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© Claude Gluntz

Il y a 20 ans, notre première avec Roger Federer

Publié samedi 2 mars 2019 à 17:43
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Publié samedi 2 mars 2019 à 17:43 
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En janvier 1999, L'illustré faisait découvrir le jeune Roger Federer au public romand. Alors âgé de 17 ans, le Bâlois aux faux airs débonnaires venait d'être sacré meilleur junior du monde et annonçait des lendemains prometteurs... Pour célébrer le 100e titre de l'immense champion qu'il est devenu, nous republions 20 ans après le récit de cette première rencontre.
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Croyez-nous, le monde du tennis n'en a pas fini avec ce garçon-là. Pas fini avec son regard traînant, son sourire embusqué, son amour immodéré pour les corn-flakes Kellogg's et les plaques de chocolat. Avec ce Bâlois débonnaire à peine débarqué sur les courts de la planète et prêt à s'y installer pour un joli bout de temps, promis-juré.

>> A découvrir: l'article sur les 100 choses à savoir sur Roger Federer

«Il joue comme il respire», raconte le capitaine de l'équipe suisse de Coupe Davis, Stefan Oberer. «Il possède les qualités pour devenir un joueur de pointe», renchérit Marc Rosset. «C'est le talent de la décennie!» conclut Jakob Hlasek.

«Je déteste le stress»

Camerzind
Le petit Roger en 1985 (4 ans), sur le court de Ciba, entreprise bâloise où travaille son père.

Cette avalanche de compliments? Peu lui chaut. A 17 ans, il vit relax dans sa chambre d'ado aux murs couverts de posters de basketteurs et ne craint qu'une chose dans la vie: le stress. «Je déteste ça, dit-il. Si je remarque cinq minutes avant un match que mon cordage n'est pas assez tendu, c'est affreux.»

«Enorme potentiel»

A le voir parler sans hâte, comme assis sur un nuage en coton, la comparaison avec Rosset saute aux yeux. Mais Stefan Oberer, longtemps coach du Genevois, tranche sans hésiter. «Ce sont des intuitifs, certes. Mais Roger est beaucoup plus fort que Marc au même âge. Il est moins anxieux et il sait ce qu'il veut. En fin d'année, avant de partir à l'Orange Bowl, il n'a pas craint d'annoncer qu'il voulait devenir le meilleur junior. Les Américains l'ont compris. Il y a longtemps qu'ils n'ont pas vu un tel joueur, disent-ils. Quel énorme potentiel!»

Ce prestigieux Orange Bowl, véritable Masters des juniors, Roger (prononcez «Rodger») l'a gagné haut la main en décembre. Comme le tournoi de Wimbledon, cet été. Et ces grandes victoires, ajoutées à une place en demi-finale en Australie, lui valent aujourd'hui d'être le nouveau champion du monde juniors. Il y succède au palmarès à d'immenses stars comme Lendl, Edberg ou Rios.

Terrible mal du pays

Pourtant, rien n'a été facile. A Wimbledon, il a par exemple disputé un premier tour sur un court aux rebonds horribles et a dû s'accrocher sur chaque point. «Je ne savais plus où j'étais. A un moment, j'étais même sûr que le filet était trop haut...» se souvient-il. Mêmes tourments dans le vent violent soufflant à l'Orange Bowl. «En plus, il souffrait d'une entorse. Il a fait preuve d'un vrai caractère», insiste Oberer.

Ce caractère, il l'a aussi démontré il y a trois ans, au moment de venir apprendre son métier au Centre suisse d'Ecublens (VD). A 14 ans, il a quitté sa famille pour deux ans. «Au début, j'avais un mal du pays terrible. Le dimanche soir, au moment de quitter ma maison, c'était dur», se souvient-il.

Une page de L'illustré de janvier 1999 avec la photo de Roger Federer posant pour le 1er article qui lui a été consacré dans le magazine.

La famille de Jean-François Christinet, qui l'a accueilli à Ecublens, se souvient sans peine de Roger, «un garçon extraordinaire, naturel, spontané». «S'il a gagné, c'est grâce aux corn-flakes! sourit Mme Christinet, il en mangeait des bols entiers, et toute la journée. Il n'aimait ni la viande ni le poisson. Ne mangeait que des pâtes.»

Hilare, elle rappelle la difficulté du garçon à se coucher le soir et à se lever le matin. «Parfois, il ne réagissait pas à la sonnerie. Je devais aller le chercher. Mais là, il était debout en cinq minutes: jamais vu un gars aussi rapide!» Elle raconte aussi ses parties de cache-cache acharnées avec son fils Vincent, dans l'appartement, et ses tiroirs débordant de biscuits.

Maturité

Roger le reconnaît volontiers: il passe déjà sa vie dans les avions, mais il lui reste tant à apprendre, l'approche de la compétition, la discipline d'un champion. «Avant, je pleurais après chaque match perdu. Maintenant presque plus, sauf en cas de partie très serrée. Je vais me doucher et, un instant plus tard, ça va mieux.»

Il y a quelques mois, il ramassait les balles de Martina Hingis aux Swiss Indoors. Mais il grandit si vite: personne ne sait où il s'arrêtera.


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