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Santé

Andropause, mythe ou réalité?

Moins connue que la ménopause, l’andropause est un phénomène physiologique lié à la diminution progressive de la testostérone avec l’âge, touchant tous les hommes. Physiques ou psychologiques, les symptômes sont variés et parfois mal vécus, mais différentes approches thérapeutiques peuvent aider à passer le cap.

andropause

Fatigue, irritabilité, baisse de l’énergie ou encore baisse de la libido, les symptômes de l'andropause sont nombreux et parfois difficiles à supporter.

Lorado

Au contraire de la ménopause, son pendant féminin, l’andropause reste largement méconnue et ses symptômes mal cernés. Car son nom, déjà, sonne faux. Le corps de l’homme n’arrête en effet jamais sa production d’hormones sexuelles, mais celles-ci, en particulier la testostérone, diminuent progressivement avec l’âge. On parle donc plutôt de «syndrome de déficit en testostérone», qui associe à la fois une diminution de cette hormone dans le sang et des symptômes spécifiques touchant aux sphères de l’intime, qui peuvent être plus ou moins bien tolérés par chacun. Pourtant, alors que les femmes semblent être correctement sensibilisées aux modifications hormonales liées au vieillissement et à leurs conséquences, les hommes paraissent moins informés de l’apparition des premiers symptômes. Si des consultations spécifiques commencent à émerger, trop peu de patients osent encore aborder ces questions avec un spécialiste. Symptômes, diagnostics, traitements: petit tour d’horizon du syndrome de déficience en testostérone.

1. Un phénomène progressif
 

Le taux de testostérone chez un homme demeure stable, avant de baisser aux alentours de 50 ans, âge à partir duquel on observe une baisse progressive d’environ 1% chaque année, liée à un processus physiologique multifactoriel. La testostérone est produite à 99% dans les testicules, via la stimulation du cerveau par l’hormone lutéinisante (LH) – celle-là même qui, chez les femmes, permet l’ovulation. Avec l’âge, la LH diminue progressivement. Conséquence: le fonctionnement des cellules de Leydig, productrices de la testostérone, est également ralenti.

Cependant, tous les hommes ne sont pas égaux face à cette baisse. «Chaque homme possède des valeurs de testostérone différentes», précise le Dr Laurent Vaucher, médecin agréé, responsable de la Consultation d’andrologie et infertilité masculine au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). «Les normes internationales de la testostérone se situent entre 11 et 30 nmol/L. Une diminution de 1% par an chez un individu qui part d’un taux à 11 nmol/L aura donc des répercussions plus rapides que chez celui qui part d’un taux à 30 par exemple.»

2. Tous différents

Si chaque homme est tôt ou tard concerné par une baisse de son taux de testostérone, chacun est différent face au phénomène et au ressenti des symptômes. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces variations individuelles. Il existe ainsi une prédisposition génétique qui définit la quantité de production de testostérone. On sait également que des paramètres extérieurs peuvent venir accélérer le processus de diminution hormonale, comme le surpoids, une consommation excessive d’alcool, le tabagisme, une atrophie testiculaire, la présence de maladies chroniques (VIH par exemple) ou encore la sédentarité. Enfin, le déclin progressif de la production de testostérone avec l’âge est directement lié au vieillissement naturel. Il relève ainsi bel et bien d’un phénomène normal et physiologique.

>> Lire aussi: La sédentarité, piège de nos vies

3. Des symptômes visibles

L’embonpoint est l’une des conséquences visibles de l’andropause. Car la testostérone, parmi ses nombreux avantages, favorise l’accumulation de masse maigre au détriment de la masse grasse. En diminuant dans l’organisme, elle met donc en péril cet équilibre. Un homme qui pratique un sport et mange sainement parviendra à compenser le déficit. Mais là encore, chaque individu est différent selon son taux de base.

Le surpoids favorise par ailleurs l’élévation du taux de cholestérol, qui, à la suite d’un cycle de transformations progressives, est impliqué dans la fabrication de la testostérone, mais aussi dans sa dégradation en œstrogènes (hormone féminine), grâce à l’enzyme aromatase localisée dans le tissu graisseux.

«C’est un cercle vicieux, explique le Dr Vaucher. Le déficit en testostérone entraîne une prise de poids et le tissu graisseux accélère à son tour la dégradation de cette hormone.»

La testostérone, substance clé du développement et de la bonne santé de l’organisme, entre par ailleurs en jeu dans le fonctionnement de nombreux organes. Au niveau cérébral, elle agit sur différentes structures productrices d’énergie. Au niveau sexuel, outre son action de stimulation de la libido, elle est nécessaire au mécanisme d’éjaculation et participe à la fertilité. Durant la puberté, elle favorise l’accroissement musculaire et la mue (voix qui devient plus grave). Au niveau osseux, elle possède un effet protecteur, et un déficit en testostérone représente un facteur de risque d’ostéoporose masculine. Un lien entre la baisse de testostérone et l’apparition de troubles cognitifs est également soupçonné.

4. Andropause ou dépression?

Fatigue, irritabilité, baisse de l’énergie… les symptômes psychiques du syndrome de déficience en testostérone sont nombreux, parfois lourds, et peuvent être confondus avec ceux de la dépression. Au niveau cérébral, la baisse du taux de différentes hormones, liée au vieillissement, participe à l’apparition de ces signes. Il est donc difficile d’identifier un facteur spécifique.

Autre symptôme fréquent, la baisse de libido (désir sexuel). Elle est due à une baisse de l’activité de certains neurones cérébraux sensibles à la testostérone. «Le trouble de la libido est souvent le premier symptôme, directement lié à la baisse de la testostérone, que les gens que l’on voit en consultation remarquent», explique Laurent Vaucher.

En revanche, on croit souvent, à tort, que la baisse de la testostérone entraîne une dysfonction érectile. C’est faux. «Seule une absence quasi totale de testostérone peut provoquer un trouble érectile. D’autres facteurs sont donc souvent en jeu dans ce problème», précise l’urologue.

5. Le diagnostic

Le syndrome de déficit en testostérone peut être diagnostiqué via un bilan sanguin pour doser cette hormone. Cela est proposé lorsque les symptômes sont mal vécus par le patient. «Les hommes viennent généralement consulter pour une baisse de libido, constate Laurent Vaucher. La première chose que l’on fait est donc de doser la testostérone. Mais la baisse de désir n’est souvent pas uniquement physiologique et peut impliquer une série d’autres cofacteurs.»

Par ailleurs, une baisse de la testostérone dans le sang ne suffit pas à poser le diagnostic. Elle doit être associée à un ou plusieurs autres symptômes. «Parmi la population des hommes de 60 ans, entre 20 et 40% environ ont un taux de testostérone inférieur à la norme, mais vivront tout à fait bien avec cela, explique Laurent Vaucher. A l’inverse, des symptômes seuls, sans confirmation sanguine, ne permettent pas de poser un diagnostic de déficit.»

6. Les traitements et les risques

Pour certains symptômes, un rééquilibrage de l’hygiène de vie est recommandé. La perte de poids, qui mène à une diminution du tissu graisseux, permet par exemple de ralentir la transformation de testostérone en œstrogènes via l’aromatase.

En complément de l’activité physique régulière, de la testostérone de substitution par injections intramusculaires ou en gel permet, dans la plupart des cas diagnostiqués d’andropause, d’améliorer la libido.

De nombreuses controverses, à l’instar des traitements hormonaux de la ménopause, ont entouré la substitution androgénique. Les contre-indications formelles à son utilisation concernent notamment les personnes atteintes d’un cancer de la prostate. «On a longtemps pensé que les traitements de substitution de testostérone augmentaient le risque de cancer de la prostate, tempère Laurent Vaucher. Or il semblerait plutôt que le traitement agisse comme un «révélateur» d’un cancer préexistant.» En effet, les cellules de la prostate utilisent de la testostérone pour développer les antigènes spécifiques PSA, marqueurs biologiques de la tumeur, que l’on peut doser via une simple prise de sang. Ainsi, un faible taux de testostérone peut donc favoriser un taux bas de PSA, même en présence d’un cancer. La substitution aura pour effet d’entraîner une augmentation de ces valeurs et de révéler la présence d’un cancer.

Des risques cardiovasculaires liés au traitement ont également été rapportés: hypertension, incidents cardiaques… «La balance bénéfices/risques doit être bien étudiée au cas par cas avant de proposer ce type de traitement à un patient», conclut le Dr Vaucher.


 

Prise de poids: la faute aux hormones?

Impliquée dans une multitude de processus physiologiques, la testostérone a notamment la vertu d’entretenir la masse maigre de l’organisme tout en limitant sa masse grasse. Mis à mal lorsque le taux de testostérone atteint des taux trop bas, cet équilibre demeure fragile. Et surtout, la prise de poids, qu’elle soit masculine ou féminine, est généralement multifactorielle. «Bien sûr, si les bilans sanguins montrent un déficit clair en testostérone, le diagnostic s’oriente sur la piste hormonale, mais il est important de faire un état des lieux global», indique la Dre Maria Mavromati, médecin adjointe, responsable de l’Unité d’endocrinologie des Hôpitaux universitaires de Genève. «Et pour cause, une prise de poids progressive s’accentuant avec l’âge est aussi la résultante d’un ralentissement du métabolisme, d’une moindre activité physique et de l’alimentation, qui peut s’avérer trop abondante et trop riche.

Au vu de tous les paramètres en jeu, il est donc délicat d’attribuer une prise de poids uniquement à un mécanisme physiologique tel que l’andropause.» La marche à suivre en cas de doute? «L’idéal est d’envisager un examen médical, un état des lieux de l’hygiène de vie ainsi qu’un bilan sanguin complet, poursuit la spécialiste. Si un vrai déficit en testostérone se confirme, il s’agira de rechercher la cause et d’orienter le diagnostic (origine testiculaire ou liée à un médicament, par exemple) afin de pouvoir proposer un traitement adéquat.»

Par Clémentine Fitaire publié le 12 novembre 2021 - 14:29