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L'édito

Climat: trois générations de perdues

Suite à la publication du nouveau rapport du GIEC sur le dérèglement climatique, notre journaliste dénonce dans l'éditorial le «ratage pédagogique» qui nous a fait perdre du temps sur la question climatique. 

Incendies

Les différentes catastrophes naturelles survenues cet été telles que les incendies en Grèce montrent la nécessité d'agir contre le réchauffement climatique. 

Petros Karadjias

De quand date la première apparition dans la presse romande du concept de «réchauffement climatique»? Le premier article documenté que nous avons retrouvé date de juin 1988. Il s’agit d’une dépêche de l’ATS sur la Conférence mondiale sur l’atmosphère de Toronto. Toute la problématique est déjà exposée dans ce texte impeccable, qui se termine sur une citation visionnaire du chef, à l’époque, de la division de la protection de l’air, à l’Office fédéral de l’environnement: «La situation est très sérieuse et il faut absolument que le public et les politiciens le réalisent avant qu’il ne soit trop tard», disait alors ce haut fonctionnaire fédéral.

Trente-trois ans plus tard, le bilan est piteux. La maîtrise des émissions de gaz à effet de serre a échoué. Inventer et mettre en place une économie et une industrie écovertueuses à l’échelle planétaire reste un trop grand défi. L’inertie de notre espèce prétendument sapiens a des causes multiples: trop de profit (et donc d’égoïsme) en jeu, trop d’intérêts nationaux divergents, trop de vieilles habitudes entretenues par de trop vieux dirigeants, trop de paresse, trop d’indifférence.

>> Lire l'entretien avec une contributrice au rapport du GIEC, Sonia Seneviratne: «Je me fais du souci pour l'humanité»

Et aussi – c’est le plus rageant – trop d’ignorance: combien d’écoliers en fin de scolarité obligatoire et combien de gymnasiens ayant décroché leur bac savent par exemple qu’un alpiniste au sommet de l’Everest compte deux tiers de la masse de l’atmosphère sous ses pieds et un petit tiers seulement au-dessus de sa tête? Cette vitale enveloppe de gaz, qui nous permet de respirer, qui nous protège du rayonnement cosmique et qui tempère le climat, cette enveloppe n’est en fait qu’une infime pellicule qu’il est suicidaire d’altérer. L’école aurait dû enseigner depuis trente ans les fragiles équilibres de la biosphère. Ce ratage pédagogique nous a fait perdre trois générations pour riposter.

Il n’est pourtant jamais trop tard pour rester optimiste. La bonne nouvelle face à cet horizon bouché, c’est que l’évidence du danger n’est plus contestable. Les négationnistes des problèmes écologiques sont à court de ricanements face aux courbes des températures et des catastrophes naturelles. Puisse ce changement d’air profiter à l’atmosphère.

Par Philippe Clot publié le 13.08.2021