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© Blaise Kormann

«FC PS contre UEFA-Sports»

Publié mercredi 15 juillet 2020 à 08:16
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Publié mercredi 15 juillet 2020 à 08:16 
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La chronique de Thomas Wiesel, humoriste en télétravail, consacrée cette semaine à la fin prochaine de la diffusion des matchs de Ligue des champions sur les antennes de la SSR.
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La nouvelle est tombée cette semaine et attriste les fans de foot. La SSR (et donc la RTS) ne pourra plus diffuser de matchs de Ligue des champions en direct dès la prochaine saison. Ça n’a pas surpris grand monde, mais ça a permis aux opposants à la SSR qui n’ont pas encore encaissé la défaite du «No Billag» de remettre une couche de critiques envers l’appareil de propagande de l’Etat financé par nos impôts (émoji fâché ou caca, suivant le degré d’énervement).

Ça a également permis au chef des sports Massimo Lorenzi de pousser quelques coups de gueule sur les réseaux et dans les médias (ce qui fait partie de ses sports favoris, donc il était content) pour dépeindre la SSR comme le chevalier blanc et intègre qui refuse de jouer le jeu des enchères astronomiques (alors qu’ils ont quand même joué le jeu des enchères jusqu’aux dernières limites financières de la SSR).

>> Lire l'interview de Massimo Lorenzi (juin)

On pensait que le soufflé allait retomber et que les fans de foot allaient casser la tirelire en rouspétant, soit sur les grands prix de F1 toujours diffusés gratuitement, soit – c’est toujours un excellent défouloir – sur les commentateurs dont ils pourraient surpasser aisément l’expertise et la verve depuis leur salon, soit sur l’arbitre et ses piètres performances ophtalmologiques.

C’était compter sans le Parti socialiste suisse, qui a dégainé une arme encore plus puissante que n’importe quel carton rouge: une pétition! Pour réclamer que les matchs de Ligue des champions soient diffusés sur la télévision publique. J’ai attendu un ou deux jours dans l’espoir d’un message d’excuse: «Notre community manager, fan de la Juventus, s’est trompé de compte en publiant ce message.» Mais non, il s’agit bien d’une initiative politique sérieuse du parti à la rose.

 

Mais que veut le PS, au juste? Que la RTS casse la tirelire, vire des journalistes (si possible tous ceux qui sont de droite, on économisera 20% de l’effectif), supprime des émissions (de droite aussi, TTC, Pardonnez-moi, Al dente…) pour acheter les droits de Champions League? Des dizaines de millions de francs qui iraient à l’UEFA, aux clubs les plus riches de la planète et aux concessionnaires Lamborghini des joueurs? L’argent des contribuables pour financer des milliardaires et multimillionnaires, ça sonne aussi peu PS que «chemise edelweiss» ou «groupe de réflexion d’assurance maladie».

Pour nous rassurer sur le fait que c’était quand même une pétition de gauche, le PS s’est assuré d’ajouter le foot féminin à son texte. L’idée est louable, mais les droits de la Ligue des champions féminine sont une erreur d’arrondi à côté de ceux de l’homologue masculine. Mais si ça peut permettre de se donner l’étiquette féministe en plus, pourquoi se priver?

Le PS a essayé d’expliquer qu’ils voulaient en fait surtout bousculer le système des droits de retransmission, qui ont décuplé en dix ans pour la Champions League, par exemple. Avec une pétition. Je pense que MM. Infantino et Ceferin tremblent devant ce brûlot, à l’impact politique comparable au «J’accuse!» de Zola et qui rassemble la bagatelle de 55 signatures au moment où j’écris ces lignes. Manchester City a plus de joueurs sous contrat qu’il y a de signatures à cette pétition.

Cédric Wermuth, candidat à la présidence du PS, soulignait dans «Forum» que le siège de la FIFA était à Zurich, sans doute pour justifier l’influence que 55 clics auront sur des milliards de revenus. C’est exact, mais il faut quand même souligner que c’est l’UEFA et non la FIFA qui organise la Ligue des champions. Ils sont aussi basés en Suisse, certes, mais c’est comme se plaindre à la Coop des prix de Migros, ça risque d’être peu efficace.

Il y a évidemment un problème avec le racket organisé des droits TV de manifestations sportives, et la Suisse en est partie prenante en accueillant (et en exonérant d’impôts) la FIFA, l’UEFA et le CIO. Mais si le combat contre les multinationales mafieuses du sport business devient un énième objet politique qui sert de prétexte à certains pour occuper un peu d’espace médiatique, gagner des points dans les sondages ou s’attirer les sympathies des fans de sport, alors ce combat aura autant de chances de succès qu’un club suisse en Ligue des champions. Féminine ou masculine.

>> Lire la chronique précédente: «Les boîtes de masques, mais pas les masques en boîtes»


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