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Au café du coin

Café du Coin en Appenzell: Dialectes, solidarité et différences

Le Café du Coin de «L’illustré» et de la «Schweizer Illustrierte» se situe cette semaine en Appenzell. Les convives parlent dialectes, solidarité et différences. L’ambiance est à la joie. L’humoriste Simon Enzler imagine: «Au pôle Nord, on verrait même des Bâlois bavarder avec des Zurichois.»

Stammtisch

Attablés à l’hôtel Hof Weissbad (de g. à dr.): Nicolas Senn, Michael Mettler, Armin Landerer, Simon Enzler, Claudia Frick et Stefan Regez.

Remo Naegeli

C’est la dixième fois que des lecteurs et lectrices rencontrent des personnalités pour évoquer la situation du pays. En fait, pour discuter d’un peu de tout. A l’hôtel Hof Weissbad d’Appenzell (Rhodes-Intérieures), Stefan Regez, responsable des magazines grand public de Ringier Axel Springer Suisse, l’humoriste Simon Enzler, 45 ans, d’Appenzell, le joueur de hackbrett et animateur Nicolas Senn, 32 ans, de Gais, Armin Landerer, 60 ans, CEO de la DEAR Foundation-Solidarité Suisse, rencontrent la commandante des pompiers Claudia Frick, 44 ans, d’Urnäsch, et le voyagiste Michael Mettler, 50 ans, de Teufen, deux représentants du lectorat. Stefan Regez interpelle tout de go Simon Enzler à propos de son dialecte marqué.

- S’il vous plaît, donnez-nous un aperçu de votre parler appenzellois…
- Simon Enzler: «Grüezi mitenand» («Bonjour tout le monde», ndlr)! «I glob, da isch nüt nötig. Da köt mä spöte no zur Genüge» («Je crois que ce n’est pas nécessaire. On pourrait en avoir pour la nuit», ndlr), ce qui n’est d’ailleurs pas du dialecte mais vient du bon allemand. Lorsqu’on écoute un vieil homme, il passe inopinément à l’allemand. C’est une particularité appenzelloise. Et alors, on comprend que ça devient sérieux.

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Enfin de nouveau de la musique live: le joueur de hackbrett Nicolas Senn offre un concert à ses compagnons de tablée.

Remo Naegeli

- Les différences de dialecte sont importantes entre les Rhodes-Intérieures et les Rhodes-Extérieures?
- Claudia Frick: Il me semble qu’on entend même les différences d’un village à l’autre. J’ai grandi à Schwellbrunn, non loin de Herisau. Là où j’habite maintenant, à Urnäsch, dans les Rhodes-Extérieures aussi, les gens parlent de nouveau autrement.
- Michael Mettler: Je ne comprends ni l’un ni l’autre! Pour repérer les différences, il faut sans doute habiter ici depuis longtemps. Moi, je n’habite Teufen que depuis 2017. Avant, je vivais à Saint-Gall. Dans notre entreprise, nous avons une collaboratrice qui parle le dialecte local. Une vraie chance!
- Simon Enzler: Il y a des mots clés dans notre dialecte et on comprend tout de suite si quelqu’un est vraiment d’ici ou non. Par exemple «mektig». Cela signifie mercredi, jour de marché. Je me suis d’ailleurs donné pour tâche de traduire les mots de manière à ce qu’on les comprenne. Notamment si je dis: «Behoptig, wie söll i eui das öbersetze? Jo, viellicht mit Behauptung.» Je fais le malin à propos du caractère prétendument inintelligible de ce dialecte.
- Nicolas Senn: Les traductions de Simon sont épatantes. Personnellement, je ne parle pas un dialecte impeccable, je parle un mélange de dialectes de Suisse orientale. Mais j’aime bien ce sujet. J’aime les gens qui parlent le vrai dialecte «Gääser» (de Gais, ndlr). Et c’est ma passion, quand je suis sur scène n’importe où dans le pays, de repérer les gens à leur dialecte.
- Armin Landerer: En tant qu’Argovien, je vous comprends assez bien. Pour moi, toutes les variantes de dialectes ont un peu les mêmes sonorités. Sauf que, par ici, le dialecte est magnifique, beaucoup plus mélodieux et originel que chez nous, en Argovie.
- Claudia Frick: Ces temps-ci, le dialecte est de plus en plus important pour beaucoup de gens. Les jeunes veulent prendre conscience de leurs racines. C’est pourquoi nous faisons en sorte que notre petit garçon de 4 ans utilise correctement certaines expressions dialectales.
- Michael Mettler: Pour mes enfants, la ville de Zurich est le nombril du monde, si bien qu’ils parlent pratiquement le «Züritüütsch». Et je ne crois pas qu’ils développeront un jour une passion pour la lutte suisse.
- Simon Enzler: Mon garçon a participé à un cours d’initiation à la lutte suisse. Mais quand il a eu le caleçon plein de sciure, l’affaire a été rapidement réglée.

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Exercice de pompière décontracté: Claudia Frick immortalise sa présence à l’hôtel Hof Weissbad.

Remo Naegeli

- Parlons des relations entre les deux Appenzell. Qu’est-ce qui distingue les deux Rhodes?
- Simon Enzler: Les uns disent que les Rhodes-Intérieures sont la Terre promise, pour les autres, ce sont les Rhodes-Extérieures. Le fait est que, lors des votations, les Rhodes-Intérieures se montrent plus conservatrices. Mais ça ne signifie quand même pas que les Rhodes-Extérieures sont d’extrême gauche (il rit).
- Claudia Frick: Mon père allait à l’alpage dans les Rhodes-Intérieures, c’est pourquoi je connais certains de ses habitants depuis l’enfance. Je n’ai jamais eu l’impression qu’il y avait un fossé. Au pire, les gens se charrient.
- Simon Enzler: C’est ce qu’on fait aussi entre mari et femme. Le divorce des deux demi-cantons remonte à la Réforme et n’a plus rien à voir avec ce qu’on vit aujourd’hui. Je me sens Appenzellois, point. Il n’y a pas de vrais et de moins vrais Appenzellois. Surtout quand on considère les choses d’un peu plus loin. Tous ceux des Rhodes-Intérieures qui prétendent le contraire devraient aller au pôle Nord. Ils seraient sacrément heureux d’y rencontrer un type des Rhodes-Extérieures. Et ils constateraient que, là-bas, des Bâlois parlent même à des Zurichois.

- Changement de sujet. Dans le débat sur le covid, on note le faible taux de vaccination d’Appenzell: à peine plus de 50%.
- Michael Mettler: Il faudrait presque analyser commune par commune. Nos voisins sont des paysans avec 30 vaches et 100 moutons. Je peux comprendre leur scepticisme, parce qu’ils n’ont pas besoin du vaccin. Mais si je parle avec quelqu’un de Niederteufen qui travaille à Saint-Gall et qui se trouve en contact avec beaucoup d’inconnus, le vaccin est incontournable. En gros, on peut dire que les Rhodes-Intérieures sont très isolées, raison pour laquelle beaucoup de gens jugent la vaccination superflue.
- Armin Landerer: Mais, dans ce débat, il s’agit des situations personnelles. Dans quel milieu social j’évolue en privé et sur le plan professionnel? Ai-je envie de voyager? Ou y a-t-il des indications médicales qui me dissuadent de me faire vacciner?
- Simon Enzler: Les gens qui ne se font pas vacciner éprouvent souvent de la rancœur contre l’autorité. Il y a là un antique instinct confédéral. La population campagnarde vit de manière autonome dans sa maison et elle s’en satisfait. C’est autre chose quand on vit en ville dans un immeuble de 40 appartements. En Appenzell, être satisfait signifie souvent «fichez-moi la paix, il y a une haie autour de ma maison et je ne veux rien avoir à faire avec le reste de la Suisse».
- Michael Mettler: La situation empire, surtout parce que le débat se fait plus agressif. Je ne constate aucune différence fondamentale entre gens de la ville et gens de la campagne. Mais ceux qui voyagent viennent plutôt des régions urbaines. Parfois, un fossé se creuse même au sein des familles. Certains ne se font pas vacciner par conviction, d’autres trouvent cela superflu. Mais la plupart des plus de 50 ans qui réservent un voyage chez nous sont vaccinés.
- Claudia Frick: Chez nous, le scepticisme est dominant, y compris parmi les pompiers. On a vraiment connu des situations plus simples. Mais cela tient aussi à la population des campagnes, comme tu l’as relevé, Simon. On n’y vit pas autant les uns sur les autres. Les uns travaillent en forêt, d’autres chez un charpentier.
- Simon Enzler: C’est ça! Et justement parce que nous ne vivons pas les uns sur les autres, il arrive que parfois le nombre de contaminations explose!

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«I glob, da isch nüt nötig. Da köt mä spöte no zur Genüge.» Simon Enzler fait le malin en dialecte appenzellois.

Remo Naegeli

- La crise sera-t-elle bientôt surmontée?
- Armin Landerer: J’ai parfois l’impression que beaucoup de gens le croient. Les aides fédérales sont remboursées par les entreprises, les chiffres du chômage sont bas, les prévisions économiques sont optimistes, beaucoup de gens sont vaccinés. Mais, à mon avis, cette impression est trompeuse. La crise nous accompagnera encore longtemps.
- Michael Mettler: On ne peut pas blâmer les gens puisqu’il n’y a plus qu’une poignée de secteurs économiques affectés par la pandémie. Depuis la première guerre du Golfe au début des années 1990, la branche du voyage est faite au feu. Depuis lors, les crises se sont multipliées et les périodes de récupération sont devenues plus brèves. Je pense que nous n’avons de loin pas surmonté le covid. Le voyage reste extrêmement compliqué. Où ai-je besoin d’un certificat? Où dois-je porter un masque? Qui exige le vaccin?
- Nicolas Senn: Depuis dix-huit mois, je ne suis pratiquement pas sorti du pays. Je devais me produire au Brésil en juillet, puis à Moscou en septembre. Or je dois m’accommoder des annulations. J’ai presque plus de peine à comprendre qu’à la première occasion des gens se remettent à voler tout autour du globe. En Appenzell, grâce aux touristes indigènes, nous avons aussi profité des restrictions de voyages. D’un coup, on a beaucoup entendu parler français dans les rues. Je pense que pas mal de Romands ont remarqué avec la pandémie que la Suisse ne s’arrêtait pas à Winterthour.
- Simon Enzler: A vrai dire, je suis en vacances dès que je sors de chez moi. A l’été 2020, nous voulions faire un voyage en camping aux Pays-Bas. C’est tombé à l’eau et nous sommes allés dans le Seetal, entre Emmen et Lucerne. C’est tout aussi beau que les Pays-Bas, mais c’est nettement plus près.
- Claudia Frick: Nous sommes aussi demeurés en Suisse. J’en aime toutes les régions. En Appenzell, il faut faire de la randonnée. A pied, on découvre des choses incroyablement belles. Et ça se conclut avec une glace. Merveilleux!
- Nicolas Senn: Je pense qu’ici le tourisme ne séduit pas de grands groupes de voyageurs comme on en voit à Lucerne ou à Interlaken. Nous ne sommes pas orientés sur les foules.
- Simon Enzler: Je ne suis pas d’accord. Nous n’avons tout simplement pas encore réussi à intéresser les masses. Mais c’est vrai que je ne me sens pas à l’aise quand parfois, dans mon village, j’ai l’impression d’être à Disneyland.

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«J’adore pouvoir repérer les gens à leur dialecte», assure Nicolas Senn.

Remo Naegeli

- Ces temps-ci, on parle beaucoup de solidarité. Y a-t-il des différences entre ville et campagne?
- Armin Landerer: Non, les demandes de soutien affluent de toute la Suisse vers notre fondation. Et nous recevons des dons de tout le pays. La solidarité n’a pas été un besoin uniquement pendant le confinement. Elle devrait devenir un état d’esprit.
- Simon Enzler: En tant qu’humoriste, je ressens la reconnaissance du public depuis que nous pouvons de nouveau monter sur scène. Les gens ont regretté de ne plus pouvoir sortir. C’est comme si une digue s’était rompue. Les gens sont heureux de pouvoir de nouveau sortir, partir.
- Nicolas Senn: Je ressens également que les gens s’imprègnent littéralement des événements en présentiel. En ce moment, je joue surtout dans des manifestations privées, des mariages, des anniversaires. Ce sont souvent des événements en cercle restreint. Mais, à la fin de chaque morceau, il y a autant d’applaudissements que pour des bis. Il y a manifestement un immense besoin de culture et de divertissement. Mais surtout un besoin de vie.

 


 

«Développement modéré à long terme»

 

Dans le cadre de la table ronde de «L’illustré» et de la «Schweizer Illustrierte», l’indicateur de compétitivité d’UBS publié à la fin d’août met en lumière chaque canton que nous visitons. Aujourd’hui, le canton d’Appenzell.

Les deux demi-cantons d’Appenzell ont un potentiel de croissance modéré à long terme. Il s’agit en effet de l’une des zones de rayonnement les plus restreintes de toute la Suisse et son accessibilité au cœur des montagnes de Suisse orientale est limitée. Ces spécificités n’offrent pas les conditions idéales pour se démarquer en termes d’innovations.

Appenzell Rhodes-Extérieures est légèrement mieux positionné qu’Appenzell Rhodes-Intérieures. Il dispose des secteurs les plus performants affichant de meilleures perspectives de croissance qui attirent la main-d’œuvre qualifiée. En outre, la liaison rapide avec le pôle régional de Saint-Gall permet de profiter de l’infrastructure urbaine locale et de la proximité avec l’université.

Par contre, Appenzell Rhodes-Intérieures est en tête lorsque les domaines de croissance sont politiquement influençables: pour ce qui est des coûts et des finances de l’Etat, c’est le canton le plus compétitif. Et ce, grâce aux taux d’imposition et coûts locaux bas comme les loyers de bureaux et les salaires d’une part, ainsi qu’au faible endettement de l’Etat d’autre part. Mais Appenzell Rhodes-Extérieures se classe aussi dans les rangs supérieurs en ce qui concerne ces domaines comparativement aux autres cantons.

Bienvenue au Café du Coin

Le Café du Coin est une initiative promotionnelle de L’Illustré et de la Schweizer Illustrierte, en collaboration avec DEAR Foundation-Solidarité Suisse et UBS Suisse.

Par Thomas Renggli publié le 17 novembre 2021 - 08:02