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Les verbes

Yann Marguet: «Obliger»

Cette semaine, Yann Marguet nous parle de l'Autriche, un pays dont tout le monde se fichait, jusqu'à ce qu'il y soit question d'obligation vaccinale. L'humoriste remarque que cette couverture médiatique exceptionnelle souligne une chose: la peur que ça arrive chez nous.

Yann Marguet

L'humoriste et comédien romand Yann Marguet.

Valentin Flauraud

J’ai toujours été épaté par la propension de la planète à ne pas se demander ce qui se passait en Autriche. Pourtant il y en a plein, des pays comme ça, dont on se fiche éperdument à l’international. La Namibie, le Suriname, la Slovénie, la Suisse… Mais, je ne saurais vous expliquer pourquoi, c’est pour les Autrichiens et les Autrichiennes que j’ai parfois envie d’allumer un cierge en guise de petite pensée. «Quelqu’un en ce moment se rappelle que vous existez.» En fait, j’ai remarqué que, quand on lit «Autriche» dans les journaux helvétiques, c’est lorsqu’il s’y passe un truc qui a eu, est en train de, ou s’apprête à déborder chez nous. Respectivement un dictateur, un Euro 2008 et une obligation vaccinale.

Non contente d’avoir reconfiné tout le monde pendant vingt jours, l’Autriche (je vais l’écrire un maximum de fois pour tenter de rattraper ces années d’inconsidération) obligera donc ses récalcitrants et trantes à passer à la piquouse dès le 1er février 2022. Tout «provax» que je suis – si vraiment il faut choisir un team – je n’ai pu empêcher ma bouche de vacciné volontaire de laisser échapper un «WOW!» à la lecture de cette nouvelle. La zone entre l’obligation et la forte incitation a beau être grise comme une photo d’Enrico Macias en Bretagne, ça fait quand même un peu réfléchir de voir un gouvernement (celui d’AUTRICHE, s’il est besoin de le rappeler) officiellement sauter le pas de la contrainte totale et assumée.

L’AUTRICHE étant, comme déjà mentionné, généralement absente de la sphère médiatique extérieure à l’AUTRICHE, j’ignore si le parcours pandémique de l’AUTRICHE a suivi à l’identique celui de la Suisse. Je l’imagine en tout cas plus proche du nôtre que celui de la Chine, du Brésil ou du Rwanda et, si tel est bel et bien correct, alors me vient en tête la question suivante: tout a-t-il vraiment été tenté avant d’en arriver là? La réponse ne va pas de soi. Le durcissement des conditions d’accès à la vie sociale semble déjà avoir eu raison de la patience de bon nombre de nos concitoyen·ne·s et il y a fort à parier qu’un bannissement progressif du lieu de travail et de toute forme de loisirs n’achève de faire exploser le pays, comme samedi dernier aux Pays-Bas. Où ils ont brûlé des vélos. C’est pas drôle, mais un peu quand même.

Pourtant, même dans les mesures actuelles persistait jusqu’à maintenant une forme de libre arbitre. Qui faisait le choix de ne pas se vacciner en acceptait les conséquences, dussent-elles être (momentanément, touchons du bois) ostracisantes. Obliger, c’est autre chose. Obliger, ce n’est plus vous empêcher d’aller ici ou là, c’est venir directement chez vous. Et pour certains et certaines, chez soi, c’est encore le dernier bastion, le dernier refuge qui permet de se rappeler la vie d’avant. Alors je le redemande: a-t-on vraiment tout essayé avant d’enlever ce bien à celles et ceux qui craignent le vaccin? A vrai dire, je ne sais même pas comment l’AUTRICHE compte mettre tout ça en place… Contraventions? Descentes de police? Camisoles de force? Comment oblige-t-on quelqu’un à ingérer un vaccin? En le cachant dans la purée? Je ne sais pas non plus ce que le gouvernement du pays (l’AUTRICHE, donc) a traversé pour en arriver à cet ultime recours.

>> Lire aussi la précédente chronique de Yann Marguet: «Penduler»

En Suisse, en tout cas, on nous dit que ça n’arrivera pas, qu’il n’y a aucune base constitutionnelle pour le faire et que ce n’est pas dans les projets. Ironiquement, on sent aussi que pour la dix-huitième fois en deux ans, on reste persuadé que ce qui arrive littéralement à côté de chez nous va nous contourner du nord au sud et de l’est à l’ouest, façon «guerre mondiale». Plus aucun plébiscite des gestes barrières, passe sanitaire conférant un sentiment d’invulnérabilité comme l’étoile dans Super Mario, traçage inexistant, ignorance des stratégies développées à l’étranger pour contenir les vagues et j’en passe… Une chose est sûre: on n’est pas près de pouvoir justifier de faire comme en AUTRICHE. Bonne semaine.

Par Yann Marguet publié le 24 novembre 2021 - 11:06