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Présenté par Ascona-Locarno

«Nous voulons faire de Corippo une expérience unique»

Dans quelques mois, le plus petit village de Suisse accueillera trois nouveaux habitants, les managers de l’Albergo Diffuso de Corippo, Jeremy Gehring, Désirée Voitle et leur fils, le petit Ernesto, 15 mois. Un bouleversement pour un hameau dont la population totale s’élève aujourd’hui à 11 personnes. Rencontre.

Corippo, le plus petit village de Suisse

Jeremy Gehring, Désirée Voitle et leur fils Ernesto posent devant l'une des «Rustici» aux façades en granit de ce village bientôt transformé en expérience hôtelière. 

Marika Brusorio

Les années passent et le paysage ne change pas. Une soixantaine de rustici, des tuiles en ardoise, des façades en granit, des balcons en bois et des ruelles sinueuses, bienvenue à Corippo, à trente minutes au nord de Locarno, plus petit village et peut-être le plus charmant de Suisse, niché sur le flanc droit du Val Verzasca. Dès l’été prochain, Corippo deviendra un Albergo Diffuso, comprenez un hôtel «répandu» ou villageois en français. Ici, les ruelles deviendront les couloirs de l’hôtel, l’osteria du village son centre névralgique et sa réception et les fameux rustici feront office de chambres pour des vacanciers en quête d’expériences nouvelles. L’Albergo Diffuso est un projet unique avec pour but la conservation de ce petit village, classé monument historique en 1975 et qui, comme tant d’autres, a dû faire face à l’exode de ses habitants. A la manœuvre? Jeremy Gehring et Désirée Voitle, respectivement restaurateur et hôtelière et futurs managers de cet hôtel pas comme les autres. Interview croisée de deux passionnés.

- Jeremy, vous êtes Fribourgeois, Désirée originaire du nord de la France, comment êtes-vous arrivés à Corippo?
Désirée Voitle: Lorsque nous nous sommes rencontrés dans un hôtel-restaurant à Bordeaux en France, l’idée d’avoir «quelque chose» à nous ne nous a plus quittés. En 2017, nous sommes arrivés au Tessin, Jeremy travaillait toujours dans la gastronomie, moi dans le tourisme, et cette idée nous trottait toujours dans la tête pour «quand nous serons prêts». L’opportunité s’est finalement présentée plus tôt que prévu, mais cela a fait résonner quelque chose de profond en nous. On s’est dit sans hésiter qu’il fallait que l’on postule et nous avons été choisis l’été dernier.

- Quel est votre parcours?
Jeremy Gehring: Je rêve d’être cuisinier depuis l’enfance. Pourtant, j’ai fait des études d’économie à Fribourg avant de travailler dans le négoce de pétrole à Genève et à Monaco. A 28 ans, j’ai eu l’occasion de rencontrer un chef étoilé et je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. J’ai fait l’apprentissage accéléré à Fribourg puis je suis parti travailler en France dix-huit mois, période à laquelle j’ai rencontré Désirée, qui avait fait l’école hôtelière de Martigny. Nous avons ensuite travaillé en Italie et fait une saison au Pérou, dans les montagnes.

- Vous êtes donc des habitués de la montagne!
DV: Oui, et la semaine dernière, nous sommes montés à Corippo, la journée était mitigée, nous sommes arrivés dans le village entre le vert des forêts et le blanc des nuages. Cela donnait un petit côté Machu Picchu à Corippo.
JG: Ce côté de la vallée est visuellement très intact, personne n’y skie l’hiver par exemple, et cela nous a aussi fait penser au Pérou en termes de végétation. Elle est très luxuriante en comparaison avec le nord des Alpes.

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- Quelles sont les choses qui vous ont marqués en arrivant dans le village pour la première fois?
JG: Une chose marquante est qu’il n’y a pas eu de construction pendant le XXe  siècle. Il n’y a pas de route à l’intérieur du village, seulement des petites ruelles en pierre. Corippo est un voyage dans le temps. La vallée est aussi un peu encaissée à cet endroit, mais le village donne une impression très aérienne. Il est construit sur une pente assez raide et à part sur la place principale du village, il n’y a aucun plat.
DV: Et puis il faut dire que ce village est particulièrement charmant.

Le centre du village de Corippo

«Le village et charmant: il n’y a pas de route, seulement des petites ruelles en pierre. Corippo est un voyage dans le temps», s'émerveillent Désirée et Jeremy. 

Marika Brusorio

- S’installer dans le plus petit village de Suisse, cela ne fait pas trop peur question organisation?
DV: C’est vrai qu’il y avait pas mal d’inconnues. Comment s’organiser pour notre fils, notamment (Ernesto a 15 mois, ndlr), car les grands-parents ne sont pas là et la crèche la plus proche est à vingt minutes. Mais finalement les choses se mettent en place les unes après les autres et nous ne voyons pas du tout cela comme un isolement, au contraire.
JG: Déjà, notre position sera centrale dans le village et nous aurons la chance de rencontrer beaucoup de gens venant d’ailleurs ou du Tessin. Car nous comptons aussi beaucoup sur les clients tessinois. Ils seront chez eux, ce lieu est aussi pour eux, pour leur patrimoine, comme il l’est pour les habitants du village.

- Comment voyez-vous l’Albergo Diffuso dans le futur, quelle en sera l’organisation?
JG: Au moins quatre rustici seront prêts dans un premier temps et il y aura aussi trois chambres à louer dans le bâtiment principal, celui du restaurant. A terme, il n’y a pas vraiment de limite: le village compte une soixantaine de maisonnettes, 30 sont en ruine mais «restaurables», 20 sont des maisons de vacances et les dix dernières sont habitées. Un spa est aussi prévu.
DV: Nous nous sommes toujours dit que nous voulions éviter d’en mettre un derrière et un devant, ou l’inverse. Inévitablement nous devrons le faire un peu au début mais l’idée est qu’après, Jeremy soit en cuisine et que moi, je m’occupe de l’accueil et de la gestion de l’hôtel. Mais nous prenons toutes les décisions ensemble.

Présenté par Ascona-Locarno

Un village pour hôtel

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[PRÉSENTÉ PAR ASCONA-LOCARNO] Corippo, le plus petit village de Suisse, se vide de ses habitants. Ils ne sont plus qu’une dizaine actuellement. Pour sauver ce trésor bâti en pierres sèches et caché dans la vallée Verzasca, une fondation a vu le jour en 1975. Aujourd’hui, elle propose de transformer une partie du village en hôtel. Reportage. Séverine Chave

- Jeremy, vous serez votre propre chef dans l’«osteria» du village. Quelle est votre cuisine?
JG: C’est celle du sud des Alpes. Elle est moderne, simple, axée sur les goûts, les produits locaux et de saison. Beaucoup de choses m’inspirent dans la région: le fromage, les produits frais mais aussi les risottos, les pâtes évidemment et le gibier. Nous voulons aussi nous positionner dans l’écotourisme et proposer dans le restaurant une utilisation intelligente des produits et éviter le gaspillage. Il est important pour nous de proposer une nourriture un peu moins «carnée». Lorsque je proposerai de la viande je souhaite mettre en avant des coupes un peu moins nobles, souvent celles utilisées pour la viande hachée.

L'alimentation au coeur du projet

La cuisine du chef Jeremy sera celle du sud des Alpes. Elle est moderne, simple, axée sur les goûts, les produits locaux et de saison, dit le cuisinier.

Marika Brusorio

- Quelle sera l’atmosphère de Corippo avec l’Albergo Diffuso en son sein?
DV: Nous voulons quelque chose d’informel, tout sera ouvert, les gens arriveront à Corippo en même temps qu’ils arriveront dans l’Albergo Diffuso presque sans s’en rendre compte.
JG: Que les clients arrivent en baskets ou en tenue de cycliste, ils seront aussi bienvenus pour une bière que pour se restaurer. Nous voulons qu’ils sentent qu’ils arrivent quelque part, que Corippo soit une destination et pas simplement un lieu de passage. Le lieu s’y prête, nous ne sommes pas sur l’axe principal, le village est un cul-de-sac et on ne peut pas y arriver par hasard.

- Quels seront les principaux challenges?
DV: L’accessibilité, sans aucun doute. Le bus s’arrête à quinze minutes d’ici, il y en a un par heure et les rares places de parking du village sont très prisées. Nous adorerions que les gens s’organisent en covoiturage ou vraiment jouent le jeu et montent à pied. Nous voulons que Corippo soit une expérience unique. Arriver en train à la gare de Tenero, traverser la route, prendre le bus et faire le dernier bout à pied; arriver à Corippo, cela se mérite.
JG: Cela rappelle l’histoire de ce village où, pendant très longtemps, il n’y a pas eu de route. Lorsqu’elle a été construite, cela a facilité l’exode de la population du village. Dans l’esprit, il y a aussi une idée de pèlerinage.

Par Camille Pagella publié le 30.04.2021