Aller au contenu principal
Publicité
© VALENTIN FLAURAUD / VFLPIX.COM

«Comment devenir riche avec son téléphone»

Publié vendredi 26 juin 2020 à 00:36
.
Publié vendredi 26 juin 2020 à 00:36 
.
L'humoriste romand Thomas Wiesel décortique le phénomène Jean-Pierre Fanguin qui affole internet et vous dit combien il suit de près - et à toute vitesse - le feuilleton du «briseur de flûtes à champagne de Lavaux».
Publicité

La vidéo la plus vue de Jean-Pierre Fanguin (si vous ne savez pas de qui il s’agit, je vous félicite, c’est admirable de votre part d’avoir choisi de ne pas aller sur internet depuis un mois) totalise presque 4 millions de vues sur les différents réseaux sociaux. La population de la Suisse romande est d’un peu plus de 2 millions. Donc soit on l’a tous vue au moins deux fois, soit la vidéo a fait le tour de la francophonie, soit les réseaux comptent les vues n’importe comment. J’aurais tendance à dire que c’est un peu des trois.

Dans les conversations ces derniers jours, les références aux questions répondues avec vélocité et les salutations aux créateurs d’entreprise pleins de jouvence ont remplacé les blagues sur le coronavirus, et on va sûrement s’en lasser tout aussi rapidement.

Au buzz et aux rires des premiers jours a succédé une série d’articles d’investigation de la presse locale (les journalistes en Suisse romande sont une espèce désormais protégée par le WWF tant il en reste peu, mais heureusement un petit nombre d’irréductibles résistent encore et toujours aux GAFA) et même internationale.

 

Les révélations se succèdent: le Bill Gates du Gros-de-Vaud n’aurait pas ou plus de permis, mais il conduit quand même. C’est le contraire de moi, qui en ai un et qui prends le bus. Un acte dont j’ai appris ces derniers jours qu’il était honteux et pour lequel je me flagelle quotidiennement. Malgré ses affirmations, il ne serait pas le propriétaire des bolides exhibés dans ses vidéos, ni millionnaire. Bon, si ça, ça vous surprend, c’est que vous êtes très crédule, et écrivez-moi un mail pour vous faire de l’argent très rapidement en me versant un montant de départ.

Les deux spéculations les plus intenses concernent justement sa méthode mystérieuse pour faire de l’argent et son degré d’autodérision. Pour la deuxième question, j’ai ma théorie. Ses quelques premières vidéos étaient volontairement un peu exagérées pour se faire remarquer sur les réseaux et se donner une image d’homme qui a tout réussi (sauf découvrir sa véritable taille de pantalon). Et devant les réactions hilares des internautes, le génie de la finance a décidé de retourner sa veste (j’ai jamais acheté de costard chez Zara, les vestes sont bien réversibles, non?) et de se parodier lui-même pour surfer sur sa propre vague et garder la face.

Quant à la méthode d’enrichissement, plusieurs mails envoyés par son adresse, avant le buzz, redirigent vers des séminaires et vidéos de formation de Melius, une entreprise à la légalité douteuse et à la moralité nauséabonde utilisant le marketing multi-niveau. Ce qui est le petit nom acceptable des schémas pyramidaux. Le Bernie Madoff en mocassins a depuis juré qu’il n’était pas lié à cette société ni à d’autres, engagé des avocats pour le défendre et promis de dévoiler bientôt sa juteuse affaire, sous-entendant que ce pourrait être du côté de l’immobilier. Ah oui, l’immobilier, le secteur parfait pour faire de l’argent quand on n’a pas de capital de départ. Vous voulez devenir riche? Achetez un immeuble. De rien.

Je suis personnellement 100% accro au feuilleton du briseur de flûtes à champagne de Lavaux, et j’attends impatiemment les prochains épisodes, son interview révélation chez Cyril Hanouna qui ne révélera pas grand-chose d’autre que trois punchlines écrites avec une agence de com qu’il a sans doute déjà pris le soin d’engager, ses participations à des émissions de téléréalité françaises, ses partenariats sponsorisés avec des marques excitées par la croissance exponentielle de ses abonnés, son projet hâtivement mis sur pied pour camoufler qu’à la base c’était vraiment une tentative de recrutement pour les escrocs de Melius, le tout pour culminer avec une exhibition d’un mode de vie opulent, le même qu’il faisait déjà semblant d’avoir dans ses vidéos.

Et finalement, c’est peut-être mieux comme ça, il aura réussi son pari, faire de l’argent, en nous faisant marrer en chemin, et les victimes de son ascension seront de l’espace médiatique et un peu de notre temps de cerveau, ce qui est quand même moins grave que les centaines de personnes ruinées et brouillées avec leur entourage que les OPPORTUNITÉS INCROYABLES POUR FAIRE DE L’ARGENT RAPIDEMENT laissent généralement dans leur sillage. Bravo JP, bisous.

>> Lire la chronique précédente: «Si seulement le CO2 respectait la distance» 

>> Lire aussi l'interview de Thomas Wiesel: «J'ai adopté un rythme de vie plus serein»


Newsletter L'Illustré Recevoir la newsletter L'Illustré