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© Yves Leresche

Yves Leresche, le pur et dur de la photo de presse

Publié mercredi 29 avril 2020 à 14:25
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Publié mercredi 29 avril 2020 à 14:25 
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C’est une fierté pour L’illustré qui l’avait mandaté: Yves Leresche est le photographe Swiss Press de l’année. Une récompense méritée. Luc Debraine, directeur du Musée suisse de l'appareil photographique de Vevey lui rend hommage.
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DR
Luc Debraine, directeur du Musée suisse de l'appareil photographique de Vevey (VD).

C’était le 10 janvier dernier, sur le coup de midi. Réuni au Kornhausforum de Berne, le jury n’a pas hésité longtemps à choisir la photographie de l’année, le premier prix très convoité du concours Swiss Press Photo. Il y a bien sûr eu quelques vifs échanges d’arguments. Dont celui d’une récompense attribuée encore une fois à un photographe mâle, alors que l’événement couvert était celui de la grève des femmes du 14 juin 2019 à Lausanne. N’y avait-il pas là un paradoxe, pire, une incohérence? Le combat des grévistes, ce jour-là et tous les autres jours de l’année, n’était-il pas de contester la trop grande domination masculine? Mais le jury – majoritairement féminin – s’est vite rendu à l’évidence. Le prix devait être attribué au photographe de l’année sans considération de genre, âge, région linguistique, positionnement politique, appartenance à telle rédaction. La meilleure photo est la meilleure photo.

>> Voir  le reportage photo d'Yves Leresche

DR
Yves Leresche.

Pour ma petite part, j’étais heureux du choix. D’abord pour le type de photographie récompensé. J’aime ces images frontales, explicites, efficaces, sans style particulier ni maniérisme virtuose. Des documents proches de leurs sujets en chair et en os, intenses sans être dramatiques, humanistes sans être sentimentaux, modestes sans être ennuyeux. Et j’aime le photographe lauréat, figure connue de la culture lausannoise. Yves Leresche est têtu comme une brique, engagé corps et âme dans le combat de sa photographie, tirant le diable par la queue pour continuer à assumer sa passion. Il se plaint souvent, mais tous les bons photographes sont des râleurs, c’est ainsi.

Voilà trente ans qu’il documente le destin des Roms d’Europe, leur consacre des livres et des expositions, récoltant au passage plusieurs prix internationaux. Financièrement parlant, il aurait mieux fait de tirer le portrait de célébrités ou de vendre des tirages de nus vaporeux. Pas le genre de la maison Leresche. Son travail au long cours sur ces damnés de la terre, ces invisibles qu’il nous force à regarder, lui a coûté bien des mandats. Il le sait. Mais il s’en fiche. Le photographe préfère attendre la prochaine commande de presse, même si elle est rare. Ou prendre des photos de mariage, couvrir une conférence. Sa liberté est à ce prix.

Yves Leresche
La photo de l'année 2019.

Le 14 juin 2019 à Lausanne, immergé dans l’immense foule des manifestantes, Yves Leresche était impressionné. «C’était un mélange de force, de souffrance, de libération et de connivence entre ces femmes. Elles avaient des combats différents, mais elles étaient ensemble. Certaines assumaient complètement leur présence, d’autres moins», m’a-t-il raconté plus tard. Il a sué sang et eau pour répondre au mieux à la demande de L’illustré. Il s’est cassé plusieurs fois la figure à force de marcher à reculons, son Leica à l’œil, un flash à la main pour déboucher les ombres occasionnées par le soleil de juin. Mais il l’a eu, son reportage. La photo de l’année aussi. Pas volée!


Yves Leresche en bref

Yves Leresche est un photographe indépendant né à Lausanne le 9 juin 1962.

Il a notamment publié «Roms – La quête infatigable du paradis» (2015, Ed. Infilio). Ses travaux sur les Roms lui ont valu un prix World Press Photo en 1997 et un prix Swiss Press en 2016.


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