vérité dans «l’affaire» Laurent Gerra? Vous, qui prétendez que tout était réglé pour sa participation à votre soirée de gala, ou lui, qui affirme tout le contraire?
- J’ai présenté publiquement les preuves de ma bonne foi, en particulier celle du paiement d’un acompte. Je ne peux donc que répéter que j’ai rencontré trois fois Laurent Gerra, qu’il se réjouissait de venir à Martigny et que l’affaire roulait. Puis, pour une raison que j’ignore – mais dont je me doute après enquête – il nous a écrit le 20 février pour nous avertir qu’il renonçait à venir. Après discussion, nous avons proposé de rédiger un communiqué commun, ce que Laurent Gerra et son représentant ont refusé. On en est là. Mais, vous l’avez compris, je maintiens à 100% mes déclarations.

- De quel doute voulez-vous parler?
- J’ai de bonnes raisons de penser que pour diverses raisons, dont une question financière, quelqu’un a découragé Laurent Gerra en dénigrant notre manifestation. Je sais qu’une personne a parlé à quatre reprises au téléphone à M. Gerra avant que celui-ci fasse part de son renoncement. Mon petit doigt me dit que l’influence de ladite personne a sans doute été déterminante.

- Un nom?
- C’est trop tôt. Ce que je peux dire, c’est que nous sommes deux à occuper le site de Tourbillon durant l’année et qu’à mes yeux il y en a un de trop…


L'éditorial: Le pire serait de paniquer

Par Christian Rappaz

A l’heure où vous lirez ces lignes, les marchés financiers se seront peut-être, au mieux, stabilisés. A l’heure où nous les écrivons (lundi après-midi), laminés par les mesures de confinement imposées pour contrer le coronavirus, ils sont en mode «sauve-qui-peut». Vingt-cinq pour cent de baisse en deux semaines, 10% lundi matin. Le pire effondrement depuis la crise financière de 2008. Des secteurs entiers de l’économie sont frappés de plein fouet et notre industrie d’exportation assiste, angoissée, au renforcement du franc. Et comme si l’épidémie et l’arrêt des chaînes de production chinoises ne suffisaient pas, c’est le moment que choisit l’Arabie saoudite pour déclencher une guerre des prix du pétrole. Bingo. En matière de choc(s) et de traumatisme(s), difficile de faire mieux.

Faut-il pour autant céder à la panique? Ce serait assurément le pire des réflexes. Certes, à mesure que l’épidémie se propage, les mesures de confinement se durcissent et se généralisent. Conséquence, la consommation continue de chuter et l’économie ralentit. C’est malheureusement le prix à payer pour la (bonne) gestion de la crise par le Conseil fédéral et les gouvernements en général. Pour freiner l’avancée du mal, et surtout limiter au maximum le nombre de ses victimes, c’est en effet la seule méthode efficace en l’absence de vaccin. L’exemple de la Chine en témoigne. Après deux mois de mesures draconiennes, le pays semble avoir dépassé le pic de contamination. Petit à petit, son économie se remet en marche et les rues de Pékin apparaissent chaque jour un peu plus garnies. Si le reste du monde fait preuve de la même discipline, le Covid-19 devrait battre en retraite sitôt l’arrivée des beaux jours.

Espérons que d’ici-là, il n’aura pas tué plus d’entreprises que d’êtres humains. Le problème, c’est qu’il n’est pas la seule cause de tous les maux. En réalité, le virus a été l’étincelle qui a fait exploser les bulles financières que les banques centrales ont gonflées à des niveaux stratosphériques une décennie durant. Coronavirus ou pas, le krach était programmé. A celle de la maladie est donc venue s’ajouter la peur d’une récession mondiale. Un scénario que beaucoup estiment déjà acté.


Par Rappaz Christian, Camille Pagella et Valentin Flauraud/VFpix.com publié le 11 mars 2020 - 14:17, modifié 18 janvier 2021 - 21:08