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1er août

Céline Amaudruz et Estelle Revaz: «Je me sens Suissesse quand…»

La conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz et la musicienne d’origine valaisanne Estelle Revaz se sont prêtées au jeu de l’interview patriotique quelques jours avant la Fête nationale. Avec beaucoup d’enthousiasme mais aussi de tendresse pour notre pays. «Electrocardiogramme» de deux cœurs rouge et blanc.

1er août

Le pont inférieur du Savoie, privatisé pour notre shooting par la société Café Léman, chargée du nouveau concept culinaire de la flotte de la CGN. Autant dire que nous avons pu réaliser le shooting en toute quiétude avec Estelle Revaz (à gauche) et Céline Amaudruz (à droite).

Magali Girardin

«Nous avons de la chance de vivre ici.» On s’est pourtant creusé les méninges, croyez-nous, pour trouver un titre moins bateau, quand bien même notre opération 1er Août s’est déroulée sur le majestueux Savoie, l’une des caravelles Belle Epoque de la CGN. Banale, mille fois entendue, la phrase résume néanmoins parfaitement la vision souvent idéale que nos deux «Marianne» helvétiques se font de leur pays. Un amour authentique de la patrie qu’elles ont confirmé en répondant brillamment à un méga-quiz dédié à la Suisse. Deux Suissesses que tout pourrait éloigner mais réunies dans une touchante complicité. Certains appellent ça, le miracle helvétique…

Testez vous aussi le quiz spécial 1er août. 

>> Lire aussi notre éditorial:  1er Août: tout ce qui nous rapproche

- C’est quoi pour vous être patriote?
- Céline Amaudruz (C. A.): Pour moi, c’est aimer son pays, le défendre, le valoriser, connaître son histoire, ses traditions, sa diversité, son système politique. C’est l’endroit de la planète où l’on se sent le mieux, en accord avec ses valeurs et ses convictions.
- Estelle Revaz (E. R.): Au-delà de l’amour qu’on lui porte, c’est le faire rayonner partout où c’est possible. A mes yeux, c’est aussi avoir le respect et la bienveillance nécessaires pour vivre ensemble malgré nos différences, se rassembler autour de valeurs communes même si l’on n’a pas la même culture et les mêmes intérêts.

1er août

Céline Amaudruz (à gauche) et Estelle Revaz (à droite) sur le pont du Savoie, lors de notre entrevue pour «L'illustré». 

Magali Girardin

- A quel moment vous sentez-vous e plus Suissesse dans vos activités?
- (C. A.): A trois occasions. Quand j’arrive au Palais fédéral, c’est à chaque fois une grande émotion. Je réalise la chance que j’ai et l’honneur qu’on me fait de pouvoir représenter les citoyennes et citoyens de ce pays sous la Coupole. Ensuite, quand je chante l’hymne national, c’est-à-dire souvent. Et enfin, lorsque nos ambassadeurs et ambassadrices du sport, genre Federer, Steve Guerdat ou Martin Fuchs, nous font vibrer.
- (E. R.): Quand j’interprète de la musique suisse à l’étranger, je me sens dans la peau d’une ambassadrice de notre merveilleuse culture. Par exemple, lorsque sur mon dernier disque je joue des pièces de Frank Martin, qui est un compositeur genevois tombé dans l’oubli après avoir été une star internationale de son vivant, je ressens beaucoup de fierté. Je me sens honorée de remettre sur le devant de la scène des œuvres qui font partie de notre patrimoine.

Où s’arrête le patriotisme et où commence le nationalisme selon vous?
- (C. A.): Etymologiquement, le mot «nationaliste» a déjà une connotation négative. Pour moi, cela signifie refuser d’aimer les autres. Tout le contraire d’un patriote.
- (E. R.): A mon sens, le patriotisme signifie aimer son pays tout en tendant la main à l’autre. Cet autre, qu’on ne voit pas comme un concurrent mais qui représente une chance. Un Suisse patriote essaiera de reproduire le modèle helvétique tourné vers l’ouverture et le consensus en dehors de ses frontières, alors qu’un nationaliste restera sans doute refermé sur lui-même.

Le refus d’intégrer l’Union européenne (UE) ou de l’accord-cadre, n’est-ce pas un réflexe nationaliste pourtant?
- (C. A.): Pas du tout. Cela démontre au contraire que nous sommes des gens raisonnables. Non seulement nous sommes neutres, mais de plus notre système politique n’est pas compatible avec celui de l’Union. Il n’y a donc rien d’illogique à ce que nous restions indépendants, tout en soignant nos bonnes relations.
- (E. R.): Ce n’est peut-être pas du nationalisme, mais le fait est que j’ai de la peine à comprendre ce désir de se recroqueviller sur soi. En tant qu’artiste, je suis une citoyenne du monde et pour moi, avoir des relations facilitées avec l’UE me paraît naturel. La situation actuelle complique énormément ma vie professionnelle. J’ai par exemple eu la chance de pouvoir étudier dans deux des meilleures hautes écoles de musique européennes, à Paris et à Cologne. J’aurais tellement aimé pouvoir les fréquenter avec mon passeport suisse plutôt qu’avec mon passeport autrichien, nationalité que j’ai obtenue grâce à ma grand-mère maternelle. Malheureusement, c’était très compliqué, voire carrément impossible.

- On dit parfois que la Suisse n’existe pas, qu’elle se résume à sa population. Comment définiriez-vous l’identité suisse?
- (C. A.): C’est un peu n’importe quoi ce constat. Bref. Pour moi, un Suisse est une personne travailleuse, ponctuelle, simple, soucieuse du travail bien fait et qui se construit un petit patrimoine.
- (E. R.): La Suisse existe bien sûr et ses habitants, je les perçois modestes, pragmatiques et rigoureux. J’ai aussi envie de les croire ouverts. Mais l’identité suisse est plutôt définie par sa culture qui unit toute sa population je pense.

1er août

L’heure du quiz, concocté par le Team Helvetiq. Cent questions typiquement suisses auxquelles nos charmantes ambassadrices, complices et solidaires dans l’épreuve, ont répondu à 80% juste.

Magali Girardin

Faites-vous partie des gens qui disent: «Qu’est-ce qu’on a de la chance d’être Suissesse et de vivre en Suisse»?
- (C. A.): Absolument! On a le plus beau pays du monde, un système politique exceptionnel, des lacs et des montagnes idylliques, des fromages et des vins parmi les plus fameux; tout pour être heureux, quoi!
- (E. R.): Oui, nous avons beaucoup de chance de vivre dans un pays paisible, qui possède une nature et des paysages merveilleux, une richesse culturelle incroyable, des hautes écoles et des pôles de recherche hyper-performants, j’en passe et des meilleurs.

- Vous vous sentez d’abord Vaudoise, Genevoise, Valaisanne avant d’être Suissesse?
- (C. A.): Suissesse, bien sûr. En tant que Vaudoise née à Genève, je ressens moins l’appartenance cantonale.
- (E. R.): Comme Valaisanne d’origine, qui a habité dix ans à Paris, étudié en Allemagne et qui réside depuis dix-sept ans à Genève, le dénominateur commun de ce parcours est la Suisse.

- Le triptyque Euro, JO, drapeau, ça vous fait chaud?
- (C. A.): En plus de l’émotion et de la fierté que nos sportifs et nos sportives génèrent, l’image provoquée par le drapeau montant au mât me rappelle mon enfance, quand mon papa hissait chaque matin la bannière suisse, vaudoise et oberlandaise devant notre chalet, à Lauenen. Après avoir vibré pour l’Euro, je suis au taquet pour les JO.
- (E. R.): Au-delà du drapeau et de l’hymne, qui me touchent beaucoup certes, c’est le dépassement de soi qui m’émeut. Je me souviens d’avoir pleuré après la victoire olympique en descente de Dominique Gisin. Elle avait réussi à se transcender ce jour-là après des blessures à répétition. En tant qu’artiste qui doit performer, je m’identifie à ce processus et cet exploit m’avait bouleversée.

- Qu’est-ce qui est suisse et qui vous rend spécialement fière?
- (C. A.): Les Suisses. Leur engagement pour la collectivité et le pays. Je suis fière de notre population, qui a encore démontré toute sa résilience pendant la crise du covid.
- (E. R.): Sa pluralité, son système éducatif public qui permet à tout le monde de réaliser ses rêves. Cette volonté de vivre et de construire ensemble, en harmonie, malgré quatre langues et autant de cultures. Et Dieu sait si l’harmonie est importante pour une musicienne…

- Et à l’inverse, qu’est-ce qui vous énerve ou vous irrite dans ce pays?
- (C. A.): Les bouchons sur les routes. Je ne comprends pas que nous n’arrivions pas à résoudre ce problème lancinant et démoralisant.
- (E. R.): Que la culture, pourtant si riche, ne soit pas plus centrale. La Suisse n’est pas assez fière de ses talents, n’a pas assez confiance en eux. Elle se montre beaucoup trop timide, trop modeste, alors que le pays grouille d’intelligences et de gens brillants. Elle devrait les faire rayonner beaucoup plus.

- Quelle est la personne qui incarne le mieux notre pays selon vous? Quel est votre héros ou votre héroïne?
- (C. A.): Sans hésiter, le général Guisan. Son discours fédérateur du 1er août 1940 tout empreint de tendresse et de fierté pour ce pays m’a à ce point bouleversée que je l’ai fait traduire en allemand. Si vous cherchez un peu, vous le trouverez sur la Toile.
- (E. R.): Je trouve que réduire la Suisse à une seule personne serait nier cette pluralité et cette diversité que j’admire tant. Pour moi, ce qui incarne le mieux la Suisse, c’est sa population tout entière.

- Comment racontez-vous la Suisse à l'étranger?
- (C. A.): Je commence en disant que c’est le plus beau pays du monde, le deuxième étant la Corse pour moi (rires). Je raconte comment et pourquoi nous parvenons à communiquer et à vivre ensemble malgré notre diversité et nos différences. Je cite notre système politique atypique en exemple, qui donne au peuple plus de pouvoir qu’au gouvernement. Enfin, je raconte mes randonnées par monts, par lacs et par vaux, et je fais saliver en décrivant nos talents culinaires.
- (E. R.): Je dis que je ressens une incroyable paix intérieure lorsque je rejoins mon port d’attache. Puis on me regarde avec de grands yeux quand je dis que chez nous, tout le monde a le droit de s’exprimer et d’être entendu sur tout. J’entends même des «waouh» quand j’explique que notre pluralité est notre plus grande force, qu’elle rassemble contrairement à beaucoup d’endroits où elle est source de division…

Par Christian Rappaz publié le 30.07.2021