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L'édito

Comment on finit par accepter son âge

Stéphane Benoit-Godet s'interroge sur le moment où nous pouvons nous considérer comme étant vieux. Selon lui, chacun dans son individualité vit différemment les grandes étapes de la vie. Plutôt que nous diviser en considérant les uns comme trop vieux et les autres comme trop jeunes, nous devrions privilégier le dialogue et la communication entre les différentes générations afin de mieux vivre notre époque.

A quel âge est-on vieux?

Plutôt que nous diviser en considérant les uns comme trop vieux et les autres comme trop jeunes, nous devrions privilégier le dialogue et la communication entre les différentes générations.

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A quel âge est-on vieux? C’est une question éternelle mais qui se pose avec encore plus d’insistance dans cette époque. Deux éléments – l’injonction à rester toujours jeune inscrite dans les mentalités et la perspective d’une longévité accrue grâce à la science – se fracassent l’un contre l’autre. Alors que les plus de 50 ans se retrouvent souvent disqualifiés dans leur vie réelle, sociale ou personnelle, il faut envisager de nouveaux modèles. Car oui, théoriquement, il est possible dans une vie aujourd’hui chapitrée en quatre âges de trouver une occupation ou de s’engager dans une nouvelle relation amoureuse à tout moment.

Peut-être que la question est simplement mal posée. En effet, aucune génération ne se sent prise de vitesse par le grand décompte. Alors, à quoi se raccrocher au moment de s’interroger sur le temps qui passe? Les médias ont un rôle à jouer en ce que nous tendons un miroir à toute la société. Et nous traînons un passif de décennies de suppliques lancées à nos lecteurs à rester d’éternels ados. Mais la presse ne pèse plus grand-chose au royaume des influenceurs. Les réseaux sociaux ont pris le relais et imposent de nouveaux carcans, comme la médecine et la chirurgie esthétique pour les moins de 25 ans. Alors, 30 ans, est-ce déjà vieux?

Il y a le cadre et les parcours individuels. Chacun expérimente avec sa sensibilité les grandes étapes de la vie. On peut vivre ses 20 ans comme la mort de l’enfance et, à l’opposé, ressentir ses 80 ans comme une renaissance. Le plus difficile consiste à recevoir de la bienveillance en abordant ce thème. Personne n’apprécie en effet les généralisations tirées de son seul âge. A titre individuel, nous ne nous résumons pas à la date inscrite sur nos papiers d’identité. Par ailleurs, nous détestons tous que l’on projette des préjugés sur notre génération. Les caractéristiques d’un groupe de contemporains ne se réduisent pas en quelques adjectifs. Et si pour apaiser ces tensions, on se parlait davantage entre classes d’âge?

Bonne nouvelle, cette grande conversation a repris de la vigueur au sein des familles grâce aux enfants et aux jeunes adultes. Ces derniers montrent la voie après cette pandémie qui les a souvent rapprochés des leurs. Dans ce cercle intime, peu importe alors de savoir qui «connaît plus de morts que de vivants», comme le dit un des experts cités dans notre enquête. Cette grande thérapie familiale douce finira peut-être par tous nous réconcilier avec notre époque.

Par Stéphane Benoit-Godet publié le 13 avril 2022 - 08:52