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L'édito

En Afghanistan, les dernières heures d’une combattante

Cette semaine, Stéphane Benoit-Godet évoque la proximité que les réseaux et médias sociaux nous permet d'entretenir avec différentes personnalités. L'on constate ainsi que, derrière les soldats partis lutter en Afghanistan, se cachent des êtres humains comme tout un chacun. 

Edito

C’est cette image que la sergente Nicole Gee, 23 ans, avait postée sur son compte Instagram en marge de l’évacuation des civils à l’aéroport de Kaboul. Quelques jours plus tard, elle périra, comme 12 autres soldats américains, dans l’attentat suicide de Kaboul.

Sgt. Isaiah Campbell/U.S.Marine Corps/AP/Keystone

Notre proximité personnelle avec les personnalités qui font l’actualité a quelque chose de troublant. Désormais l’intimité des stars n’a plus de secrets pour nous. En tout cas en ce qui concerne ce qu’elles souhaitent bien nous montrer. Les réseaux sociaux ont permis une plongée dans l’intimité des people, qui dans le passé réservaient leurs propos à la presse, à L’illustré par exemple. Quand Roger Federer annonce qu’il va se faire opérer du genou, il n’a besoin d’aucun intermédiaire, ses followers savent où le trouver.

Il en va de même pour les artistes, les scientifiques, les entreprises comme les influenceurs de tous ordres et même les hommes politiques. Plus personne ne se formalise depuis longtemps que les annonces des gouvernements passent par Twitter.

Alors que nous sommes à quelques jours de la date anniversaire des 20 ans du 11 septembre 2001, c’est l’occasion de se souvenir que les grands événements ont désormais une tout autre résonance parce qu’ils s’invitent sans filtre dans le creux de nos paumes. Au début du siècle, nous étions collés à nos écrans TV à écouter des journalistes. Aujourd’hui, nous en sommes à «suivre» de parfaits inconnus pris dans la tourmente du monde.

C’est ce qui se passe avec les soldats tués à Kaboul. Les médias américains ont largement diffusé leurs noms et les liens vers leurs réseaux sociaux. L’occasion de découvrir la vie de jeunes dans le début de la vingtaine, avec des clichés parfois pris quelques heures avant le drame. Tel le compte de la Marine Nicole Gee sur Instagram, jeune femme qui «aime son job», elle l’écrit sous un cliché d’elle avec un bébé afghan dans les bras, en tenue de combat.

>> Lire également notre éditorial du 25 août 2021: Afghanistan: la Suisse peut jouer un rôle

Son Instagram permet de remonter jusqu’à cinq ans plus tôt dans sa vie, quand elle a tout juste 18 ans. On comprend qu’elle a perdu sa mère il y a peu. Qu’elle s’est engagée dans l’armée à la suite de la vocation de son petit ami. Qu’elle est une jeune femme toute simple appréciant le fitness, ses amis et sa famille. La guerre n’en est que plus insupportable.

Par Stéphane Benoit-Godet publié le 1 septembre 2021 - 08:48