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© F.BUSSON

Claudio, l'irréductible de Corippo

Publié mercredi 22 mai 2019 à 09:48
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Publié mercredi 22 mai 2019 à 09:48 
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A Corippo, le plus petit village de Suisse, un nom de famille revient sans cesse: Scettrini. Rencontre avec Claudio, son dernier descendant... et l'un des onze derniers habitants du village.
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Nous sommes au Tessin, dans la région d'Ascona-Locarno. En deçà de la route qui entre dans le village de Corippo, le petit cimetière aligne ses tombes à l’ombre des châtaigniers. Sur les pierres tombales, un nom de famille revient sans cesse: Scettrini. Pas étonnant puisque la présence de cette famille dans ce petit village du Val Verzasca remonte au moins au XVe siècle. Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec le dernier descendant de cette famille qui s’est accrochée durant des siècles à ce pan de montagne, Claudio Scettrini, 55 ans, forestier de son état et maire de Corippo pendant vingt ans.

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- Savez-vous à quand remonte l’installation de votre famille dans ce village?
- Claudio Scettrini: J’ai pu retrouver des documents écrits attestant de la présence de ma famille dans ce village datant de 1700.

- Quel est votre premier souvenir d’enfance?
- Je me rappelle surtout que, entre les frères, les cousins, les amis, on était une bonne quinzaine d’enfants dans le village. C’était le bonheur, une vie tranquille, le mot stress n’avait pas encore été inventé. Mon père était agriculteur et secrétaire communal. Il n’a jamais passé son permis de conduire, se déplaçant à pied ou à boguet. Il y avait une cinquantaine d’habitants. C’est en 1822 que le village a connu son pic de population avec plus de 300 habitants. Depuis, la population ne cesse de décroître.

- Et aujourd’hui?
- Il y a treize personnes domiciliées à Corippo, mais seulement onze résidents. Je suis le seul actif parmi ces derniers. Neuf sont retraités, le onzième est à l’AI.

F.Busson
 

- Comment vivait-on à Corippo dans les années 1970?
- J’ai fait mes écoles primaires et secondaires à Vogorno, là où il y a le barrage, puis un apprentissage de forestier, avant de travailler quelque temps en Suisse alémanique. Au village, il y avait seulement une petite épicerie tenue par une vieille dame. Le boulanger passait tous les matins et sonnait la cloche de l’église pour prévenir les habitants de son arrivée. Encore aujourd’hui, il est là chaque jour vers 8 heures. Sinon, quand j’étais gosse, 80% de ce qu’on mangeait venait de nos potagers et de la montagne où paissaient vaches, moutons et chèvres. On ramassait beaucoup de châtaignes pour engraisser les cochons et ça nous faisait de la viande pour l’année avec les poules. On achetait seulement le sel, le riz, les pâtes et l’huile. Ma tante et mes grands-parents en plaine nous fournissaient également en fruits et légumes.

- Et les hivers?
- Dès la fin novembre, on avait parfois jusqu’à 70 centimètres de neige dans le village. Alors on restait à la maison. On jouait aux cartes, la grand-mère nous racontait des histoires, on grillait des châtaignes dans la cheminée…

- C’était une vie plus agréable que celle d’aujourd’hui?
- Oui, les gens se contentaient de peu, on vivait tranquillement. Bon, j’ai passé quelques mois d’été à l’alpage, vers mes 10 ans, à garder les vaches et traire les chèvres pour une autre famille, et là, c’était un peu dur. Je bossais toutes les vacances et je ne retournais chez moi que trois jours avant la rentrée.

F.BUSSON
 

- Vous avez été maire pendant vingt ans du plus petit village de Suisse. Vous ne deviez pas avoir beaucoup de travail vu la vingtaine d’habitants…
- C’est vous qui le dites… Un tout petit village, ça signifie aussi très peu d’argent pour l’entretenir et des habitants et des touristes qui n’arrêtent pas de se plaindre des coupures d’eau, des évacuations bouchées… Et on avait jusqu’à 100 personnes en été! Quand j’ai commencé, en 1997, je pensais rester maire deux ou trois ans, car il y avait un projet de regroupement des communes du Val Verzasca. Il ne se fera finalement que l’an prochain… Et j’étais payé 700 francs par année et 20 francs à chaque séance du Conseil municipal.

- Vous êtes célibataire et sans enfants. Vous ne craignez pas de rester un jour le dernier habitant de Corippo?
- J’ai eu pas mal de copines, mais aucune n’a voulu venir vivre ici. Et moi, je n’avais aucune envie de descendre en plaine. Aujourd’hui, mon amie habite à Claro, près de Bellinzone, on se voit régulièrement chez elle ou chez moi. Je suis très heureux comme ça. Et dans l’avenir, le projet d’albergo diffuso (hôtel diffus, ndlr) permettra peut-être de faire revivre le village.

>> Voir la vidéo sur le projet de village-hôtelier:

- Vous croyez à ce projet, qui vise à réhabiliter certaines maisons abandonnées du village en appartements hôteliers avec une réception-administration dans l’ancien restaurant du village?
- En 1975, quand la Fondation Corippo a été créée, on a lancé le slogan: 7 millions pour sauver Corippo! On a dû partager cette somme avec un autre village valaisan qui avait trouvé le même slogan, mais ça a quand même permis de construire des garages à l’entrée du village, des toilettes publiques et de restaurer deux maisons. Il faudra en réhabiliter encore sept pour créer cet hôtel diffus. Je suis évidemment favorable à ce projet, mais j’espère que l’on n’oubliera pas d’autres chantiers qui traînent depuis trente ans, comme la réfection de l’aqueduc qui amène l’eau au village et des canalisations d’évacuation des eaux sales. La conduite principale date de 1910!

 >> Lire aussi l'article «Le Val Verzasca ou les Maldives tessinoises»

F.BUSSON
 

>> Renseignements sur Corippo (en français) en cliquant ici


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